Ateliers et stages d'écriture à Montpellier. Accompagnement de projets.

14 décembre 2018

C'est arrivé aujourd'hui, par Sylvie Albert

 

mots croisés

Piste d’écriture : narration d’une rencontre, avec un lieu, un être, un milieu… quelque chose d’inattendu, de loufoque, mais qui, peut-être étrangement, va constituer une chance.

C’est arrivé aujourd’hui

Tous les matins, elle suit le même rituel : réveil à 9 heures, prélassement au chaud entre les draps pendant une bonne demi-heure, puis toilette de chat. Une fois ses lunettes posées sur son nez, la journée peut commencer : tout prend alors un contour net, faisant reculer ses propres zones d’ombre. Un pantalon, un pull, assortis ou non, des chaussettes épaisses, des boucles d’oreille, toujours les mêmes, et les doigts dans les cheveux pour tenter de dompter sa crinière courte. Pas de pensées particulières durant ces préparatifs, elle fonctionne en mode automatique. Le chocolat en poudre dans le lait chaud, les tartines, le regard dirigé vers sa grille de mots fléchés, les mouvements de la main et du stylo, puis le mug et la cuillère dans le lave-vaisselle.

Aujourd’hui pas plus qu’un autre jour elle ne s’interroge sur ce qu’elle va faire de sa journée, ni ne la planifie. La grille de ce matin était facile, elle s’en accorde une seconde. Cela va la faire sortir de chez elle sur le coup des 11 heures, ce qui est encore dans le créneau habituel. Une fois le stylo posé, elle se dirige vers l’entrée, prend son blouson préféré, enfile ses chaussures confortables et se risque sur le perron. Zut, il pleut, elle a oublié de regarder le temps qu’il faisait. Elle troque son blouson contre sa grosse veste à capuche, et ressort. Ses pas aujourd’hui la guident vers le nord du quartier. Elle salue le fleuriste, évite quelques enfants en trottinette – tiens, on doit être mercredi –, s’écarte pour laisser passer une vieille dame avec son trolley. Puis elle avance en regardant ses pieds, en prenant pleinement conscience de son pas sur le sol, de sa présence dans cette rue, du volume d’air qu’elle déplace en marchant, de la vie qui est en elle mais qui n’arrive pas à s’exprimer. Les gouttes de plus en plus serrées, de plus en plus fortes, ne la troublent pas. Elle se retrouve bientôt seule sur l’avenue et décide de traverser le square. Également vide. L’humidité finit par traverser sa veste, il vaut mieux rentrer si elle veut rester en pleine forme pour se promener les jours prochains.

Tiens, une nouvelle boulangerie à la sortie du square, elle entre y acheter un pain au chocolat ; c’est le produit à tester pour s’assurer de la valeur du nouvel artisan. Puis elle prend le chemin du retour, aussi lentement que tout à l’heure. Arrivée au bout de sa rue, elle aperçoit une masse rouge au niveau de son perron. Ou plutôt une masse constituée de deux parties, une moyenne et une plus petite. Son pas s’accélère alors légèrement. Les masses sont enveloppées de tissu imperméable, avec capuches, ce sont deux personnes. C’est vrai que son perron est le seul à être abrité, pas étonnant qu’elles y aient trouvé refuge. Elle hésite, change de trottoir, passe une première fois en faisant comme si de rien n’était, puis revient. Elle ne va pas rester dehors à se mouiller parce qu’elle ne veut voir personne, si ? Lorsqu’elle s’approche, deux visages pleins d’espoir se lèvent vers elle. Elle leur adresse rapidement un rictus qui se veut être un sourire, les contourne, et ouvre sa porte. Elle entre, suivie par les deux regards, puis ferme la porte derrière elle. Elle met sa veste à sécher, et ce faisant sent le pain au chocolat dans l’une des poches. Elle retourne vers la porte d’entrée, l’ouvre et demande :

-       Que faites-vous là ?

La plus grande des petites filles, car ce sont en fait des petites filles, lui répond dans une langue inconnue. Elle sent la peur dans l’intonation de la gamine. Elle s’écarte, ouvre la porte en grand et leur fait signe d’entrer. Les petites hésitent, échangent un regard, puis se lèvent en même temps. Elles s’arrêtent dans l’entrée, n’osant aller plus loin, par crainte de mouiller le sol ou par simple timidité. Elle leur fait signe de la suivre, et les amène dans la cuisine, dont le sol en pierre ne craint rien. Elle leur enlève leur imperméable et leur tend le pain au chocolat. En souriant vraiment. Pour la première fois depuis des mois, quelqu’un semble avoir besoin d’elle, du moins dans l’immédiat. Elle va leur cuisiner quelque chose, puis s’occupera de savoir qui elles sont, d’où elles viennent, et pourquoi elle les a trouvées devant chez elle. Est-ce un hasard ?

Une lumière s’est allumée alors qu’elle ne s’y attendait plus. Peut-être va-t-elle trouver une nouvelle raison de se lever le matin…

 

Sylvie Albert, novembre 2018
Piste inspirée d'un extrait de  Les parapluies d’Erik Satie, par Stéphanie KALFON, éd. Joelle Loesfeld/Gallimard 2017

 

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11 décembre 2018

Yves de la Lune, par Roselyne Crohin

Pierrot musicien , 1943–1943, par Gino Severini (Italian, 1883–1966)

Piste d’écriture : narration d’une rencontre, avec un lieu, un être, un milieu… quelque chose d’inattendu, de loufoque, mais qui, peut-être étrangement, va constituer une chance. 

Yves de la Lune

            Ses fines lunettes cerclées lui donnaient l'air d'un radical socialiste du temps de Jaurès. Mais c'est dans les années 90 que je l'ai rencontré. Il avait alors 25 ou 30 ans. Impossible de lui donner un âge exact. Il parlait d'une voix calme, légèrement voilée, avait des yeux de myope noirs et très doux, une démarche de chat. Il vivait seul dans l'un des appartements les plus étonnants que j'ai connus : c'était un rez-de-chaussée dans un ancien bains-douches, dans la bien nommée rue des Étuves. Sur sa porte d'entrée, une grosse plaque que l'on ne pouvait pas manquer indiquait en lettres capitales : Yves MULLER. Une plaque qui jurait quelque peu avec le caractère évanescent et lunaire de celui qu'elle désignait.

          Les deux ou trois pièces de son appartement donnaient toutes sur un jardin intérieur, en fait un fouillis inextricable de lauriers, buis, cades, acanthes... d'où émergeaient huit à dix palmiers filiformes. Si l'on s'aventurait dans ce labyrinthe, on tombait sur un petit bassin circulaire où flottaient deux ou trois feuilles de nénuphar sous lesquelles se cachaient quelques poissons rouges. Un vrai petit paradis, à deux pas de la Comédie, dont il était pratiquement le seul à disposer. Tout autour de ce jardin, j’avais été surprise de voir autant de portes, toutes numérotées. Des cabines de douche, m'avait-il expliqué malicieusement. Sa propre salle de bains était installée à la porte n°1. Inutile de dire qu'elle était plutôt vétuste et mal isolée, car conservée telle quelle, dans son jus des années 50.

          A l'intérieur de son appartement régnait un doux capharnaüm, avec des vieux canapés et des vieux fauteuils, des instruments de musique en pagaille : guitares et violon, mais aussi toutes sortes de petites percussions qu’il fabriquait à partir de casseroles, de bassines ou de matériaux plus nobles comme des bambous, des coquillages ou des des galets. A cette époque, il animait des ateliers de musique pour les enfants et composait des comédies musicales assez farfelues et pleines de poésie.

             Les enfants l'adoraient et il avait pu décrocher quelques contrats dans les écoles de la ville. Il jouait aussi de la guitare et du violon avec les grands, avec des adultes, je veux dire, mais là, c'est lui qui se comportait comme un enfant. A l'époque, les répétitions se prolongeaient par de longues agapes, bien arrosées et bien enfumées par toutes sortes de substances. Je crois que de ce côté-là, il était plutôt sobre et lorsque ses compagnons continuaient, tard dans la soirée, à descendre des bouteilles et à faire tourner des joints, il se blottissait dans un coin de canapé, remontait une couverture sur lui et s'endormait comme un bébé. C'était tout juste si, au moment de partir, on ne l'oubliait pas dans son coin.

          Comme il avait décidément beaucoup de cordes à son arc, il était aussi clown à ses heures, un clown lunaire et éberlué, cela va sans dire. Et quand les écoles de la ville ont cessé de lui faire des contrats, sous prétexte qu'il n'y avait plus rien dans les caisses, il s'est mis à animer des ateliers de clown. Il organisait ses stages dans les plus petits villages de la région. A bord de sa 4L, il transportait tout un bric-à-brac de costumes, d'instruments et d'objets incongrus. Il restait malgré tout toujours de la place pour un ou deux stagiaires qui se souviennent encore avec émotion des frayeurs qu’il leur faisait sur la route. Rêveur et distrait comme il était, il avait du mal à tenir une ligne droite. Et si en plus il faisait nuit et qu'il pleuvait, sa myopie faisait de lui un vrai danger public !

          Un soir de pluie, comme on en connaît ici pendant les fameux épisodes cévenols, il revenait d'un stage à St Maurice de Navacelles, accompagné de deux apprentis clowns. La nuit les avait rattrapés du côté de La Vaquerie, sur le Causse. Ils s'étaient engagés ensuite sur la route vertigineuse du Col du Vent, sous un rideau de pluie. Chaque virage avait été une épreuve gagnée de haute lutte. Arrivés enfin en bas, dans le petit village d'Arboras, Yves avait rendu les armes. Il renonçait à aller plus loin. Il était tard, tout était éteint. Le village semblait complètement mort. Les trois rescapés s'étaient alors dirigés vers l'église dont la porte, heureusement, céda facilement sous leurs coups.

          Chacun prit son sac de couchage et alla se faire sa couchette dans ce qui lui semblait le meilleur endroit. Yves choisit le pied de l'harmonium, dont le bois lui paraissait prodiguer plus de chaleur que les vieilles pierres. Il arriva à s'y lover plus ou moins confortablement.

          C'est là que le curé les trouva le lendemain matin et qu’il les réconforta avec un café chaud. Mais Yves avait été tellement traumatisé par la conduite sous le déluge, la veille, qu’il refusa de reprendre la route. Aucun argument ne put le convaincre. Il décida, hors de toute logique et de toute préméditation, de ne plus bouger de ce village qui lui avait offert un refuge et peut-être sauvé la vie.

 

          Il y fit son trou. Vingt ans après, il y est toujours. Il y est même devenu une petite célébrité locale. En effet, chaque week-end ou presque, il y organise des concerts, dans l'église précisément. Il fait venir des musiciens de toutes les régions de France, d'Europe et même d'Afrique ou d'Inde. Il est aussi chef de chœur de plusieurs chorales des environs. Je ne sais pas s'il continue à faire le clown. Mais il a toujours ses mêmes lunettes rondes et fines et ses yeux doux de myope et pour moi, il n'a pas changé.

Roselyne Crohin, 20 novembre 2018. Illustration: Pierrot musicien , 1943–1943, par Gino Severini  (1883–1966)

Piste inspirée d'un extrait de  Les parapluies d’Erik Satie, par Stéphanie KALFON, éd. Joelle Loesfeld/Gallimard 2017

26 novembre 2018

Piste d'écriture: un nouveau départ, avec Stéphanie Kalfon

...Ce soir Erik se balance sur son rocking-chair. En signe de résistance : il a décidé qu’il ne dormirait plus jamais. Pas tant qu’ils resteront dans cette nouvelle vie sordide. Son père semble avoir rayé Jane d’un clignement de paupières, fast. Son père ne dit rien et la Bénetche (sa belle-mère) s’en mêle. Elle en a marre. D’un geste théâtral, elle attrape le matelas d’Erik et le balance par la fenêtre sur le trottoir.

This is perfect ! pense Erik. Exactement ce qu’il attendait ! Il bondit hors de la chambre, claque la porte, descend les escaliers, dépasse les boîtes aux lettres, se retrouve dehors et jump in the bed !!! Sur le trottoir, là, heureux, il refait son lit. Lui qui ne le faisait jamais, maintenant que rien ne l’en empêche, il obéit, et consciencieusement en plus. Il s’applique. Coin après coin, la couverture est parfaitement alignée, impeccable, et l’oreiller moelleux. Tant pis si ce soir il fait un froid à coucher dehors… Dehors, il se sent chez lui. Dans la rue dans la nuit, il se sent chez lui. Il fait calme. Pour se divertir, il peut divaguer sur une mer de trottoirs en chantier et d’ordures et de gens et bientôt (ils devraient les installer bientôt) de lampadaires…

Chap 5

Désormais, il possède un chez soi d’où on voit les étoiles. Il est Le Fils Des Etoiles, il a trouvé un lieu où on ne se sent pas petit.

La suite du texte montre comment, après avoir trouvé un « chez soi » surprenant et un ami qui l’est tout autant, le jeune Erik Satie, 21 ans, va trouver un emploi, pianiste au Chat Noir. Cela se passe dans les années 1880, et nous est conté par Stéphanie KALFON, dans son roman Les parapluies d’Erik Satie, éd Joelle Loesfeld/Gallimard 2017, Folio 6539. Je vous invite à lire tout le roman, pour sa vision originale et son écriture inventive.

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24 novembre 2018

La rencontre... par Michelle Jolly

hamac

Piste d'écriture: un secret passionné

« Trois ans…. Trois longues années, déjà ! » pensait Claire, les yeux fixés sur ce passé qui défilait au rythme du train quittant l’aéroport.

Autrefois ! Avec une amie, elles avaient prévu qu’une fois leur contrat terminé, elles partiraient loin : un peu d’argent de côté, des rêves plein la tête : un danseur brésilien leur avait dit : « Grandes, belles, dansant comme vous le faites, pas de difficultés à trouver du travail là-bas, ! la télé ou la scène, n’hésitez pas… » Elles n’avaient pas hésité.

Un matin de février il y avait trois ans, elles étaient parties, jeans collants, hauts talons, valises débordant du caddy, longs cheveux flottants, maquillage impeccable. Agitées, elles souriaient à tous, quittant l’Europe et allant découvrir les pays de l’ouest. 

« Trois ans ! je n’arrive pas à y croire, se disait Claire, je me souviens : Miami ; je n’ai pas aimé : froid, artificiel, puis le Mexique, là on est restées deux semaines, les Caraïbes, les fêtes, j’ai acheté une longue robe rouge…

Après… la traversée du pays vers le Pacifique, visite des pyramides, des marchés bruyants, colorés, des odeurs inconnues ; nous sommes reparties vers le sud, on ne tenait pas en place ! de fêtes en fêtes, le folklore, la musique, avides de découvrir, je prenais des photos, me disant :  un jour je leur montrerai…. Mais l’argent fondait, fondait…

En Colombie on s’aperçut que l’on n’aurait pas assez pour le voyage, alors on embarqua sur un bateau qui livrait des marchandises, un caboteur descendant l’Amazone. Coucher dans des hamacs sur le pont, repas frugaux, les jours n’en finissaient pas ! Enfin, arrivée au nord du Brésil, là nous avions une adresse amie, et l’on s’installa. Grande ville, chacune avait son emploi du temps, on y resta près de deux années. Petits contrats, cours de danse, télé, on vivait, et le temps a passé vite. Je racontais à maman dans mes lettres les détails de ma vie là-bas, les gens, les lieux visités, mais je cachais certaines choses, peut-être l’essentiel…

Que m’arrivait-il ? Mon cœur s’était accroché au passage à un être qui m’envoyait de nombreuses lettres, j’avais partagé de précieux moments avec lui, et ses écrits me suivaient, je me sentais attirée vers de nouvelles valeurs. Je me découvrais futile, et mon regard s’attardait sur une autre vie, d’autres projets, je construisais mon avenir autrement, avec cet autre que je me sentais aimer. Je tremblais de la réaction familiale, comprendraient-ils ? Dans le doute, j’imposais le silence. Les mois passèrent, et puis un jour je décidai de rentrer, et de leur dire… »

….Ils sont tous sur le quai, impatients.

Ils avaient décidé d’aller l’attendre ensemble, Céline parce qu’elle était sa mère, François et Jane ses frère et sœur, quant à Louis c’était en tant qu’éternel soupirant qu’il s’était joint à eux, et il s’était embarrassé d’un bouquet d’anémones qu’il ne savait comment tenir.

Elle est arrivée dans la cohue, sac à dos, lente, jupe sombre de paysanne, sandales et pieds nus, noire de peau, deux longues nattes descendant le long d’un visage sans maquillage, fière et sûre d’elle, une seconde ils hésitèrent, elle ?  Puis ils la reçurent dans leurs bras, mais Céline en pleurant de joie s’est dit : « Que s’est-il passé ? Que va-t-elle nous annoncer ? »

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23 novembre 2018

Piste d'écriture: Un secret passionné.

Une passion, un intérêt fort

 Les prétextes qu’Eleni inventait étaient multiples. Elle aurait voulu dire la vérité à son amie, mais ne voyait pas comment lui avouer sa nouvelle passion. Katherina n’aurait sans doute pas compris. Et d’ailleurs, se dit-elle, c’était tout à fait naturel. Elle-même comprenait à peine. Comment parler de cette fascination étrange, de cette sensation de plonger dans un autre monde ? Eleni ne disposait pas de mots pour décrire cette évasion clandestine, ce lambeau de vie qui lui appartenait en propre, où se manifestait une soif d’apprendre jusque-là ignorée. Alors elle se tut et continua à tisser un cocon de subterfuges autour d’elle.

Extrait de Bertina Henrichs, La Joueuse d’échecs, Ed. Liana Lévi 2005, Le livre de poche 3104. Eleni, jusque-là mère de famille, amie, employée sans histoire, dans un petit village d’une île grecque, va se prendre de passion pour les échecs. « Or, dans l’île de Naxos, les joueurs de trictrac sont légion, mais jamais aucune femme n’a approché les pions noirs et blancs. Quant à ceux d’un échiquier, n’y pensez même pas ! » (extrait de la 4e de couv).

 

Nous avons parlé il y a 15 jours d’un évènement déclencheur traumatisant, subi. Une révélation, une violence, l’arrêt brutal d’un projet, d’un espoir, une fin de non-recevoir inattendue… quelque chose imposé de l’extérieur, et qui va détacher le personnage de la personne qu’il était, l’inciter à changer de vie.

Mais autre chose peut nous inciter à changer de vie, ou au moins à prendre de la distance avec la personne ou le personnage social que nous étions. La passion, surtout lorsqu’elle est soudaine, est elle aussi en partie subie. Mais souvent elle répond à un besoin viscéral, et s’épanouit sur des racines profondes. C’est le cas pour Eleni : une soif d’apprendre, qui réactive en elle l’élan vital. Je ne veux pas vous en dire trop sur Eleni, car je souhaite que vous puissiez vous emparer de ce personnage et surtout de ce qu’elle éprouve. Je vous en parlerai en fin de séance.

Ce qui m’a plu dans ce passage, c’est le fait qu’Eleni ne se comprend plus elle-même, et qu’elle n’est plus comprise par son entourage. Elle devient clandestine dans sa propre vie.

Vous pouvez : poursuivre son histoire, ou en raconter ce qui précède l’extrait.

Ou donner, à votre personnage, une passion, un intérêt fort, pour un être, un lieu, une œuvre, une activité… Penchant, suffocation ou aspiration, cela doit le révéler à lui-même, et l’isoler (au moins dans un premier temps) de ceux qui partageaient jusque-là son quotidien. De fait, sa vie change. Il peut choisir d’accompagner le mouvement, ou d’y résister. On peut aussi choisir cela pour lui.

Quoiqu’il en soit, ce nouvel élément vient répondre à un manque, un besoin.

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20 novembre 2018

La femme en rouge, de Sylvie Albert

 

jupe noire

 

Piste d’écriture : développer un texte à partir d’un « incident déclencheur », une situation ou révélation qui vient rompre la routine et le relatif équilibre dans lesquels se trouvaient le personnage et rend la poursuite de sa routine impossible. L'incipit s'inspire du début de "Villa Amalia", de Pascal Quignard.

 

La femme en rouge

« Je le suivais. Je n’avais plus le choix, même si cela me rendait malheureuse comme jamais. Nous longions la Garonne depuis vingt minutes. Au moment où la nuit tombait, Thomas s’engagea dans une petite rue sur la gauche. Il se gara un peu plus loin sous un tilleul et éteignit les phares. Je me garai aussitôt, en travers, sur le trottoir. Je revins sur mes pas, comme si de rien n’était, mais le cœur battant. Il poussait une grille. Je m’approchai. À la fois vite et lentement, je ne sais pas comment vous expliquer. »

Elle s’approcha.

Elle agrippa les barreaux de la grille.

Elle n’y voyait pas bien à travers les branches du tilleul.

Alors elle aperçut Thomas…

 Elle le vit passer entre deux arbres, grand, décidé, portant depuis deux jours le même jean clair et la même chemise froissée, n’ayant certainement pas dormi de la nuit. Il se dirigeait vers le perron, en haut duquel elle put distinguer le volant d’une longue jupe grenat, et deux escarpins assortis. Rien d’autre.

« À ce moment-là, j’ai dû me reculer et m’asseoir, ou plutôt me laisser tomber à même le sol, prise d’un violent vertige. Comment avais-je pu laisser la situation dégénérer à ce point ? »

Elle se releva. Peut-être n’était-il pas trop tard, peut-être pouvait-elle encore tout lui expliquer. Elle s’entendit hurler « Thomas ! » en poussant la grille à son tour. Thomas se figea mais ne se retourna pas, hypnotisé par la femme en face de lui. « Thomas ! » cria-t-elle à nouveau, en commençant à courir. Mais elle s’arrêta net, glacée par un regard qu’elle n’avait pas oublié malgré les années. Et ce dans un visage si ressemblant au sien, qui avait vieilli de manière similaire malgré l’éloignement. Charlotte ne portait certes pas comme elle les cheveux éclaircis sous forme d’un carré élégant, mais tout le reste était identique : le front, le nez, la bouche, l’arrondi du visage devenu moins ferme, et même la corpulence, d’une finesse qui leur venait de leur mère. Seulement dans son regard cette absence, ce flou, cette empreinte de folie qu’il avait toujours contenu.

 

« Je la revoyais à la fois comme je l’avais quittée il y a vingt ans, et semblable à l’image que m’avait renvoyée mon miroir le matin même. Je ne sais pas comment vous dire… Je n’ai pas réussi à m’approcher. »

            Thomas, lui, était en train de comprendre ce que l’on ne lui avait jamais expliqué. Les pièces du puzzle se mettaient en place à une vitesse hallucinante : deux sœurs jumelles, une folle, une stérile, une substitution de bébé fait sans le consentement de l’une et à l’avantage de l’autre, une vie de mensonges et de cachotteries… jusqu’à cette bévue commise il y a peu par une ancienne connaissance de la famille recroisée par hasard, bévue qui avait incité Thomas à questionner sa mère.

« C’est sans doute ma plus grosse erreur : je n’ai pas voulu comprendre qu’il était temps de lui dévoiler la vérité sur sa naissance, j’ai continué à lui mentir. Lui s’est entêté, il a fait des recherches et a trouvé cette adresse… Je savais que Charlotte était revenue dans les environs après sa sortie de l’hôpital psychiatrique, mais je ne savais pas où exactement. Quand Thomas m’a pris les clés de la voiture des mains lorsque je suis rentrée à la maison, j’ai compris qu’il était trop tard. Prise de panique, j’ai emprunté la voiture de la voisine qui se trouvait encore dans l’allée mitoyenne, et je l’ai suivi. Qu’auriez-vous fait à ma place ? »

            Thomas regardait alternativement sa tante et sa mère, ou l’inverse, il ne savait plus où il en était. Elle sentit son cœur se briser, presque littéralement. Elle revit en accéléré tout ce qu’elle était en train de perdre, l’enfance de Thomas, leur complicité, l’avenir prometteur de cet enfant qu’elle avait sauvé des griffes des services sociaux et aimé pour deux…

            Charlotte descendit alors les premières marches du perron et dit : « Madame, Monsieur, vous êtes dans mon jardin. Cherchez-vous quelque chose, ou quelqu’un ? Puis-je vous aider ? »

 

Sylvie Albert, octobre 2018

 

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04 novembre 2018

Tu es..., par Draupadi Walter

Piste d'écriture: un incident déclencheur traumatique. Le texte déclencheur est le début de Villa Amalia de Pascal Quignard.

 « J'avais envie de pleurer. Je tentais de dégager ma jambe mais mon corps semblait paralysé, si fatigué. Et mon esprit, mon esprit où était-il? Tu es douce me répétait-il. J'aurais aimé ne pas l'être, être acérée, acide, brûlante mais pas douce.

Tu es douce. Je fixai un carreau de fenêtre comme pour m'échapper par la pensée.
Ses gestes rapides, tu es douce, assurés, tu es douce, blessants, tu es douce, j'abandonnais, tu es douce.
Oui "J'aurais pu", Ah "j'aurais dû"? Mais je n'ai pas. Tout se passait si vite et si lentement à la fois. Je ne sais pas comment vous expliquer. »
Elle se rhabilla.

Ne trouva pas ses chaussures.
Descendit pieds nus le grand escalier en stuc.
Poussa la porte.
Le vent l’empêchait d'avancer.
Elle s'assit sur un vieux banc en bois et se mit à en gratter le vernis.

pieds-nus

 

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03 novembre 2018

Piste d'écriture: un incident déclencheur traumatique, d'après Pascal Quignard

Nous avons travaillé sur cette piste d'écriture le mardi 23 octobre. 

« J’avais envie de pleurer. Je le suivais. J’étais malheureuse à désirer mourir. Je longeais en voiture la Seine depuis plus d’une demi-heure quand la nuit tomba d’un coup. Arrivé à Choisy-le-Roi Thomas s’engagea dans l’obscurité, soudain, dans une petite rue, sur la droite. Il se gara presque aussitôt sous un laurier et éteignit les phares. Je me rangeai très vite, très mal, un peu plus loin, sur l’avenue. Je revins sur mes pas, faisant semblant de marcher normalement, feignant de ne pas courir. Il poussait une grille. Je m’approchai. Je m’approchais vite et lentement. Je ne sais pas comment vous expliquer. »

Elle s’approcha.

Elle toucha avec son front les barreaux de fer rouillé.

Elle avait du mal à voir au travers des feuilles de laurier dans la nuit.

Alors elle aperçut Thomas…

 

Il s’agit du début de Villa Amalia, de Pascal Quignard. Une scène typique de ce qu’on appelle « l’incident déclencheur », quelque chose qui vient rompre la routine et le relatif équilibre dans lesquels se trouvait le personnage. Là, on ne sait rien encore de cette « elle » qui se raconte, sinon qu’elle est malheureuse, et que son équilibre devait être lié à ce « Thomas ».

Pourtant, le texte nous rend cette femme instantanément vivante, tant les émotions sont à fortes, urgentes, sur le fil. Le passage du « je » au « elle » est également intéressant : il marque un recul, on n’est plus dans son esprit, on la regarde ; et aussi, un ralentissement dans l’action. Comme s’il fallait se reprendre, avant de voir ce qu’on redoute.

L’objectif de ce personnage est clair : surprendre Thomas, voir, enfin. Plusieurs obstacles : son émotion, la nuit, la peur, l’impression de ne plus se comprendre elle-même. Puis, le laurier, trop épais, et de nouveau la nuit... Cette course d’obstacles aussi nous attache à elle, à sa quête. On suppose qu’elle sera exaucée.

Que va-t-elle voir ? ce à quoi elle s’attendait, autre chose ? va-t-elle interpréter correctement ? que va-t-il en découler ?

Ou bien : non, elle ne verra pas, il va se passer autre chose…

 

J’ai arrêté volontairement le texte à cet endroit, pour que vous puissiez, si vous le voulez, poursuivre.

Mais vous pouvez aussi créer votre incident déclencheur, pourvu qu’il soit de ce type, c’est-à-dire une révélation, voire un trauma. Une scène qui remet en question ce qu’on croit savoir, ce qu’on croit être, et qui rend la poursuite de sa routine impossible. Tous les incidents déclencheurs ne sont pas dramatiques, ils peuvent se représenter sous forme d’opportunité, mais ils viennent toujours interrompre une continuité.

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01 novembre 2018

Le jardinier, par Danièle Chauvin

Piste d'écriture: s'inspirer d'une toile de Pierre Bonnard (ici, "Le jardin") pour entrer dans l'esprit d'un personnage.

Le jardinier

Après déjeuner, Aurore, toujours elle, a branché son iPod, monté la sono et ils se sont tous mis à se déhancher plus ou moins harmonieusement. Certains ont tenté de poursuivre une conversation, mais, leur voix ne parvenant pas à dominer les grognements des mégabasses ni les hurlements du synthé, ils ont abandonné la lutte pour rejoindre les pachydermes gesticulants. J’ai bien tenté de communier à la messe du techno, mais je ne m’y suis pas reconnue. Alors, je me suis échappée au fond du jardin. Heureusement que, sans me fier au soleil trompeur de ce début de printemps j’ai enfilé une veste car, assise dans l’ombre frémissante du tilleul, j’aurais vite été délogée par une petite fraîcheur qui se contente donc de jouer avec le coton léger de ma robe. Jean-Baptiste, le jardinier, s’affaire autour de ses protégés : massifs polychromes, tendres semis, haies peuplées d’oiseaux bavards. Je le regarde sans le voir, les yeux dans le vague, respirant juste le calme de cet espace verdoyant.

J’avais accepté l’invitation de Cloé tout simplement parce que je ne pouvais pas la refuser. Nous avions formé un binôme très efficace pour présenter notre thèse : "Les conséquences du changement climatique sur les loisirs des différentes couches sociales". Nous avions étayé notre propos de nombreux exemples et références obtenus surtout grâce aux entrées de Cloé dans les couloirs, les bureaux et les archives de plusieurs revues représentées juridiquement par son oncle et parrain, lui-même père d’Aurore (la boucle est bouclée). Bref, quand Cloé a insisté pour que je participe à sa journée d’anniversaire, je n’ai trouvé aucune excuse plausible. Evidemment, je suis la fille de Duchmolle, celui qui a remporté la cagnotte du jeu télévisé " Tout savoir pour tout gagner" ; alors, amener dans son salon la nana dont le père etc, ça donne un certain relief à la fête. Mais, non, ils ne m’ont pas regardée comme un chien de cirque, ils ne m’ont posé aucune question du genre « Qu’est-ce que ton père va faire de tout cet argent ? » vu que leur père, à eux, gagnent trois fois plus que toutes les cagnottes de ces jeux télévisés de "ploucs" — terme juxtaposé à d’autres mots, certes, mais avec une intention très appuyée que je n’ai pu ignorer—, ils m’ont juste dit « Bonjour, moi c’est Bertrand, ou Alix, ou Kevin, ou Océane », et ils ont poursuivi leur discussion avec Hubert et Vanessa. Bon, il y a aussi des gens intéressants parmi eux, des gens qui m’ont même demandé mon avis sur les bienfaits de l’alimentation végétarienne, des gens qui m’ont dit « J’étais assis au deuxième rang à la thèse de Cloé. Tu as eu de la chance de travailler avec elle », heu… elle a ouvert les portes et compilé les infos, et je me suis tapé toute la mise en forme et la rédaction car elle était très occupée avec toutes les obligations mondaines de sa mère… Bon, je ne vais pas me plaindre, on a eu tout de même mention très bien. Et puis Cloé, elle est sympa, un peu bling-bling, mais sympa. Mon père m’avait prévenue qu’en entrant dans cette école, j’allais être confrontée à des problèmes de communication. Il avait raison, eux et moi ne sommes pas sur la même planète et les liaisons sont souvent brouillées. Mais j’ai eu raison aussi de persévérer dans mes choix. J’ai côtoyé un monde pour moi encore inconnu, mais sur lequel je pourrais aujourd’hui élaborer une deuxième thèse : "Comment occuper ses journées quand on n’a pas besoin de gagner sa vie ? " Des exemples et des références, j’en ai glané un nombre infini durant ces trois années.  Mais, non, ce n’est pas mon objectif. En réalité, on m’a remarquée et je débute dès le mois prochain dans l’équipe de Média-News.com. Merci L’Institut Ferdinand de la Bergeronnette et merci Cloé.

Jean-Baptiste arrose une bouture de figuier. A deux pas de moi, il s’est agenouillé et il verse délicatement le contenu d’un pichet à eau au pied de la jeune pousse. Lui non plus ne s’intéresse pas à moi. Il prodigue ses soins attentifs aux végétaux de ce jardin qui n’est même pas à lui. Mais les plantes doivent sentir à quel point il les chérit car elles s’épanouissent avec vigueur. Les feuillages luisent doucement tandis que les fleurs parsèment pelouses et plates-bandes de leurs taches colorées et mouvantes. J’observe à présent le jardinier que je n’avais pas entendu arriver tellement son pas est discret et léger : un vrai chat. Son regard aigu et ses actes précis œuvrent de concert au bien-être de ces créatures silencieuses, source de sérénité. Concentrée sur les gestes de Jean-Baptiste, j’oublie les bruits et les tracasseries du quotidien et de la fête d’aujourd’hui pour m’immerger dans la douceur de cet instant précieux, de ceux qui procurent une énergie vitale, la sève qui nous ancre ici-bas, dans la plénitude de l’existence. Soudain, j’ai besoin d’exprimer mon sentiment :

— Elles ont de la chance de vous avoir.

Jean-Baptiste relève la tête, et me regarde, comme étonné de ma présence.

— Qui ça ? dit-il.

— Les plantes.

— Ah ! Et moi, que deviendrais-je sans elles ?

Je me relève et me dirige vers la maison où la musique s’est tue. Quand je pénètre dans le salon, tout le monde est assis en rond par terre. On débat des talents respectifs de certains artistes. Je prends place au milieu du groupe et je participe avec plaisir à la discussion. Je me sens à ma place ici comme au jardin.

pierre bonnard le jardinier

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30 octobre 2018

Le jardin, par Bernard Delzons

pierre bonnard le jardinier

Piste d'écriture: s'inspirer d'une toile de Pierre Bonnard pour "interviewer" un ou des personnages. 

Nous sommes dans un jardin début d’été, à l’ombre d’une clairière. Une jeune femme appuyée contre un arbre, l’air pensif et lointain, comme si elle était ailleurs, regarde distraitement un homme en train d’arroser un arbuste que l’on devine récemment planté. Lui est concentré sur ce qu’il fait et ne porte aucune attention à la femme près de lui.

Le garçon porte un vêtement décontracté tandis qu’elle a une tenue de ville assez sophistiquée.
Les rayons de soleil un peu plus loin montre que l’on doit être en tout début d’après-midi et que la chaleur ambiante est sûrement assez élevée.

 Elle se demande pourquoi elle l’a accompagné, alors qu’elle n’aime pas du tout la campagne. Elle préfère de beaucoup la ville et ses activités, elle aime beaucoup retrouver ses amies dans les salons de thé et partager leurs impressions sur les concerts ou les pièces de théâtre qu’elles ont vu et sur les personnes qu’elles ont pu y croiser. D’ailleurs là au moment présent elle se rappelle la soirée de la veille passée au restaurant et revoit en particulier l’homme qui lui faisait face et qui a animé la soirée. Certes il monopolisait un peu trop l’attention de tous, mais il était tellement séduisant tandis que… Elle sort brusquement de sa rêverie et regarde l’homme devant elle. Que fait elle ici ?
Comme s’il avait senti qu’elle le regardait, il lève la tête et la dévisage avec tendresse. Il lui propose à boire mais dès qu’il lui parle, elle détourne le regard et se laisse emporter par ses souvenirs.

Il se lève, va chercher de l’eau dans la fontaine toute proche, lui tend un verre et la force ainsi à croiser à nouveau son regard.
Elle se sent mal à l’aise, comme si il pouvait lire dans ses pensées et voir ainsi qu’elle ne l’aime pas. Elle rougit. Puis, furieuse de ne pas mieux se contrôler, elle se lève et demande quand on va repartir.

 Cela fait des mois qu’ils se connaissent, qu’ils se voient régulièrement, mais est-t-il seulement amoureux d’elle ? Elle ne le sait pas, elle ne le pense pas. Il est toujours très serviable, mais reste toujours distant. Il a un caractère plutôt joyeux, mais dès qu’il pourrait laisser apparaître ses sentiments il trouve une pirouette pour changer de sujet. Il est totalement différent avec son chien à qui il manifeste une grande affection. Pourquoi l’a-t-elle suivi ici ?

Elle renouvelle sa question : alors quand repart-on ?
Il la regarde, lui sourit et répond : tu vois bien que j’ai encore du travail. Pourquoi ne vas-tu pas près de la rivière tremper tes pieds dans l’eau ?

Vraiment il ne la comprend pas. Mettre ses pieds dans l’eau, il n’y pense pas. Elle se lève néanmoins et disparaît derrière les feuillages.

Lui s’assoit, se prépare une cigarette qu’il a roulée comme lui a appris son père. Et un instant il se met à réfléchir.Que fait-il avec elle ? Elle est jolie, mais elle ne s’intéresse à rien de ce qui lui plait. Elle n’aime ni la nature, ni son chien et il ne doit pas fumer devant elle. Il va la ramener en ville et puis basta, il ne la reverra plus.

Il entend un cri venant de la rivière. Il se précipite. Elle a glissé et maintenant elle est dans l’eau. Il plonge la rattrape, l’aide à sortir de l’eau et là, dans les bras l’un de l’autre ils s’embrassent fougueusement. Il a fallu cet incident pour qu’ils osent enfin montrer leur désir réciproque.

La toile de Pierre Bonnard s'intitule "Le jardin".

 

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28 octobre 2018

Rouge-orchidée, par Michelle Jolly

pierre bonnard femme à table

Piste d'écriture: s'inspirer d'une toile de Pierre Bonnard pour "interviewer" un personnage

Pourquoi cette photo ?  Triste souvenir, ils n’avaient même pas attendu qu’on arrive au dessert ! une tarte aux abricots, ma préférée ! J’aurais dû me méfier… Ce repas, presque solennel, un anniversaire ? Non, Bonne fête m’avait glissé maman dans l’oreille. Huit Avril, Sainte Julie, c’était bien la première fois depuis quinze ans que j’existais et que l’on me souhaitait ma fête ! Pourquoi ?   

…..Et puis, le mot « pensionnat » a été prononcé, j’ai pensé : ça va avec prison, privation, partir, pensum, punition , oui , je me sentais rejetée, et ne comprenais pas.    

J’aimais l’école, j’étais une bonne élève, apprendre me passionnait, je terminais ma troisième, et on parlait d’avenir, et mes parents y avaient pensé avant moi. Ils s’étaient mis dans la tête de me voir professeur, ou architecte, ou médecin, oui, médecin, c’était un métier respectable, mais surtout pas comme eux , car eux c’était les fleurs qu’ils plantaient, entretenaient, vendaient, mais pas de vacances, Car les gens veulent des fleurs toute l’année, disait ma mère… J’aimais la maison, notre maison, les recoins, les cachettes, le grenier où on faisait sécher les immortelles et mûrir les pommes, les soirs d’orage où l’on guettait les hulottes blanches chassant les mulots, j’aimais cette vie-là, les humeurs de maman, les silences de papa avec ses yeux qui riaient, mon tendre jeune frère, et ma sœur ainée , toujours là pour me soutenir.

Ils avaient décidé de m’enfermer loin, en ville, pour mon bien disaient-ils, sans me demander si j’aimais les fleurs !! et pourtant… Au plus loin que je me souvenais, j’avais trois, quatre ans à peine, je n’allais pas à l’école, maman me mettait dans la brouette, et me roulait jusqu’aux serres où elle s’occupait des plants en nourrice, quand les fleurs sortaient, elle me demandait de lui passer, une pensée, une violette, une marguerite, je ne me trompais jamais ! J’aimais ce monde-là, la terre, les plantes, les odeurs, l’attente, les surprises, je rêvais, un jour de créer une fleur, ma fleur à moi, pourquoi pas ? Quelle idée ! Les parents ironisaient, Il faut poursuivre tes études, après, pour tes loisirs…     

Pour cet avenir là il n’y avait que la ville et la pension, on allait m’aider, on ferait ce sacrifice, ne gâche pas ta vie, disait papa, sûr de lui, et ses paroles gonflaient au fur à mesure qu’il parlait, je me rendais à l’évidence, j’avais envie de rire et de pleurer.

Je suis partie loin, emportant dans mes bagages une photo de la famille devant le jardin et une petite orchidée mauve offerte à mon départ. Durant un an, deux ans, je revenais quelques jours de vacances mais docilement, repartais. Bonne élève j’apprenais, me remplissant de savoir, mais je rêvais d’ailleurs. Au bord de ma fenêtre mon orchidée était morte et pourrissait doucement, je n’osais la jeter.    

Un matin je regardai cette pauvre chose sèche, n’ayant plus de couleurs, des feuilles piquant du nez, prête à tomber, aucun espoir de vie, bien que… derrière une feuille repliée, une tige mince et fragile se faufilait, rampant. Incrédule, je l’abandonnai sur le rebord. Prise par mes cours, et examens divers, je restai de longs jours oubliant ma plante qui d’ailleurs avait toujours triste mine ; enfin de loin. Car, m’approchant tout près, j’aperçus le long de la tige dix, non, douze petits boutons comme grains de riz, ce n’était pas possible ! elle était morte, si peu de terre, si peu d’espoirs ? Je l’ai guettée, comme on guette une naissance ! J’ai ressenti alors, au plus profond de moi, ce pouvoir de la nature, cet entêtement parfois, cette constance.

C’est sûrement ridicule, puéril, et difficilement crédible ; mais je n’ai pas attendu la fin de ma troisième année, l’énergie nécessaire pour faire volte-face m’est venue en partie de cette fleur. J’ai affronté des cris, des reproches, des pleurs, mais j’ai tenu bon. Un matin mon orchidée m’a offert douze fleurs sur une même branche ! Mon père n’en est pas encore revenu. Aujourd’hui je sème, je plante, j’entretiens, je m’instruis aussi, car j’ai des projets : un jour, je crois je créerai une fleur, je cherche, comment ? je ne sais pas encore, mais je suis sûre d’une chose, le chemin que j’ai maintenant choisi, est le seul qui me rende heureuse.

La toile de Pierre Bonnard s'intitule Femme à table.

 

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27 octobre 2018

Le stage scénario/nouvelle aura lieu le dimanche 28 octobre

 

 

La chute, le twist, la surprise  (scénario et nouvelle). Vous pouvez encore vous inscrire!

 

Analyse et discussion,

Extraits de films, de scénario ou nouvelles,

Temps de créativité et retours.

 

Dimanche 28 octobre 2018

10h-17h30 (repas partagé tiré du sac)

 

Stage co-animé par Daniel Sebaihia

(atelier scénario Adra)

et Carole Menahem-Lilin

(www.atelierdecrits.com)

 

40 € (30 € pour les inscrits aux ateliers)

+ adhésion Adra stage (5 ou 10 €)

 

Salle Adra 19 place du Nombre d’Or, Montpellier, tram Antigone ou Place de l’Europe

 

Amenez vos outils d’écriture préférés !

 

Inscription et contacts :

Daniel, 06 32 33 84 74, daniel.sebaihia@free.fr

Carole, 06 84 01 48 57, carole.lilin@gmail.com

Adra : 04 67 64 86 15, adra34000@gmail.com

www.adra-montpellier.com

 

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26 octobre 2018

Sur La palme, de Pierre Bonnard, par Christiane Reynard

 

          Les temps changent, les civilisations s'effacent, les êtres aussi : des êtres fleuris, des palmes qui vous bercent le cœur à nu, à vie.

La nature est là, luxuriante, donnant fleurs, donnant fruits, captant le soleil, fabriquant l'oxygène de l'air, travaillant et transformant la terre nourricière, se levant droit vers son étoile, droit vers ce qui lui donne vie et donnant, en retour, vie de sa vie.

Nature … culture … c'est une vieille dissociation. Les êtres vivants et les inertes sont enlacés, en perpétuelle interaction, tous. Les poules mangent les vers qui aèrent la terre, nous mangeons les poules et un jour, nous sommes de retour à la terre et les vers nous mangent.
Tout se recycle, nature et culture. Le Moyen-âge a ses châteaux couleur de pierre, nous avons nos vitrines criardes, nos toits en fête mais le passé est en eux encore, le lien n'est pas coupé, il reste en nous, ici-là-bas, hier-aujourd'hui.

Où cadrer dès lors ? Sur quoi poser l'œil qui s'affole de tant et tant ?

D'un papillon, d'un ballon

D'un éclat ou d'une ombre

Du linge déjà sec aux fenêtres

De la pomme du savoir.
Et la palme au-dessus se balance.

Un être est là, dans la lumière qui l'avale, homme ou femme, conscience qui se sait mouvance.

Émouvance. Et la beauté jaillit.

Une peinture est un poème ; le peintre est dans le poème et nous sommes en lui.

pierre bonnard la palme

                                                                                          

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25 octobre 2018

Piste d'écriture: interviewez vos personnages

pierre bonnard femme à tablePierre_Bonnard,_1908_-_La_logeLes personnages, d’après Pierre Bonnard

Dans les œuvres de Pierre Bonnard, les personnages, même en action, semblent plongés dans leur intériorité. Je vous propose de questionner celui, ou ceux, que vous aurez choisis. Il ne s’agit pas forcément d’écrire un texte, cela viendra ou non, mais d’enquêter sur ce personnage et l’atmosphère qui l’entoure.

Vous pouvez inventer, c’est même ce à quoi je vous incite. Entrez dans la tête de ces personnages, écoutez leurs pensées.

L’idée est de vous familiariser avec ce ou ces personnages, pour ensuite les faire vivre, dans un texte ou plusieurs. Aujourd’hui, laissez-vous aller, prenez des notes ou rédigez, comme vous le préférez.

Ces toiles ont été peintes entre la fin du 19e siècle et les années 1920. Vous pouvez tenir compte de ce contexte, ou non. Vous pouvez par exemple modifier les tenues, les moderniser ; ou vous appuyer dessus. Je trouve que cette distance permet plus d’imaginaire.

titres des toiles: Femme à table. La loge. La palme. Le jardinier.

Quelques questions, pour vous lancer :

Qui sont ce, ou ces personnages que vous avez choisis ? (selon vous)

Où sont-ils, qu’y font-ils ?

Avec qui se trouvent-ils, et pourquoi ?

pierre bonnard la palmeLe paysage ou le cadre est-il important pour eux ? s’y reflètent-ils, s’y opposent-ils ?

Souhaitent-ils y rester ? S’en échapper ?

Quels liens éventuels entre eux ? Consentis, désirés ? Subis ?

D’où viennent-ils ? (au sens large : enfance, milieu ; lieu ou activité qu’ils ont quittés pour venir là)

Que veulent-ils, tout de suite ?

A quoi aspirent-ils ?

Vers quoi vont-ils ?

pierre bonnard le jardinierQuelles tensions percevez-vous ?

Quelles fragilités ?

Quelles déterminations ?

Avez-vous une idée de ce qui se passera après ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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18 octobre 2018

Alexandra, par Sylvie Albert

Pierre_Bonnard,_1908_-_La_loge

Piste d’écriture : à partir d’un tableau de Pierre Bonnard représentant un personnage semblant plongé dans son intériorité, entrer dans la tête de ce personnage, le questionner sur sa vie et l’atmosphère qui l’entoure. La toile qui a inspiré ce texte est La loge, qui date de 1908, mais a inspiré une histoire contemporaine.

 

Alexandra

 

Si l’on m’avait dit plus jeune qu’un jour je serais là, à Paris, avec Goran, aux premières loges de la salle Berlioz, à attendre l’entrée en scène des comédiens, le cœur battant, les joues rouges… j’aurais, sinon ri car à l’époque je n’aurais pas eu le cœur à ça, du moins pensé que les chances étaient plutôt minces…

Et contre toute attente, j’y suis. Je n’ai pas bougé de ma chaise depuis que nous sommes arrivés. Goran, lui, est allé se promener dans le théâtre, histoire d’admirer les jeunes demoiselles et les tenues flamboyantes que certaines d’entre elles arborent. Il est revenu vérifier que je n’avais besoin de rien, puis il va repartir flâner dans les couloirs. Ce n’est pas la pièce qui l’intéresse, ni les acteurs. Moi si. Au point que je me moque bien de ma tenue, une robe banale qui m’a été prêtée pour l’occasion et que j’ai passée par-dessus un des corsages tout simples qu’il me reste de Maman. J’ai relevé mes cheveux, comme cela se fait pour aller au théâtre, mais très sobrement, le tout sans bijoux ni fioritures. À l’opposé, Marie-Alice s’est mise sur son trente-et-un, et même son éventail est assorti aux rubans dans ses cheveux ! Il faut dire qu’elle s’attend à ce que Charles se déclare ce soir et fasse sa demande en mariage au cours du souper qui suivra le spectacle. Elle m’a cassé les oreilles toute la semaine à ce sujet. Il m’a bien fallu supporter ses sautes d’humeur sans broncher, puisque c’est grâce à elle que je suis là ce soir…

Mais peu importent la tenue de Marie-Alice, ses espérances, les intentions de Charles ou les déambulations de Goran. Ce qui compte, c’est ce qui va se passer sur scène. C’est cette histoire d’amour et de folie qui va être contée, c’est la gamme des émotions qui va nous traverser pendant les trois prochaines heures. Je n’ai respiré et vécu que pour cela ces deux derniers mois.

Certes, des émotions j’en ai vécu un certain nombre au cours de mon enfance dans mon pays en guerre depuis des années. Des émotions dominées par la peur, la violence et le sentiment d’injustice face à la bêtise des dirigeants et l’oppression de la population. Nous avons dû, avec Goran, quitter notre terre d’origine et les quelques membres de notre famille qui restaient encore fiers et droits, pour éviter d’allonger inutilement la liste des martyrs de ce conflit – conflit reconnu et médiatisé seulement récemment. Après l’enfer de la vie là-bas, nous avons connu l’enfer de la survie dans des conditions inhumaines, de pays en pays, de camp en camp. Et ce pour finalement, par un hasard que je me surprends à remercier chaque matin, être recueillis par les parents de Marie-Alice, qui sont de ces gens capables d’agir face à l’insoutenable.

Depuis, la littérature m’a sauvé la vie. Je me suis servie de l’abstrait et de l’imaginaire pour occulter le réel. J’ai plongé sans filet dans les histoires d’amour, pleuré intensément lorsque confrontée aux drames, et développé mes connaissances du français à travers les romans et les pièces de théâtre. Aujourd’hui que je suis en mesure de bien comprendre la langue et me sens moins apeurée quand exposée à la foule, Marie-Alice a bien voulu m’emmener avec elle à l’Opéra.

Je suis prête, attentive, voire tendue. Il me tarde tant que le rideau s’ouvre ! Il me tarde tant de voir les personnages que je connais par la lecture se mettre en place, s’animer, vibrer, s’enflammer ! Peut-être même pourrai-je me retrouver un jour moi aussi sur une scène, face à des partenaires, habitée par une histoire imaginée… qui sait ?

En attendant… que le spectacle commence !

 

Sylvie Albert, octobre 2018

 

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14 octobre 2018

Taha et les profondeurs, par Michelle Jolly

ailerons

Voici l'un des textes né de la piste d'écriture "le suspense", une suite de l'extrait de Laurent Mauvignier (Autour du monde).

Sous l’œil attendri de Yasmine, sa fiancée, Taha s’était laissé tomber dans l’eau, sans trop réfléchir, malgré son cœur qui battait fort… Ses mains s’accrochaient encore au bord du bateau ; Yasmine se pencha : « ça va ?» dit -elle, il fit un signe de la tête, et pour ne pas lui montrer sa peur, ajusta son masque, son tuba, et d’un coup de palme s’éloigna…. Il nageait, machinalement ; au bout d’un moment, l’image en-dessous se précisa, clarté du fond marin, loin, si loin, subitement ses jambes se paralysèrent, son ventre se crispa, sa respiration devint haletante, comme là-haut dans le sentier de chèvres sur le Méjean, le vide en-dessous, cette attirance soudaine qui lui tordait le ventre…  Pour chasser ce vertige il leva la tête, et nagea plus loin. Le soleil l’éblouit un instant, l’eau était fraiche, agréable, cela le remit d’aplomb, il crut apercevoir, au-dessus des vagues, les nageoires fines de jeunes dauphins, jusqu’au moment où, se retournant, il constata que le bateau avait disparu !

Pourquoi ? comment avaient-ils pu le laisser seul ? et Yasmine ? n’avait-elle pas protesté ? Il tournait mille idées dans sa tête tout en retirant masque et tuba, il regardait tout autour de lui, où était le bateau ? Ils avaient parlé d’une ile, mais avaient-ils deviné sa peur ? Lui le champion des stades, le valeureux athlète ? Cachant à tous cette angoisse un peu honteuse ! Comment pouvaient-ils se douter ? Plus il se persuadait de leur ignorance, plus sa phobie le paniquait. Il agitait ses jambes, mécaniquement, pour ne pas couler. Il resta ainsi, essayant de calmer son corps tendu…    

Cette ile, toute proche avait dit Zach, leur coach, mais où ? Il se souvint qu’il avait laissé ses lunettes, il voyait flou, comme autrefois quand, pour épater les filles à la piscine, il se lançait du grand plongeoir ! Mes jambes tremblaient, comme maintenant, se dit-il. La mer ne lui donnait aucun indice, aucun repère, aucune piste, elle se moquait de tout cela ; il regarda le ciel, se mit à douter, et il pensa à Yasemine, pourquoi avait-elle accepté de le laisser là ? Dans cette eau maudite, ne pas imaginer une crampe, un requin ? L’aimait-elle vraiment ? Il chassa vite ce doute et se remit à nager.

Des cormorans tournant au loin, au-dessus de la mer, il décida de se diriger vers eux, il peinait, avait parfois l’impression de ne pas avancer, de reculer, j’arriverai jamais…….

……Il s’était endormi sur le sable. C’est Yunus qui se pencha le premier, Taha le reconnut avec son maillot rouge à fleurs, son ventre de bouddha qui s’y trouvait mal à l’aise ! « Alors, dit le jeune homme en riant, ça s’est bien passé ? On t’espérait tous sur l’ile… »       

Puis Zach arriva, criant : « Le bateau est prêt, il faut repartir ! »

C’est sur le bateau que l’on attendit longtemps Kerim et Yasemine. Ils arrivèrent enfin, le jour tombait, et Taha fatigué ne se souvenait plus s’il avait fait un mauvais rêve ; mais il était sur d’une chose, tous les deux ne se quittaient pas des yeux et avaient l’air heureux…

Sous l’œil attendri de Yasmine, sa fiancée, Taha s’était laissé tomber dans l’eau, sans trop réfléchir, malgré son cœur qui battait fort… Ses mains s’accrochaient encore au bord du bateau ; Yasmine se pencha : « ça va ?» dit -elle, il fit un signe de la tête, et pour ne pas lui montrer sa peur, ajusta son masque, son tuba, et d’un coup de palme s’éloigna…. Il nageait, machinalement ; au bout d’un moment, l’image en-dessous se précisa, clarté du fond marin, loin, si loin, subitement ses jambes se paralysèrent, son ventre se crispa, sa respiration devint haletante, comme là-haut dans le sentier de chèvres sur le Méjean, le vide en-dessous, cette attirance soudaine qui lui tordait le ventre…  Pour chasser ce vertige il leva la tête, et nagea plus loin. Le soleil l’éblouit un instant, l’eau était fraiche, agréable, cela le remit d’aplomb, il crut apercevoir, au-dessus des vagues, les nageoires fines de jeunes dauphins, jusqu’au moment où, se retournant, il constata que le bateau avait disparu !

Pourquoi ? comment avaient-ils pu le laisser seul ? et Yasmine ? n’avait-elle pas protesté ? Il tournait mille idées dans sa tête tout en retirant masque et tuba, il regardait tout autour de lui, où était le bateau ? Ils avaient parlé d’une ile, mais avaient-ils deviné sa peur ? Lui le champion des stades, le valeureux athlète ? Cachant à tous cette angoisse un peu honteuse ! Comment pouvaient-ils se douter ? Plus il se persuadait de leur ignorance, plus sa phobie le paniquait. Il agitait ses jambes, mécaniquement, pour ne pas couler. Il resta ainsi, essayant de calmer son corps tendu…    

Cette ile, toute proche avait dit Zach, leur coach, mais où ? Il se souvint qu’il avait laissé ses lunettes, il voyait flou, comme autrefois quand, pour épater les filles à la piscine, il se lançait du grand plongeoir ! Mes jambes tremblaient, comme maintenant, se dit-il. La mer ne lui donnait aucun indice, aucun repère, aucune piste, elle se moquait de tout cela ; il regarda le ciel, se mit à douter, et il pensa à Yasemine, pourquoi avait-elle accepté de le laisser là ? Dans cette eau maudite, ne pas imaginer une crampe, un requin ? L’aimait-elle vraiment ? Il chassa vite ce doute et se remit à nager.

Des cormorans tournant au loin, au-dessus de la mer, il décida de se diriger vers eux, il peinait, avait parfois l’impression de ne pas avancer, de reculer, j’arriverai jamais…….

……Il s’était endormi sur le sable. C’est Yunus qui se pencha le premier, Taha le reconnut avec son maillot rouge à fleurs, son ventre de bouddha qui s’y trouvait mal à l’aise ! « Alors, dit le jeune homme en riant, ça s’est bien passé ? On t’espérait tous sur l’ile… »       

Puis Zach arriva, criant : « Le bateau est prêt, il faut repartir ! »

C’est sur le bateau que l’on attendit longtemps Kerim et Yasemine. Ils arrivèrent enfin, le jour tombait, et Taha fatigué ne se souvenait plus s’il avait fait un mauvais rêve ; mais il était sur d’une chose, tous les deux ne se quittaient pas des yeux et avaient l’air heureux…

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13 octobre 2018

Piste d'écriture: le suspense, avec Hitckock et Laurent Mauvignier

aileronsCette piste d'écriture a été explorée la semaine du 24 septembre. Hitckock différenciait la surprise du suspense ainsi:  au cours d'une scène, une bombe explose: c'est un effet de surprise. Mais si le specta­teur est informé de sa présence, attend ou redoute qu'elle se dé­clenche, alors il s'agit de suspense. Rappel: un stage scénario/nouvelle autour du concept de chute, retournement, surprise, est proposé le dimanche 28 octobre.

Le texte dont nous sommes partis est un extrait de Autour du monde, de Laurent Mauvignier, Les éditions de Minuit, 2014. Ce livre est formé d’un entrelacement d’histoires, toutes situées en 2011 au moment du tsunami au Japon.

Dans celle-ci, qui commence page 84, il est question de 5 jeunes touristes turcs en vacances aux Bahamas, « trois garçons et deux filles – dans les histoires il y a toujours un garçon qui n’a pas de fiancée ou une fiancée qui pourrait aimer deux garçons. » Au matin, « ils avaient tous embarqué dans un petit bateau à moteur, en compagnie de Zack, un gars qui servait de guide à l’occasion (…) et, très vite, le bateau avait filé vers le large. Là où nagent les dauphins. » Il s'agira de plonger pour nager avec eux. Taha, excellent sportif pourtant, n'est pas à l'aise sur l'eau; mais il ne veut pas déchoir aux yeux de Yasemine, sa fiancée, en lui avouant cette sorte de résistance intérieure, qui l'incite à investir tout ce qu'il voit et entend d'un sens peut-être exagéré. 

 

L’effroi de Taha, allié à son orgueil, ne l’entraine-t-il par dans une sorte de cécité ? A votre avis, vers quoi va-t-on ? Un retournement cruel ? Une forme d’initiation ? Ironique ou bienveillante ? A ce stade du récit, tout est possible. L’auteur a instillé l’inquiétude autant que la séduction, les profondeurs comme la légèreté. On a compris l’enjeu de Taha, on sait qu’il est pris entre plusieurs peurs, on sait qu’il a beaucoup à perdre, son estime de soi-même, l’amour de sa fiancée peut-être, son intégrité physique ou morale.

Deux pistes :

 

1. Imaginez la suite, écrivez-la ou posez-en les principales étapes.

 

2. Créez une situation propice au suspense. Une angoisse s’installe, à laquelle, peut-être, on ne veut pas se laisser aller. On ne veut pas croire sa peur. A quoi correspond cette angoisse pour votre personnage ? à un complexe, comme ici ? à une situation objective ? Semez des doutes, faites balancer le personnage, comme le lecteur, entre plusieurs faces de la médaille.

Pour en savoir plus sur Hitckock et son art du suspense, consulter l'article d'Aurélien Ferenczi,  en particulier la leçon 2.

illustration : http://corsica.mare.over-blog.com/pages/DIFFERENCIER_LES_NAGEOIRES_DORSALES_EN_MEDITERRANEE-4462865.html

 

 

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27 septembre 2018

Et après, on dansera, par Carole Menahem Lilin

Les prochains ateliers auront lieu mardi 9, mercredi 10 et samedi 13 octobre,  à Montpellier Antigone. On peut encore s'inscrire (sauf le mercredi, complet). Prochain stage le dimanche 30 octobre ou 4 novembre.  Me contacter.

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Piste d'écriture: illustrations et phrases trouvées sur des cartes Papillon & papillonnage.

Et après, on dansera… m’as-tu promis un jour. Nous devions nous retrouver chez des amis à toi, rue Beaubourg. Quand je suis arrivée, après mon job du dimanche, je serrais fort l’adresse dans ma main moite. 1980, j’avais dix-sept ans, tu m’étais apparu comme un prince africain parmi d’autres princes d’ébène. Sur le parvis de Beaubourg où nous nous étions rencontrés, vous étiez quelques-uns, flottant élégamment dans des vêtements pastel qui ressortaient en pierres précieuses sur votre peau sombre ; vous flottiez aussi d’une animation à l’autre, Mouna avec son chapeau de clown qui parlait des dangers qui guettaient la planète, les deux guitaristes en jeans et cheveux longs estampillés far West, l’Arlequine qui dessinait sur les pavés des paysages à la craie, parfois en équilibre sur la tête, le flutiste charmeur de touristes…

Des Africains qui auraient pu vous ressembler mais ne vous ressemblaient pas, vêtus de tergal et d’étroit, vendaient des girafes Tour Eiffel et des porte-clés girafe. Ils étaient accroupis, vous étiez debout. Ils étaient vendeurs à la sauvette, vous étiez étudiants. De bonne famille, m’expliquas-tu. Vous aviez lu Senghor et Victor Hugo, mais tu étudiais la médecine, ton cousin le droit. Tous les deux, vous n’aimiez pourtant que la littérature, m’affirmas-tu.

Je te regardais. J’aimais comment tu parlais, comment tu bougeais. J’étais surprise de la complicité qui te liait aux autres, à Michel surtout – vous aviez aussi des prénoms sénégalais, mais tu ne me donnas que les français, par politesse pour mon ignorance. Vous vous teniez par l’épaule lui et toi, vous vous teniez par la main parfois. Pourtant c’est moi que tu regardais, et depuis plusieurs minutes maintenant – si bien que quand tu es venu me parler, je n’ai pas été surprise. Lui aussi m’avait regardée. Après quoi tu t’es présenté, et tu me l’as présenté, puis le petit groupe qui vous accompagnait. Moi, je n’ai pas bien su comment me résumer. C’était l’année de mon bac, j’avais envie de m’inscrire en philo mais finirais probablement en économie, mes parents commerçants forains n’étaient pas riches mais pour autant, je n’aurais pas droit à une bourse. Je passais mes dimanches après-midi à Paris, à m’énivrer de beauté et d’Histoire. Je venais d’une banlieue qui avait gommé son passé. Était-ce pour cela que me promener dans cette ville feuilletage, où le Moyen Age côtoyait Haussmann et où les cultures se croisaient, me faisait un bien fou ? J’avais besoin d’être avec des gens qui se posaient des questions, avec des gens qui étaient des questions eux-mêmes. J’espérais que l’année suivante, à la fac, ces personnes-là je les rencontrerais. Et cela commençait déjà, au gré des rues et des sourires.

Avec toi, je sus que rien ne serait simple – sinon cette envie de te donner la main, de marcher dans ton sillage de prince. Mais un prince n’est jamais seul. Il y avait Michel, il y avait les autres. Il fallait que je sois en quelque sorte adoubée par ta petite tribu, décidas-tu. Ou bien, est-ce Michel qui te le soufflas ? J’avais flotté parmi les garçons, les cousins, les étudiants. A présent, je devais rencontrer les filles, les sœurs, les cousines, les fiancées. « Tu verras me dis-tu, on dansera. »

Si bien que j’étais là, en ce troisième dimanche après-midi, devant une petite porte laissée ouverte. On entendait le bruit incessant de machines à coudre, peut-être un atelier au-dessus de la boutique de grossiste en rubans, gants, foulards. Troisième étage sur cour m’avais-tu écrit. Ce fut la musique qui me guida, dans ces escaliers de bois pâle et de plâtre gris.

Avant de danser, il me fallut manger. C’était compliqué. Pourtant ce thiéboudienne avait été préparé en grande partie pour moi, en mon honneur veux-je dire. J’étais arrivée tard, après mon job de vendeuse, et tous, vous vous étiez nourris, mais pas dans ce plat-là. Il y avait une grande quantité de riz blanc qui sentait très bon, et autour, pressées dans la cuisine étroite, toutes sortes d’élégances. On me souriait, on m’interpellait, on parlait de moi dans ta langue. On m’assit à la petite table autour de laquelle on resta debout, on me servit du riz, puis d’un poisson très épicé. Je calai sur la sauce. Toute la rougeur de gêne que j’avais réussi à contenir, éclata sous l’effet de la brûlure du piment. J’aurais 17 ans aujourd’hui, saurais-je éviter ce piège ? Il m’avait été tendu innocemment, je crois bien – plutôt une sorte de rite, nourrir l’étranger pour qu’il vous devienne endogène. Teranga, hospitalité. Mais on ne s’attendait pas à recevoir une jeune fille si ignorante des usages, et moi je savais m’arranger d’un peu de harissa, mais ne pus rien contre ces piments langues d’oiseau. Je pleurais, je toussais, on me dit qu’il ne fallait pas boire d’eau mais trop tard, je m’étais précipitée vers la carafe. On me bourra de mie de pain. J’avais les joues en feu et les joues emperlées. Je ne savais quoi faire, assise devant mon bol quand tout le monde était debout. Je me levai, les autres me suivirent.

Dans l’étroit salon à la seule, mais très haute fenêtre, tu étais assis sur le sofa, seul comme un prince. Un disque jouait Juliette Greco, Il n’y a plus d’après à Saint-Germain des Prés, plus d’après-midi, plus d’après-demain, il n’y a plus qu’aujourd’hui. Je le crus. Après tout, à ma manière je vivais en existentialisme, hésitant entre deux rives de ma vie de jeune fille. Entre deux mondes aussi – et tu aurais pu être l’une de mes portes. Je te regardai, posai ma main sur ton épaule, à la base du cou, où d’habitude Michel posait ses longs doigts. Tu te levas. Nous avons dansé, un slow très lent, maladroit, touchant. C’est que je suis un autre, c’est que tu es une autre, dévidait le disque, voilà l’éternité de Saint-Germain des Prés.

Lorsqu’en fin d’après-midi je suis partie, je t’ai évité. Je ne voulais pas te proposer un autre rendez-vous. La chanson m’était entrée dans le cœur. Notre histoire était belle ainsi, elle trouvait sa fin dans cet appartement empli de livres, de sacs de riz, de piments, où l’on jouait Juliette Gréco, les griots et Bébé Manga. Je n’avais plus assez d’appétit pour aller plus loin, j’étais écœurée à l’avance des stratégies qu’il me faudrait déployer pour t’avoir un peu à moi, un peu dans ma danse.

Le destin d’aimer l’étrange et l’exil était pourtant inscrit en moi, mes histoires d’amour futures ne me l’épargnèrent pas – poésie, richesses, déchirures… mais n’est-ce pas le lot de toutes les histoires d’amour ?

Vingt-cinq ans plus tard, un hasard fait que je t’ai croisé dans un aéroport, tu t’es retourné sur moi comme je me suis retournée sur toi. J’allais accueillir mon fils, tu allais rejoindre les tiens. Nous nous sommes souri. J’ai murmuré : Et après, on dansera ? Tu as hoché la tête, avec ce sourire lumineux que j’aimais. Il n’y a plus d’après, à Saint Germain des Prés, il n’y a eu qu’aujourd’hui.

Texte et photo, Carole Menahem-Lilin.

https://papillonpapillonnage.bigcartel.com/

 

 

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25 septembre 2018

Il est venu le jour! par Danièle Géroda

papillon papillonnage Les mouchoirs

Ce texte a été inspiré par des cartes créées par Papillon & papillonnage. Il s'agissait d'écrire autour, tant des visuels qu'en s'inspirant des phrases. 

 Il est venu le jour !

Il est venu le jour, mon amie, mais le temps a souhaité se prélasser une minute, furtivement . . .  La vie, éclatant subitement d’une force incroyable, vient d’interpeller et rappeler son attachement pour chacun d’eux. Pas de départ dans l’urgence … Un souffle nouveau, puisé dans la tranquillité de l’instant, leur a permis de rassembler leurs idées, leurs souvenirs. Il faut que le film de leur existence arrête de dérouler trop vite son scénario.

Cela aurait pu être différent. Simone et Clovis auraient aimé que ce soit différent. Ils auraient continué à avancer sur le chemin, main dans la main. Ils auraient continué à épier chacun des gestes de l’autre.

Clovis adorait humer le parfum du linge exhalant ses douces effluves de lavande que Simone se plaisait à suspendre, chaque jour, dans leur jardin. Simone, elle, s’asseyait sur une chaise, sur la terrasse,  toujours la même, la sienne, un peu plus haute que celle de Clovis, pas pour le dominer, certainement pas, mais pour calmer ses articulations douloureuses : genoux contrariants refusant de plier, dos courbé refusant de se déplier. «  A notre âge, il faut se ménager », lui répétait-elle, pendant que, la bêche à la main, lui retournait inlassablement la terre pour préparer ses prochaines semences. La récolte gratifiante des tomates et des pommes de terre dépendait de cette activité soutenue. Infatigable, Clovis nettoyait, nettoyait, âpre à la besogne. Il fallait que le jardin, lui aussi, respire le propre. Pas une minute à perdre pour débarrasser le terrain de ses figues gluantes qui faisaient tache. « Tu aurais pu les mettre en vente, elles aussi » regrettait Simone en scrutant les panières exposées devant la porte de leur domicile pour flatter les clients. Clovis opinait de la tête. « Oui, on verra ça la saison prochaine. »

Le calme de la maisonnette,après le départ, qui sait, définitif, des enfants loin d’eux devenait lourd à supporter. Le coeur n’y était plus. Même Yougo, leur fidèle compagnon, fou de chasse il y a quelques années, passait désormais ses journées à renifler le désordre de sa niche, pour mieux s’y lover en attendant des jours meilleurs : désespéré, sans doute, de ne plus pouvoir gambader auprès de son maître. Il n’avait pas compris pourquoi les fusils avaient été remisés dans le garage

Clovis a d’aillleurs, lui aussi, oublié que ces fusils avaient eu une existence, avant. Il a oublié  qu’il aimait arpenter les garrigues avec ses potes chasseurs comme lui, alors que Simone attendait, guillerette, la petite troupe, pour les repas partagés en commun. Simone avait toujours approuvé le choix de son mari. C’était une belle activité, la chasse. Son homme faisait, comme ça, un peu de sport.

Mais aujourd’hui, mon amie, il est venu le triste jour.

Le linge n’a pas reparu sur le fil. Les volets sont fermés. Le terrain crache ses feuilles mortes de ne plus être ramassées. Les chaises trônent dehors, en solitaire, abritées, mais sans âme qui vive sur les coussins délavés. La  niche est vide.

Clovis avait déserté, le premier, la maison.  Une mémoire trop défaillante, un quotidien trop difficile à vivre.

Simone allait régulièrement à son chevet pour continuer à activer quelques souvenirs. « Je n’aime pas te voir pleurer »... C’est ce que chacun avait envie de prononcer dans la compassion de leurs échanges, quand Clovis reconnaissait sa femme, quand Simone essayait de le convaincre que c’était bien ainsi, qu’il se repose et que la maison attendait son retour.

Il est venu ce triste jour, mon amie.

Clovis ne s’est certainement pas rendu compte que les visites de Simone se sont espacées avant de s’arrêter. Il attendra, peut-être, certains jours mais en vain. Simone s’est envolée, la première. Un courant d’air l’a enlacée. Sa solitude, mouillée de désespoir l’a emportée.

Simone et Clovis auraient vraiment aimé que ce soit différent. Mais peut-être, après, dans une autre vie, « On se retrouvera et on dansera »!

Illustration: Papillon & papillonnage, 


https://papillonpapillonnage.bigcartel.com/

 

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24 septembre 2018

Piste d'écriture du mardi 11 septembre

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Ecrire autour… dans plusieurs sens du terme.

Ecrire autour d’au moins l’une de ces illustrations Papillon et papillonnage, puis si l’inspiration vous accompagne, retourner la feuille... ou retourner à votre clavier pour poursuivre l’envol de vos mots.

Ecrire autour de la scène ou du symbole évoqués dans le dessin. De quoi s’agit-il ? Qu’est-ce que cela vous évoque ? Comment en est-on arrivé là ? Qu’est-ce qui va se passer ensuite ? Qui parle, en s’adressant à qui ? Ecoutez les dizaines d’autres questions qui papillonnent peut-être dans votre esprit, la plupart des histoires débutent ainsi, par des questions que l’on se pose, qu’elles nous posent.

Ecrire autour… de scènes fugaces : conversations à demi entendues, scènes entrevues, réminiscences qui s’imposent. La curiosité est un joli défaut, en littérature. Posez-vous tout de même quelques questions : qui parle ? le témoin ? l’une des personnes impliquées ? un narrateur extérieur ?

Ecrire autour… d’une scène de votre théâtre imaginaire. Vous savez que cette scène devra figurer dans votre récit, mais vous ne savez pas comment, ni à quel moment du récit. Lâchez-vous, écrivez autour, associez. Jouez avec les questions fondamentales : qui ? (de qui s’agit-il ?) quoi ? (de quoi est-il question, quels éléments sont en jeu ?) où ? (le lieu) quand ? (l’époque) pourquoi ? (pourquoi cette scène ?) comment ? (en est-on arrivé là, comment est-ce possible, comment va-t-on s’en sortir… ?) Que nous dit cette scène sur les personnages et leurs rapports ?

 

papillon papillonnage Les mouchoirs

café

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