Ateliers d'écriture animés par Carole Menahem-Lilin à Montpellier

Calendrier des ateliers d'écriture 2106-17

Calendrier des ateliers 2016-2017 :

 Ateliers pistes d'écriture: Lundi et mardi
Ateliers accompagnement de projets: mercredi et samedi 

pour enregistrer ou imprimer fichier word, cliquez et téléchargez:  Calendrier_des_ateliers_2016

1er trimestre

Lundi 12 septembre 2016, 14h-17h15

Mardi 13 septembre, 14h30-17h45, ou 18h45-22h

Mercredi 14 septembre, 15h45-19h

Attention : samedi 24 septembre, 14h45-18h

 

Lundi 26 septembre, 14h-17h15

Mardi 27 septembre, 14h30-17h45, ou 18h45-22h

Mercredi 28 septembre, 15h45-18h

Samedi 1er octobre, 14h45-18h

 

Lundi 10 octobre, 14h-17h15

Mardi 11 octobre, 14h30-17h45, ou 18h45-22h

Mercredi 12 octobre, 15h45-18h

Samedi 15 octobre, 14h45-18h

 

Lundi 24 octobre, 14h-17h15

Mardi 25 octobre, 14h30-17h45, ou 18h45-22h

Mercredi 26 octobre, 15h45-18h

Samedi 29 octobre, 14h45-18h

 

 

Lundi 7 novembre, 14h-17h15

Mardi 8 nov, 14h30-17h45, ou 18h45-22h

Mercredi 9 nov, 15h45-18h

Samedi 12 nov, 14h45-18h

 

Lundi 21 novembre, 14h-17h15

Mardi 22 nov, 14h30-17h45, ou 18h45-22h

Mercredi 23 nov, 15h45-18h

Samedi 26 nov, 14h45-18h

 

Lundi 5 décembre, 14h-17h15

Mardi 6 déc, 14h30-17h45, ou 18h45-22h

Mercredi 7 déc, 15h45-18h

Samedi 10 déc, 14h45-18h

 

Et, si suffisamment de participants :

Lundi 19 décembre, 14h-17h15

Mardi 20 déc, 14h30-17h45, ou 18h45-22h

Mercredi 21 déc, 15h45-18h

 

2e trimestre

 

Lundi 2 janvier 2017, 14h-17h15

Mardi 3 janv, 14h30-17h45, ou 18h45-22h

Mercredi 4 janv, 15h45-19h

Samedi 5 janv, 14h45-18h

 

Lundi 16 janv, 14h-17h15

Mardi 17 janv, 14h30-17h45, ou 18h45-22h

Mercredi 18 janv, 15h45-18h

Samedi 21 janv, 14h45-18h

 

Lundi 30 janv, 14h-17h15

Mardi 31 janv, 14h30-17h45, ou 18h45-22h

Mercredi 1er fév, 15h45-18h

Samedi 4 fév, 14h45-18h

 

Lundi 13 fév, 14h-17h15

Mardi 14 fév, 14h30-17h45, ou 18h45-22h

Mercredi 15 fév, 15h45-18h

Samedi 18 fév, 14h45-18h

 

Lundi 27 fév, 14h-17h15

Mardi 28 fév, 14h30-17h45, ou 18h45-22h

Mercredi 1er mars, 15h45-18h

Samedi 4 mars, 14h45-18h

 

Lundi 13 mars, 14h-17h15

Mardi 14 mars, 14h30-17h45, ou 18h45-22h

Mercredi 15 mars, 15h45-18h

Samedi 18 mars, 14h45-18h

 

Lundi 27 mars, 14h-17h15

Mardi 28 mars, 14h30-17h45, ou 18h45-22h

Mercredi 29 mars, 15h45-18h

Samedi 1er avril, 14h45-18h

 

3e trimestre

 

Lundi 10 avril 2017, 14h-17h15

Mardi 11 avril, 14h30-17h45, ou 18h45-22h

Mercredi 12 avril, 15h45-19h

Samedi 15 avril, 14h45-18h

 

Lundi 24 avril, 14h-17h15

Mardi 25 avril, 14h30-17h45, ou 18h45-22h

Mercredi 26 avril, 15h45-18h

Samedi 29 avril, 14h45-18h

 

Lundi 8 mai, 14h-17h15

Mardi 9 mai, 14h30-17h45, ou 18h45-22h

Mercredi 10 mai, 15h45-18h

Samedi 13 mai, 14h45-18h

 

 

Lundi 22 mai, 14h-17h15

Mardi 23 mai, 14h30-17h45, ou 18h45-22h

Mercredi 24 mai, 15h45-18h

Samedi 27 mai, 14h45-18h

 

Lundi 5 juin, 14h-17h15

Mardi 6 juin, 14h30-17h45, ou 18h45-22h

Mercredi 7 juin, 15h45-18h

Samedi 10 juin, 14h45-18h

 

Lundi 19 juin, 14h-17h15

Mardi 20 juin, 14h30-17h45, ou 18h45-22h

Mercredi 21 juin, 15h45-18h

Samedi 24 juin, 14h45-18h

 

Lundi 3 juillet, 14h-17h15

Mardi 4 juillet, 14h30-17h45, ou 18h45-22h

Mercredi 5 juillet, 15h45-18h

Samedi 8 juillet, 14h45-18h

 

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28 septembre 2016

Au loin de lourds nuages, par Jean-Claude Boyrie

Déluge1

    IRENI.

Au loin de lourds nuages

CIEL NUAGEUXGrandeCIEL NUAGEUXb

L'Estaque, 15 octobre.

     Flippant mois d'octobre !
   Après l'excessive chaleur de ces jours derniers, de lourds nuages noirs ont envahi le ciel. Un bulletin d'alerte vient d'être diffusé par la préfecture : les Bouches-du- Rhône sont placées en vigilance orange. À la télé, Monsieur Météo détaille ainsi les prévisions du jour : « La masse d'air brûlant venue de la Méditerranée se heurte au front froid constamment présent sur l'arrière-pays. Elle se décharge de son humidité au contact des reliefs, pouvant donner de fortes pluies accompagnées de vents violents ». Voilà qui est bien dit, nous sommes prévenus : c'est l'épisode méditerranéen, donc le déluge annoncé.
     Sauf que ces trucs-là, personne ne sait jamais au juste où et quand ça tombe.
   Évidemment, mon compagnon qui sait tout ne veut rien savoir. Au lever du jour, nous avons un vif débat. Xavier s'obstine à vouloir prendre la voiture et se rendre à son travail quel que soit le temps, grand bien lui fasse ! À son bureau d'études, il a un projet urgent à terminer, cela ne se discute pas. Dans un secteur où la concurrence est rude, ajoute-t-il, pas question pour lui de perdre une journée. Il fait valoir mordicus la proximité (relative) des locaux de Fun Marine. J'objecte que même un trajet aussi court peut s'avérer risqué par gros temps, voire impraticable. Il peut, si les quais ont inondés, se retrouver bloqué dans un embouteillage, que sais-je... noyer le moteur et pourquoi pas se noyer lui-même ? Bon, je sais, j'en rajoute un peu pour lui faire peur. Voilà surtout que je le raisonne, à quoi bon ? À court d'arguments, je laisse filer mon compagnon.
   Le problème ne se pose pas de la même façon pour moi, qui travaille depuis peu de temps comme bénévole associative au Centre phocéen d'addictologie. C'est quoi, cette bête-là ? On baptise ce genre d'actions « appui drogues et dépendances ». Il s'agit en clair d'une assistance au sevrage. La plupart de mes collègues vont connaître aujourd'hui d'importants problèmes de transport, pour certains plus graves que les miens. Alors, autant ne pas ajouter à la pagaille ambiante et respecter les consignes officielles.Tout le monde comprendra très bien que je m'absente une journée. Et puis surtout, il y a ma récente grossesse. Au siège de l'assoc', on est bien au courant de mon état.

    Bref retour sur image : il y a deux semaines que j'ai ressenti les premières nausées. Immédiatement, j'ai fait le G test. Résultat positif. Le médecin m'a confirmé le diagnostic : je suis enceinte d'environ dix semaines. Petit compte à rebours. Si mon calcul est juste, l'enfant que je porte a été conçu dans la bourrasque en mer ionienne. Il n'y  a pas de quoi rire. À ce moment-là, Xavier et moi nous trouvions en grand péril. La tempête étant annoncée, nous avons fait preuve d'insouciance et pouvons nous estimer heureux de nous en être sortis tous les deux. J'oserais dire « tous les trois » car ce cataclysme a donné naissance à un passager clandestin  : « l'enfant de la haute mer », « l'enfant des ténèbres »… Zut ! Je raye ces expressions grandiloquentes. Comme si ce n'était pas tout simplement « l'enfant de l'amour » ! Ne jouons pas les innocents. Seuls à bord de la Calypso, durant ce bel été qui vient de s'achever, nous avons (fort) niqué sans modération, surtout sans précautions.  le résultat final était immanquable.

    Quoi qu'il en soit, la chose est indéniable : je suis à présent dépositaire d'une autre vie que la mienne. Mes amis s'inquiètent de ma santé, sans doute à juste titre. Ils connaissent mon passé de droguée. Il me suit à la trace. Pourtant, depuis trois mois, je n'ai pas touché de substance dangereuse. D'aucuns se croient bien avisés, qui me conseillent de faire passer l'enfant. Et si c'était le leur ? Par spasmes, l'angoisse m'étreint, j'ai honte de moi. Cet innocent risque de naître anormal,  conséquence de mon  inconséquence.

    Discussion (disons : tentative de...) avec mon chéri. L'exercice n'est évident ni l'un ni pour l'autre. Pas question de se voiler la face. Une décision aussi grave et qui nous engage autant, mon grand, ça se prend à deux. Ce disant, j'ai conscience de m'aventurer en territoire fragile. Les mots restent dans ma gorge, et j'hésite à exprimer mon sentiment profond. Car (il s'en doute un peu, non ?) mon vœu le plus cher est de garder cet enfant. J'appréhende déjà sa réaction. Comment va-t-il prendre la chose ? Un peu de sens des responsabilités ne lui ferait pas de mal, à ce garçon. Finalement, tout se passe bien, enfin pas plus mal que si c'était pire. À mon égard, il manifeste même une tendresse dont il n'est pas coutumier. Xavier est empli des meilleures intentions. C'est décidé, nous prendrons le risque, il s'imagine déjà fort bien dans son rôle de nouveau père. Espérons qu'il saura l'assumer.

CIEL NUAGEUX Pluiea CIEL NUAGEUX PluiebGauche

Droite

 



    

   

 
 

 

 

 

 

Au dehors, la pluie crépite avec une vigueur accrue. Elle ruisselle à flots sur les vitres du séjour. Une lumière blafarde éclaire la pièce, donnant une allure fantomatique aux canapés recouverts de housses de coton blanc nacré.

  Je pense en ce moment à celui qui (dont je) partage m(l)a vie : un garçon gentil, mais lunatique, encore immature à mes yeux, si brillant, si cultivé soit-il. Je le surnomme in petto « celui qui court après l'oiseau » (sous entendu : sans jamais l'attraper). Ah, l'insoutenable légèreté de l'être ! Ce grand gamin, je l'accepte tel qu'il est, sans me (lui) poser de questions. Avec Xa, j'ai connu l'immédiateté de sentiments, avec ou sans réciprocité. Ce qui crée entre nous une situation fausse. Il est parfois capable de grands élans... sans doute à cause de ça que je le kiffe. Ce qui le débecte, au fond, c'est qu'au départ ce soit moi qui l'ait choisi, non l'inverse. En général, les mecs ont horreur de ça, leur orgueil de mâle en est tourneboulé (je ne vois pas pourquoi d'ailleurs). Ce vice originel plombe notre relation de couple et c'est dommage. Non, je ne cours pas après le prince charmant, ni ne rêve d'un supposé paradis conjugal. Avec Xa, nous formons un couple déjanté. S'il veut m'épouser, oui j'accepterai de tout coeur, mais il ne m'a rien proposé de tel et je ne lui demande rien.
  Nous nous sentons bien ensemble et je vis heureuse à ses côtés, respectant sa liberté pourvu que lui respecte la mienne. Et même si le ciel est aujourd'hui lourd de nuages, il y a cette échéance à laquelle je n'ose croire, tant elle me semble à la fois proche et lointaine : ce futur et merveilleux enfant, vrai don du ciel, un bébé tout neuf qui portera une part de chacun de nous, sans être ni l'un ni l'autre. Trop beau pour être vrai.

  Bon. Faudrait un peu se secouer, ma belle ! Je déteste l'inaction par dessus tout. Aujourd'hui, me voilà confinée à la maison, cette grande maison qui n'est pas la mienne. Une maison de maître, à proximité du port de pêche. En fait, elle n'ouvre pas directement sur le quai, mais sur une venelle adjacente, à l'abri du soleil et du mistral. Elle remonte au siècle dernier. Les années cinquante, entendu parler ? Autant dire la préhistoire. Étonnant pour quelqu'un de notre génération, mais à l'époque, on a tendance à fuir le soleil comme un fléau plutôt qu'on ne le recherche. Entre nous, peut-être nos grands parents n'avaient-ils pas tout-à-fait tort. Cette vieille demeure, on pourrait la dire a priori sans caractère. On serait bien mal avisé, car elle a beaucoup plus : elle a une âme. Elle a surtout besoin d'un grand ménage. Depuis notre arrivée à l'Estaque, il règne un joyeux bazar. Les tâches domestiques, le train-train, patin-coufin, assez peu pour moi. Pourtant, me voilà promue maîtresse de maison. Sans être précisément ce qu'on appelle une fée du logis, je dois faire de ces lieux un cocon douillet. Vaste programme ! Il y a du chemin à parcourir. Nous n'avons pas vraiment emménagé, mais déposé nos affaires en vrac, à même le sol. Pas eu le temps de faire de la place dans les placards, qui fleurent bon la naphtaline. Il y a là-dedans plein d'effets hors d'âge que personne ne portera plus, mais que nous nous interdisons de jeter. J'ai suggéré (sans succès) de faire appel aux chiffonniers d'Emmaüs. En bref, par où commencer ? Je ne sais où donner de la tête et soudain le découragement me prend. Je me sens tellement seule ici quand Xavier n'est pas à mes côtés !  Alors, je me réfugie dans la seule pièce où je me sente un peu chez moi : notre chambre du coeur, un vrai nid d'amour. J'ignorais jusqu'alors l'étrange sensation que procure un sommier qui grince, un matelas où l'on s'enfonce, les petites plumes de l'édredon qui voltigent partout durant nos ébats, d'immenses draps blancs écrus, au toucher rugueux. Trop classe, ces plumards d'antan, où l'on ne s'endort jamais seul(e).

   Drrrring ! Voilà que la sonnette d'entrée retentit, me tirant brusquement de mes rêveries. Sans doute un voisin qui a besoin d'aide. Qui pourrait s'inviter un jour pareil à cette heure indue ? J'ouvre la porte. Une dame que je n'ai jamais vue (elle en revanche, a l'air de me connaître) attend sur le seuil. Entre deux âges (« cougar » fait plus branché), look plutôt bourge, mise élégante, outrageusement fardée. Un instant de stupeur. Ma visiteuse me lance un « bonjour » appuyé, doublé d'un sourire à mon intention, qui se veut bienveillant.
 « Moi, c'est Sophie Pescalune, anciennement Madame Ducros, si vous préférez. Vous savez qu'avec Phil, nous avons divorcé »
  Non, je ne sais rien de précis, mais un déclic se produit dans ma tête. Oui bien sûr, il s'agit de la mère de Xavier. Presque un mythe pour moi : mon compagnon demeure très discret sur l'article. Il n'a pas jugé bon de me présenter (à) sa maman, du moins pour l'instant. Mauvais signe ! Je fais :
   « Moi, c'est Ireni Cotsoyannis » … m'abstenant d'ajouter, - juste pour la faire enrager, car cette perspective est éminemment invraisemblable : « Prochainement, Madame Ducros ».
  Si nous légalisons, notre union serait pour elle une mésalliance, un mariage déjanté.
   Elle me la joue condescendante.
«  Vous pouvez m'appeler Sophie... vous savez, ma petite, on peut même se tutoyer. »
   Un : je ne suis pas sa petite, et deux : je n'ai pas envie de la tutoyer.
   L'ex-occupante des lieux jette un coup d'oeil circulaire autant que circonspect sur l'actuel(le  absence d')agencement de cette demeure qui fut sienne et - fort opportunément pour moi - ne l'est plus. Madame Pescalune ex-Ducros marmonne entre ses dents :
    «  Je vois qu'avec mon fils, vous n'avez pas perdu de temps pour tout chambouler ici…. »
    Grands dieux ! Qu'est-ce que ça peut lui faire? Une maison, c'est fait pour y vivre et non pour en faire un musée. Ça bouge, ça se transforme, au gré des besoins, des goûts, des aspirations de ceux  qui l'habitent. Pour soutenir le contraire, il faut que mon interlocutrice soit  psycho-rigide. Étant naturellement polie et voulant inciter l'irascible cougar à rentrer ses griffes, je me contente d'une réponse vague, du style : « Oh vous savez, cela fait seulement un mois que nous sommes là. Nous campons, sans avoir vraiment pris le temps de tout ranger. »
  Elle préfère abandonner ce sujet, redevient la mère-poule qui s'inquiète pour son poussin. Ah oui…. la raison de sa visite matinale autant qu'inopinée ? Elle voulait juste savoir si Xavier était parti travailler, bravant les intempéries. Je réponds par l'affirmative, ajoutant que j'avais pourtant  tout fait pour l'en dissuader. Perfide, elle poursuit :
   « Et vous bien sûr, vous avez jugé bon de rester à la maison… »
    Pourquoi « bien sûr » ? Je pense qu'elle fait allusion à ma grossesse (qu'elle ne peut ignorer) ou à la précarité de mon emploi. Ou les deux à la fois. Et moi, je n'existe pas ? Sans doute estime-t-elle que je suis une potiche, un élément du décor quotidien de son fils, un réceptacle à peine digne de recevoir sa précieuse semence. En attendant l'heure de pouponner, mon job au centre d'addictologie (elle ignore en fait de quoi il s'agit) ne représente à ses yeux qu'un simple passe-temps. Seule à ses yeux compte la carrière du fiston.  Décidément, je trouve cette femme de plus en plus envahissante et déplaisante. Si je ne craignais d'offenser la mère de mon chéri, j'aurais tôt fait de la mettre dehors.
  Heureusement, elle m'épargne cette peine, mettant d'elle-même un terme à notre intéressante conversation.
   « Bon, c'est pas tout ça, va falloir que j'y aille (elle ne dit pas où). Je reviendrai vous voir samedi – non décidément pas samedi, j'ai mon tournoi de bridge, mais dimanche, s'il n'y a pas conférence (elle ne précise pas le sujet)  - disons si le temps s'arrange un peu. Nous en profiterons pour faire plus amplement connaissance.
- Ce sera volontiers, susurré-je avec un brin d'hypocrisie »
   Elle ne m'a pas demandé, non surtout pas, si de mon côté j'étais libre ou non ce dimanche. Je me prépare à un week-end d'enfer : une putain de partie de chasse à la belle-doche.
   Exit la cougar, laissant flotter dans son sillage un fort relent de numéro six de Chanel.

Piste d'écriture : titres en ré-emploi.

Photographies de l'auteur.

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27 septembre 2016

La femme gauchère et le théorème de Cupidon, par Sylvie Albert

Piste d’écriture : Imaginer un texte à partir de titres de roman (ici restitués en italique).

La femme gauchère et le théorème de Cupidon

falaise

« Entre Dieu et moi, c’est fini ! » me déclara la comtesse de Ricotta, ses yeux pétillants dans la nuit brune.

« Il a été le confident de ma jeunesse, le messager de mes rêves oubliés. Je lui en ai raconté, des secrets sans importance dans la touffeur du cabinet rouge ! Car c’est bien vrai que lorsqu’une part de ciel nous accompagne, on ne s’endort jamais seul… Mais la lutte avec l’ange dont j’ai été le témoin involontaire hier m’a laissé un goût amer, un goût de pierre et de cendres… Une déchirure s’est faite en moi. C’est fini, je prends mes distances : merci pour les souvenirs, et adieu ma période de bigoterie !!!

À partir de maintenant, Monsieur Vertigo, je vous assure que je vais m’intéresser à d’autres vies que la mienne ! Pour commencer, je vais pourchasser la voleuse de livres qui sévit à la bibliothèque municipale, observer - et certainement questionner - celui qui court après l’oiseau tous les matins dans notre parc, visiter l’exposition coloniale au Pavillon populaire, et surtout, surtout, respirer l’odeur de la pluie, avant qu’elle tombe. Plus tard, j’entreprendrai certainement un voyage au pays du coton et j’irai voir les jardins de Babylone…Et pourquoi ne pas envisager un voyage avec un âne dans les Cévennes ?

Je suis décidée à profiter de la splendeur de la vie ! Il n’est pas trop tard j’espère… Telle que vous me voyez, je sors ce jour de ma retraite sentimentale, afin de découvrir l’amour avant que j’oublie ! Je suis fin prête à recevoir la caresse du Chevalier vert, à mordre à belles dents dans mes dernières années cerise, voire à affronter la tempête, et les séparations ! Il est temps pour moi de découvrir où se perdent les hommes ! J’ai entendu dire que l’amour est une île, je veux bien prendre le risque de m’exposer au paradis conjugal… »

 

Voilà en quels termes ma reine du sud m’accueillit ce soir-là lorsque je la rejoignis dans la grande maison. À mon immense surprise, car rien ne me préparait à ce retournement de situation, que j’appelais pourtant de mes vœux depuis une vingtaine d’années. Les chambres du cœur sont bien impénétrables…

J’inspirai profondément, tout en remerciant Dieu de ce prodige. Je me trouvais toutefois alors en territoire fragile, face à mes rêves de singe fou qui semblaient prendre forme… Mais peut-être était-ce tout simplement une plaisanterie ? Le regard aux aguets, je me permis de saisir la main posée sur la robe d’Anna, tel un roi ébahi, et de la porter à mes lèvres. Anna ne s’esquiva pas comme à son habitude, son regard était direct et brûlant, confirmant l’hypothèse de ses sentiments.

« Je vais mieux que jamais », pensai-je alors. La petite phrase « Allons-nous être heureux ? » tournait en boucle dans ma tête sur la musique d’Alabama song.

 

Nous sommes partis nous promener au bord de la falaise, avec les meilleures intentions du monde. Malheureusement, cette partie de la côte, surnommée avec justesse « Au bonheur des chiens » tant ces derniers s’y sentent bien accueillis et y déversent avec volupté leurs excréments, fut fatale à ma bien-aimée. Toute à sa joie de vivre retrouvée, celle-ci, ayant au passage récupéré sa chaussure sur le toit, courait, sautillait, tout en parlant avec une animation nouvelle de « Chez nous… ». Elle a soudainement glissé. Elle est tombée dans le précipice en ébauchant une gracieuse virevolte, la tête en bas, imitant sans le vouloir le vol d’Icare. Je suis resté pétrifié, mes pensées immobiles un instant dans le vent, avant de prendre conscience de ce qui venait de se passer. Sa chute a duré le temps d’un centenaire. J’aurais aimé que l’insomnie des étoiles ne me permette pas de voir si clairement l’insoutenable légèreté de l’être aimé…

 

Depuis, je débloque complètement. C’est dur de passer l’hiver. J’allume le chat dès le matin, je cherche à déceler l’empreinte de l’ange partout où je passe, je joue des après-midis entières avec trois carrés rouges sur fond noir, je tape comme un sourd, les yeux bandés, sur la peau du tambour. Je cause même avec le mec de la tombe d’à côté, qui me répète : « T’inquiète pas, mon gars, on s’y fera ! Tu sais bien que nous sommes éternels… ».

Copyright Sylvie Albert, 2016.


L'image d'illustration provient du site: http://www.fond-ecran-image.com/galerie-membre/buzz,falaise.html

 

 

 

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25 septembre 2016

Haïkus d'été, par Danièle Chauvin

 L'été

 

Stridence des cigales

Chaude haleine de la terre

Retour de l'été

 

Soleil au zénith

Volets clos sur chambre fraîche

Maison endormie

 

Écrasée de chaleur

La route au loin s'évanouit

Poussière de voyage

 

Visiteur surprise

Thé glacé ou cidre frais

Bienvenue chez nous

 

04 07 2016 Haïkus

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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15 septembre 2016

L'Antigone du patrimoine, ce samedi 17 septembre

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Activités sur toute la journée sur la place du nombre d'or

- 10h30 : Présentation de la journée par Nao, le robot espiègle

- à partir de 10h30 : Exposition sur l'histoire du quartier Antigone, maquette du quartier et jeux de pistes à réaliser en groupe ou en famille

- aux alentours de 12h30 - 14h : Ateliers écriture et langues autour d'une dégustation "Saveurs d'ici, saveurs d'ailleurs"

- 13h30 : Retour de notre présentateur favori Nao

- 14h : Représentation théatrale : "Montpellier, l'autre histoire" par la compagnie Octopus Expression

- 15h : Démonstrations et mini-ateliers : ecriture, echecs, origami, Yoga, Stretching postural, Feldenkrais, massage minute.

- 15h30 : Chants du monde

- 16h      : Hip-Hop , Zumba

- 16h30  : Danse contact

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14 septembre 2016

HAIKU D’ETE, par Nyckie Alause (avec haïkus de Christian Cosberg)

juste_la_douceur_du_vent

Piste d'écriture: s'inspirer de haïkus de Christian Cosberg, du recueil « Juste la douceur du vent » , 2016, éd. Tapuscrits. (ici reproduits en italique).

Haïku d'été

Ce matin, il me semble que nous avions rendez-vous ? N’est-ce pas ce que nous avions convenu ? Tu serais arrivée du sud et moi, j’aurais remonté l’avenue de la Liberté. Nous serions partis de chez nous à la même heure, quand la lumière dissout enfin les miasmes accumulés pendant la nuit sous les grilles des égouts.

nos portes claquent
à l’unisson de leurs échos
vibration dans l’air clair

                                   matin d’été
                                  
notre rendez-vous
                                 
sur une place fraîche

Si tu étais en route… Ce doit être ainsi, tu as décidé de me faire attendre, me faire prendre la mesure du désir que je peux avoir de toi. Je reste pensif, assis sur la pierre froide de la margelle de la fontaine. Du bout de ma chaussure je chasse des feuilles échouées là en les faisant glisser une à une dans la rigole verdie de mousse. Et une à une elles naviguent pour finalement aller s’accumuler sur la grille de fonte, comme un millefeuille trop cuit. Quand elles ont toutes disparu, c’est le manque de bruit autour de moi qui me fait ressentir le manque de toi.

                                                      ce matin 
                                                      le silence des oiseaux   
                                                      comme s
’ils savaient…
les feuilles brunes
dans l’ombre verte
s’agglomèrent autour de la grille

 Quand le premier moineau, d’un vol sûr, a traversé l’espace jusqu’à la surface miroitante de la fontaine, a atterri sur le bruissant de la rocaille, a secoué ses plumes comme on se débarrasserait d’un mauvais rêve dans les éclaboussures lumineuses, ses congénères ont entamé un chant de victoire, une conversation. J’ai regard ma montre et j’ai tendu l’oreille. Sont-ce tes pas que je perçois sans encore t’apercevoir. Le rythme de ma respiration se calque sur celui de mon cœur, sur ce que je sais du bruit de tes sandales. Ce que j’en sais, c’est que le pied droit ne produit pas la même note que le pied gauche, un petit demi-ton vers le haut. Plus besoin de tendre l’oreille. Tes pas résonnent dans la ruelle où s’accrochent encore des lambeaux de nuit, comme une ultime tentative de capture. Mes yeux se tendent vers la musique venue du sud, prêts à arracher à cette ombre le premier reflet de ton corps ?

 mélodie douce
odeur florale des tubéreuses
air de saison nouvelle

Et enfin tu es là. Légère, un rien distante, tu virevoltes en faisant fuir, mais pour un instant seulement, en faisant fuir les moineaux. Ils se perchent et repartent.

 les ombres des moineaux
tombent et se relèvent
un rêve de feuille

                                                      jardin en friche
                                                      un vieux silence
                                                      monte dans les saules

 C’est sans guère de mots que nous nous étreignons. La rencontre a eu lieu. Et maintenant ce sont nos pas qui martèlent les pavés, égrènent les secondes, profilent l’avenir. Le mur du vieux jardin s’effrite en grains de chaux pour laisser aux pierres grossières une raison encore de structurer l’espace. La maison reste derrière, cachée, obscure, protégée des intrus.

la porte dérobée
se cache sous le lierre
aux regards malveillants

De ma poche, j’ai sorti la clef. T’en souviens-tu ? Cette grosse clef brune avec une étiquette de carton gris fixé par un bout de ficelle rugueuse qui s’effiloche et pique un peu autour du nœud. « 123 » est inscrit sur le carton usé. Et sur le haut de la porte caché sous le lierre. Un anneau pend qui autrefois a dû permettre d’actionner une petite cloche.

le carillon trébuche
puis s’éteint  pour toujours
comme un soupir

 Dans le jardin, je t’ai serrée contre moi, je t’ai senti frémir, un tremblement, une vibration, un émoi qui moi aussi me gagne.  T’en souviens-tu ? Une moiteur qui commence par la paume de nos mains, quelques sueurs qui descendent le long de nos échines. Cette odeur acide et douce que je respire avec volupté, là, dans ce petit creux caché sous ton oreille. Ta main capture sur mon front des brillances et, en passant sur mes yeux font se fermer mes paupières, contre mon gré. Je n’ai de cesse de pouvoir les ouvrir à nouveau, de t’écarter de moi pour pouvoir te reprendre, de t’amollir pour te retendre.

 la journée disparait
quand se ferme la porte
de bois gris

 Le temps s’étire loin du monde, toi et moi. L’odeur de fleurs fanées, de laine et du crin des fauteuils, un subtil amalgames de vies vécues, de notre vie à vivre, de disparitions et d’apparitions. La porte refermée, de connivence nous décidons que c’est la nuit. La lumière qui s’immisce dans les interstices dessine au plafond des paysages à l’envers dont on n’est jamais sûrs de l’existence.

C’est quand nous sommes entrés dans la chambre que la voix t’est revenue. Fébrile, chaude, elle caresse mes sens d’un souffle, elle m’électrise. Tes mots, des étincelles, qui partent à droite, à gauche, s’impriment sur le papier fleuri, s’accrochent comme des ombres dans les plis des rideaux. Je te tiens serrée et tu t’échappes encore, un chat. Je te poursuis, te rattrape, te saisis, te relâche, pour jouer encore, animal.

                                           nuit d’été
                                         
son chemisier ne tient plus
                                        
que par deux boutons de fièvre

 J’aurais souhaité que ces boutons qui nous règlent aux dehors tombent d’eux-même, prennent conscience de la vanité de leur existence en ce lieu réservé. Mais rien à faire, chacun doit mener son propre combat contre les lieux communs et les figures imposées. Menons le nôtre me dis-tu. J’acquiesce. Que faire d’autre puisque je t’ai amenée jusqu’ici. Ma main ? Tu te souviens comme tu l’a repoussée. Tu t’es reculée de deux pas, pas plus, avant de tourner sur toi-même et d’obscurcir mon esprits de tout ce que tu m’as dit. Et moi, de t’écouter, je suis devenu aveugle. Cachée derrière tous ces mots tu t’étais dévêtue avant que j’échappe à cette hypnose.

                                                      derrière un paravent de mots
                                                   elle n’en finit pas
                                                  
de se déshabiller

Longtemps, nous sommes restés dans la chambre.

                                                       volets clos
                                                     
la vie se joue
                                                    
dans les interstices

Les bruits du dehors ont finalement réussi, après de multiples et épuisantes tentatives à rejoindre les bruits du dedans, à s’y mêler. La personnalité de la maison et du jardin se sont infiltrés dans la chambre, d’abords dans les coins les plus sombres qu’ils ont rempli avant de se glisser partout. Et j’ai tiré sur nous le drap de lin brodé, lourd et frais. Sur nous. Cette journée, t’en souviens-tu comme d’un jour ou d’une nuit ?

C’est à ce moment-là. J’ai commencé à vivre.

C’est le moment que j’ai choisi, le jour où tu es arrivée en retard.

 

                                                      dans le silence

                                                      et dans la nuit

                                                      tout est chemin

 

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13 septembre 2016

Ame en friche, par Rosalie Jeannette

juste_la_douceur_du_ventà l'origine de ce texte, 3 haikus de Christian Cosberg, tirés de son recueil Juste la douceur du vent. Rosalie s'est inspirée de leur atmosphère et d'expressions (soulignées dans le texte), pour composer cette nouvelle. Voici ces haïkus:

jardin en friche                                                                                
un vieux silence                                            
monte dans les saules

dans le silence           
 et dans la nuit                          
tout est chemin

nuit d’été
son chemisier ne tient plus
que par deux boutons de fièvre

âme en friche

imagesOPYH26P3Aucune âme humaine n’occupe ces lieux depuis de nombreuses années. Les indices sont nombreux. Premier témoin, ce jardin en friche dont on soupçonne qu’il a abrité un ancien potager. Ensuite, les fissures qui courent le long des murs et que les ronces ont envahies dans un délicieux désordre. Puis, cette balançoire démunie de corde et sans siège, comme plantée au milieu de nulle part, qui cherche désespérément un rire d’enfant. Le temps semble s’être figé depuis des lustres. Un vieux silence monte dans les saules qui s’épuisent à faire de l’ombre en vain ; pour qui ? pour quoi ? Eux-mêmes ne savent plus. Pourtant, il y avait de la vie ici. C’est la lecture que Pierre en fait en découvrant cette table en bois putréfié et son banc branlant. Certainement, de nombreux goûters se sont déroulés à cet endroit, peut-être des parties de cartes animées ou d’autres jeux de société. Sans aucun doute, des moments de répit, de calme et d’inaction après le dur labeur de l’entretien du jardin, voire même des repas dominicaux en famille loin de la ville et de son tourbillon.

Pierre escalade sans difficulté le vieux portillon en ruine et pénètre dans l’espace clos. Ses pas pourtant légers viennent fendre le silence pesant. A moins que ce ne soit cette chaleur oppressante… Il se dirige sans hésitation vers le cabanon délabré au bout de la parcelle. Quelques lambris vermoulus barrent encore l’entrée, une porte qui ne veut s’avouer vaincue. Il jette un œil curieux à l’intérieur de cette pièce obscure et sans fenêtre dont un vieux reste de feu éteint témoigne d’occupations furtives, par un ou plusieurs inconnus de passage.

L’homme se retourne lentement pour respecter ce qui fut jadis un havre de paix pour les propriétaires, du moins c’est ce qu’il imagine. Dans le silence, il déambule dans l’hypothétique jardin/potager. Il fait appel à sa mémoire. Le temps des vacances chez les grands-parents dans son enfance… le doux murmure de la vie qui s’écoulait dans la maison d’été, perdue dans la montagne... Quelques flashes déclenchent un sourire béat. Mais son pied bronche sur un bout de bois, manche de pioche peut-être, qui le ramène aussitôt à l’instant présent. Et dans la nuit qui cherche à occuper les lieux mais tâtonne encore, la canicule reste pesante et étourdit l’esprit. Pierre s’assoit sur un rocher adossé à la baraque, rocher posé là depuis le tout début certainement et qui traverse le temps avec indifférence. « S’il le pouvait, il en aurait des anecdotes à raconter » pense timidement Pierre, que revoilà parti dans ses souvenirs.

La nuit impose à son rythme, lentement mais sûrement. Pierre se relève, tente de retrouver sa route. Mais à présent, tout est chemin : au milieux des touffes d’herbe cramoisies, quelques cailloux ça et là se conjuguent pour dessiner un sentier qu’il décide d’emprunter. Pas un souffle de vent ne vient l’encourager à poursuivre. Il est en nage. Des gouttes de sueur perlent sur son front et poursuivent leur descente sur son cou, rouge de soleil. Il passe, sans aucune hâte, un mouchoir pour s’éponger. Les lieux prennent des allures inhospitalières et d’autres obstacles viennent corser son ascension. Il n’a plus les jambes de sa jeunesse. C’est un gars du pays mais la nature ne s’en souvient pas, ou bien elle lui fait payer sa longue absence. Il fait lourd, très lourd ! Une nuit d’été comme il en existe tant dans le maquis avec ses fausses promesses d’orages rafraîchissants.

Courageusement Pierre avance, droit devant lui sans vraiment savoir vers où il se dirige. Il persiste à mettre un pas devant l’autre et continue sur ces pentes escarpées. Il se sent poisseux. Ses pieds alourdis par des chaussures de marche sont maintenant dans un sale état et la fatigue ajoute à sa peine. Sa chemise ne tient plus que par deux boutons de fièvre.

Autrefois si leste dans ses mouvements et si agile à franchir les obstacles (grand-père l’avait affabulé du surnom de « cabri »), il peine à présent à avancer ! Mais ce qui le déroute encore plus, c’est qu’il n’arrive pas à s’orienter. Sa chemine est trempée, sa gorge sèche et la gourde vide. Et cette chaleur étouffante qui persiste ! Son corps dégouline de sueur comme s’il était transpercé de milliers de trous de balle. Il est las de fatigue et il pue. Il est toujours au milieu de la nuit et du silence, un silence de cathédrale. Même les cigales se sont tues, elles ne chantent que pour les enfants du pays et lui, ça fait longtemps qu’il n’est plus d’ici. Et toujours pas de réseau pour appeler à l’aide…

Si grand-père te voyait…

« Enfant de la ville tu es, enfant de la ville tu resteras ! ».

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07 septembre 2016

Reprise des ateliers d'écriture

Bonjour! J'espère que vous avez passé un bel été.  Les ateliers reprennent la semaine prochaine, après l'Antigone des associations. Je me réjouis de cette reprise!

Les tarifs sont inchangés par rapport à l'an dernier (85 € pour un trimestre), mais j'ai prévu un tarif à la séance.

85 €/trim + adh à l'Adra. 75 € pour les étudiants. 15 € à la séance, carte de 10 séances: 145 €.
Pour les personnes s'inscrivant en cours de trimestre, les séances manquées sont soustraites du prix.

Voici les premières dates (et les horaires) du trimestre. Amicalement! Carole

1er trimestre

Lundi 12 septembre 2016, 14h-17h15

Mardi 13 septembre, 14h30-17h45, ou 18h45-22h

Mercredi 14 septembre, 15h45-19h

Attention : samedi 24 septembre, 14h45-18h

 

Lundi 26 septembre, 14h-17h15

Mardi 27 septembre, 14h30-17h45, ou 18h45-22h

Mercredi 28 septembre, 15h45-18h

Samedi 1er octobre, 14h45-18h

 

Lundi 10 octobre, 14h-17h15

Mardi 11 octobre, 14h30-17h45, ou 18h45-22h

Mercredi 12 octobre, 15h45-18h

Samedi 15 octobre, 14h45-18h

 

Lundi 24 octobre, 14h-17h15

Mardi 25 octobre, 14h30-17h45, ou 18h45-22h

Mercredi 26 octobre, 15h45-18h

Samedi 29 octobre, 14h45-18h

Pour la suite des dates, cliquez: http://www.atelierdecrits.com/archives/2016/07/14/34083268.html

 

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22 juillet 2016

Réminiscences, par Sylvie Albert

Piste d’écriture : composer des haikus en s’inspirant des exemples fournis OU introduire du texte – prose ou poème – entre les haikus proposés, en racontant l’histoire qu’ils nous inspirent.

 

Réminiscences

matin d’été,

notre rendez-vous

sur une place fraîche[1]

Je m’en souviens comme si c’était hier. Deux gamins – à 20 ans, on est toujours des gamins – rougissants et balbutiants. Ce n’était pas notre premier rendez-vous amoureux, ni à l’un ni à l’autre, mais nous sentions au fond de nous que c’était le premier de cette importance. Le premier qui allait nous entraîner, sans filet, vers un futur incertain, semé d’embûches, mais que nous aurions la force d’affronter, enfin. Car nous serions deux.

 

            dans le silence

            et dans la nuit

            tout est chemin[2]

La découverte de « nous », nos premières nuits, nos premières vacances ensemble et bientôt notre exil loin du village… Nous n’avions pas le choix, il fallait bien avancer. Par la suite, nos balbutiements, puis nos épanouissements professionnels, toi en tant que styliste et moi écrivain. Et ton ascension dans le milieu de la mode tandis que j’avais de plus en plus besoin de toi… Tout cela, je le revis maintenant. Avec tour à tour bonheur et souffrance.

 

            L’été passe.

            Je soulève un store

je ne regarde rien.[3]

Je ne vois pas ce qui se passe dehors. De la pluie de juin[4], des feuilles de lotus dans l’étang, des nappes de papier blanc qui s’envolent sur la table, du monastère penché là-haut sur la colline, je ne distingue rien. Volets clos, je vois juste défiler ma vie, notre vie, j’entends un vieux silence qui monte dans les saules. Plus rien n’a de saveur ni d’odeur. Il est trop tard.

 

            ce matin

            le silence des oiseaux

            comme s’ils savaient…[5]

Ce matin-là, dix ans après notre premier rendez-vous, pourra t-il un jour s’effacer de ma mémoire, avant que je ne disparaisse moi-même ? Ce matin où je me suis retrouvé debout devant une fosse, complètement perdu sans toi, épuisé d’avoir déjà tant pleuré, pressé par tes parents d’accélérer mes adieux. Tes parents, qui n’ont jamais accepté notre relation, qui ne t’ont jamais accepté, toi, comme tu étais.

 

derrière

tous les faux semblants,

la délivrance

Un fils homosexuel quand on est le notaire du village, cela ne passe pas. Et si en plus il ne trouve pas de métier plus « viril » que celui de styliste, il ne reste qu’une solution : couper les ponts.

Tu n’as pas supporté ce rejet. Tout comme tu n’as pas supporté que je te refuse l’adoption d’un enfant, au travers duquel tu aurais pu reconstruire une partie de ton identité.

Par notre bêtise, notre incompréhension, nous t’avons tué.

 

            Les saisons passent

            Effluves du passé

            Tu ne reviendras plus.

 

 

 

Juillet 2016

           



[1] Haiku tiré du livre « Juste la douceur du vent, haiku » de Christian Cosberg (2016, Eds Tapuscrits).

[2] idem

[3] Haiku de Nakamura Teijo.

[4] Les mots en italique sont des extraits de haikus de Christian Cosberg et de Masaoka Shiki.

[5] Haiku tiré du livre « Juste la douceur du vent, haiku » de Christian Cosberg (2016, Eds Tapuscrits).

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18 juillet 2016

Le journal d'un fou, par Sylvie Albert

Piste d’écriture : Imaginer un texte à partir de mots liés aux spectacles des Festival d’Avignon 2014 et 2015 (indiqués ici en italique).

Le journal d’un fou

étoiles

J’appelle mes frères et, comme souvent, personne ne répond. Ils ont encore dû suivre cette satanée Solange Rossignol et s’embarquer dans Dieu seul sait quelles odyssées, et ils m’ont laissé gérer la boîte seul - ou quasiment, car Vassilissa est plus souvent à la Happy manif qu’à son poste derrière le bar. Et quelle boîte ! Le chien qui fume, vous parlez d’un nom… D’autant que les quelques pièces qu’on y joue ressemblent plutôt à du Teatro Comico… Enfin bref, ce n’est pas le sujet, là. Je suis en cavale et j’aimerais bien que pour une fois mes frères ne jouent pas les enfants du silence… J’ai besoin d’eux pour me sortir de cette Comédie Tragédie ! Je récapitule :

Premier acte : quand Victor (c’est-à-dire bibi) rencontre Lili, c’est magique, les murs ont soudain des étoiles, ils se racontent le secret de la petite chambre nuit et jour en huis clos, et leur passion n’a rien à envier à celle des amants d’Ulster. L’impossible s’est invité dans leur vie, c’est encore mieux qu’une émission de téléréalité.

Deuxième acte : moi qui me prenais pour « l’inaccessible », toutes mes résistances sont tombées d’un coup, et je me suis laissé mettre un fil à la patte. Nous avons emménagé Quai des Brunes, derrière le grenier à sel. Lili est devenue mon égérie, je lui écrivais des chansons surnaturelles pour concurrencer son ennemie d’enfance, une diva à Sarcelles.

Mon oncle le bossu m’avait bien prévenu, en passant par là : « Y’a pas de noyau dans le chocolat ! », et pourtant j’ai continué à danser dans le bal des illusions. J’étais comme un poisson dans les étoiles, cœur et âme à fond dans ma comédie funky-romantique.

            Troisième acte : Lili est partie en Grèce avec les Inconnus. Monsieur K. est alors venu me voir afin de me raconter ce qui se passe à l’école des femmes et comment ces dernières nous prennent, nous les hommes, pour des marionnettes. Il m’a raconté que la valse du hasard n’en est pas une, les rencontres amoureuses sont en réalité programmées par les femmes qui, à petits pas bleus, nous poussent dans nos retranchements jusqu’à ce que l’on dise « Oui ». « Mettez les voiles », m’a t-il conseillé. Ces révélations ont été un véritable arrache-cœur.

            Quatrième acte : quand Lily est rentrée de Grèce et m’a dit « J’attends un événement », je n’ai pas rétorqué « Je n’ai peur de rien ! » comme je l’aurais fait quelques semaines auparavant. J’ai pris mes cliques et mes claques, après avoir ramassé en vitesse dix grains de sable empilés, mes 7 épées, mon manuel de full art, mon rhinocéros en marbre, sans oublier mon livre de chevet « La philosophie enseignée à ma chouette ». Je lui ai laissé le rouge gorge pour toute compagnie.

 

            Maintenant, il faut que je parle à mes frères avant que le cercle de la honte ne se referme sur moi. Je soupçonne qu’ils vont se montrer irrévérencieux envers moi qui suis pourtant leur ainé, me faire les loges de la vertu, mais j’ai l’habitude de leurs transgressions !

Et j’en suis là, à monologuer avec ma valise, dans un remake de la dernière balade de Buster Keaton… S’ils ne me répondent pas, je vais devoir aller me cacher chez Andromaque, au théâtre de l’observance. Mais j’hésite, car la dernière fois elle hébergeait une troupe de lotophages qui pratiquaient des rituels de purification des plus étranges, et m’ont entraîné dans une chorégraphie lune-air dont j’ai mis plusieurs jours à me remettre. D’un autre côté, manger le fruit du lotus[1] serait une solution commode à mon problème… Oui, oublier, se retrouver sur un nuage vert avec la jeune fille et la mort, cette dernière me disant : « Tu as eu de trop grandes espérances. Voici ta sanction : deviens qui tu es »… ce serait le rêve !

 

 

Juillet 2016



[1] « manger du lotus »  signifie au figuré perdre la mémoire.

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HAIKU D’ETE, par Nyckie Alause (avec haïkus de Christian Cosberg)

Piste d'écriture: s'inspirer de haïkus de Christian Cosberg, du recueil « Juste la douceur du vent » , 2016, éd. Tapuscrits. (ici reproduits en italique).

Haïku d'été

Ce matin, il me semble que nous avions rendez-vous ? N’est-ce pas ce que nous avions convenu ? Tu serais arrivée du sud et moi, j’aurais remonté l’avenue de la Liberté. Nous serions partis de chez nous à la même heure, quand la lumière dissout enfin les miasmes accumulés pendant la nuit sous les grilles des égouts.

 

juste_la_douceur_du_vent

nos portes claquent

à l’unisson de leurs échos

vibration dans l’air clair

 

 

                                                      matin d’été

                                                      notre rendez-vous

                                                      sur une place fraîche

 

Si tu étais en route… Ce doit être ainsi, tu as décidé de me faire attendre, me faire prendre la mesure du désir que je peux avoir de toi. Je reste pensif, assis sur la pierre froide de la margelle de la fontaine. Du bout de ma chaussure je chasse des feuilles échouées là en les faisant glisser une à une dans la rigole verdie de mousse. Et une à une elles naviguent pour finalement aller s’accumuler sur la grille de fonte, comme un millefeuille trop cuit. Quand elles ont toutes disparu, c’est le manque de bruit autour de moi qui me fait ressentir le manque de toi.

 

                                                      ce matin

                                                      le silence des oiseaux

                                                      comme s’ils savaient…

 

les feuilles brunes

dans l’ombre verte

s’agglomèrent autour de la grille

 

 

Quand le premier moineau, d’un vol sûr, a traversé l’espace jusqu’à la surface miroitante de la fontaine, a atterri sur le bruissant de la rocaille, a secoué ses plumes comme on se débarrasserait d’un mauvais rêve dans les éclaboussures lumineuses, ses congénères ont entamé un chant de victoire, une conversation. J’ai regard ma montre et j’ai tendu l’oreille. Sont-ce tes pas que je perçois sans encore t’apercevoir. Le rythme de ma respiration se calque sur celui de mon cœur, sur ce que je sais du bruit de tes sandales. Ce que j’en sais, c’est que le pied droit ne produit pas la même note que le pied gauche, un petit demi-ton vers le haut. Plus besoin de tendre l’oreille. Tes pas résonnent dans la ruelle où s’accrochent encore des lambeaux de nuit, comme une ultime tentative de capture. Mes yeux se tendent vers la musique venue du sud, prêts à arracher à cette ombre le premier reflet de ton corps ?

 

mélodie douce

odeur florale des tubéreuses

air de saison nouvelle

 

 

Et enfin tu es là. Légère, un rien distante, tu virevoltes en faisant fuir, mais pour un instant seulement, en faisant fuir les moineaux. Ils se perchent et repartent.

 

les ombres des moineaux

tombent et se relèvent

un rêve de feuille

 

                                                      jardin en friche

                                                      un vieux silence

                                                      monte dans les saules

 

 

C’est sans guère de mots que nous nous étreignons. La rencontre a eu lieu. Et maintenant ce sont nos pas qui martèlent les pavés, égrènent les secondes, profilent l’avenir. Le mur du vieux jardin s’effrite en grains de chaux pour laisser aux pierres grossières une raison encore de structurer l’espace. La maison reste derrière, cachée, obscure, protégée des intrus.

 

la porte dérobée

se cache sous le lierre

aux regards malveillants

 

De ma poche, j’ai sorti la clef. T’en souviens-tu ? Cette grosse clef brune avec une étiquette de carton gris fixé par un bout de ficelle rugueuse qui s’effiloche et pique un peu autour du nœud. « 123 » est inscrit sur le carton usé. Et sur le haut de la porte caché sous le lierre. Un anneau pend qui autrefois a dû permettre d’actionner une petite cloche.

le carillon trébuche

puis s’éteint  pour toujours

comme un soupir

 

Dans le jardin, je t’ai serrée contre moi, je t’ai senti frémir, un tremblement, une vibration, un émoi qui moi aussi me gagne.  T’en souviens-tu ? Une moiteur qui commence par la paume de nos mains, quelques sueurs qui descendent le long de nos échines. Cette odeur acide et douce que je respire avec volupté, là, dans ce petit creux caché sous ton oreille. Ta main capture sur mon front des brillances et, en passant sur mes yeux font se fermer mes paupières, contre mon gré. Je n’ai de cesse de pouvoir les ouvrir à nouveau, de t’écarter de moi pour pouvoir te reprendre, de t’amollir pour te retendre.

 

la journée disparait

quand se ferme la porte

de bois gris

 

Le temps s’étire loin du monde, toi et moi. L’odeur de fleurs fanées, de laine et du crin des fauteuils, un subtil amalgames de vies vécues, de notre vie à vivre, de disparitions et d’apparitions. La porte refermée, de connivence nous décidons que c’est la nuit. La lumière qui s’immisce dans les interstices dessine au plafond des paysages à l’envers dont on n’est jamais sûrs de l’existence.

C’est quand nous sommes entrés dans la chambre que la voix t’est revenue. Fébrile, chaude, elle caresse mes sens d’un souffle, elle m’électrise. Tes mots, des étincelles, qui partent à droite, à gauche, s’impriment sur le papier fleuri, s’accrochent comme des ombres dans les plis des rideaux. Je te tiens serrée et tu t’échappes encore, un chat. Je te poursuis, te rattrape, te saisis, te relâche, pour jouer encore, animal.

                                           nuit d’été

       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14 juillet 2016

Quelques liens et forums

Voici un forum que je trouve intéressant.

http://jeunesecrivains.superforum.fr/

Il recense les éditeurs par genres:

http://jeunesecrivains.superforum.fr/f91-maisons-d-edition

ainsi que les concours et appels à textes,

http://jeunesecrivains.superforum.fr/f30-concours-et-appels-a-textes

comme le faite ce  nouveau site dédié aux concours :

http://www.concoursnouvelles.com/

Mais on peut aussi, dans http://jeunesecrivains.superforum.fr, discuter des éditeurs, lire et faire lire ses manuscrits...  (bêta lecture) Les règles du jeu sont clairement précisées.

 

 

 

 

 

Posté par Menahem Lilin à 16:25 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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13 juillet 2016

Le temps des azeroles, par Jean-Claude Boyrie

Le temps des azeroles.

 Jardin en friche

un vieux silence

monte dans les saules

 Marc avait retrouvé cette photo d'Alice au fond d'un tiroir. À quelle occasion la lui avait-elle donnée ? Il ne s'en souvenait plus au juste. Peut-être voulait-elle tout simplement s'en débarrasser….

L'image était plutôt floue et surexposée. Elle datait... de quand, au fait ? De plusieurs mois avant leur rencontre, voire davantage… ce cliché n'avait aucune raison d'évoquer pour lui quoi que ce fût. Et pourtant Marc le contemplait avec fascination.

Alice faisait décidément très jeune à cette époque. Sur cette photographie, elle avait une expression mutine – enfantine eût-il dit - et de bonnes joues pleines. La jeune femme posait dans son jardin, les cheveux relevés en chignon sur sa tête. Elle était en train de cueillir des framboises – des groseilles, peut-être – rouges lumignons épars dans la verdure. Il remarqua la robe d'été, très décolletée : elle se fondait dans le décor, du fait de sa couleur jaune-vert.

Les feuilles de saules, en arrière-plan de la photo, frissonnaient de façon palpable. Il se dit qu'il devait y avoir un sacré vent ce jour-là.

En observant de plus près les détails, Marc s'aperçut qu'un bord avait été grossièrement retaillé, sans doute pour cacher un personnage, qu'on devinait cependant. Alice semblait s'adresser à cet interlocuteur, invisible, mais présent. Qui pouvait être cet inconnu ? Sans doute quelqu'un de proche : un parent, un ami d'Alice ? Ou bien son flirt ? Marc éprouva rétrospectivement de la jalousie en raison de ce sourire qui ne lui était pas destiné.

Cette image avait surtout pour effet de raviver une blessure mal refermée. Entre Alice et lui, les choses avaient fini comme elles avaient commencé : sans rime ni raison. Ce qu'on nomme amour fou (s'agissait-il vraiment de cela ?) n'avait duré qu'un été. Lui ne s'était pas vraiment remis de cette aventure.

Dans le silence.

et dans la nuit

tout est chemin

 Marc avait rencontré son égérie à l'occasion des feux de la Saint-Jean, fête très populaire ici, qu'on amalgame à tort avec celle de la musique. Cette nuit la plus longue, où la campagne s'embrase de mille feux, voit éclore en même temps des orchestres, chorales, et autres formations improvisées. Partout l'on danse ! Le temps d'une farandole, Marc avait saisi la main qui se tendait à lui, celle d'Alice en l'occurrence, et c'est alors que tout avait basculé. Cette fille lui avait tourné la tête. Ensemble, ils avaient tournoyé, goûté quelque grillade ou picoré des tapas, sans doute un peu trop bu. Puis, ils s'étaient écartés du groupe. Alice l'avait mené par la main sur un chemin âpre, rocailleux, qui menait à son jardin. L'ombre s'était refermée sur eux. De ce qui s'ensuivit, Marc n'avait pas gardé claire conscience. Il se souvenait juste combien cette nuit fut douce.

Il avait fait durant la journée une chaleur moite. Il émanait du sol humide de rosée un parfum de foin fraîchement coupé, qui flottait sur la campagne.

Ils avaient fini leur courte nuit dans un maset, tendrement enlacés au creux de ce modeste abri.

Au petit matin, Alice avait cueilli des framboises de son jardin, qu'elle avait malicieusement fourrées dans la bouche de son compagnon encore assoupi. Le jus pourpre dégoulinait sur son menton. Les lèvres d'Alice étaient couleur de framboise. Il garda de ses premiers baisers la saveur douce acidulée.

Ils s'étaient revus par la suite, étaient devenus amants. Rien n'avait remplacé ce lieu propice au rêve et ce fragile instant. Simple fantaisie ou parti délibéré ? Jamais Alice ne mena plus Marc en son jardin secret, paradis entrevu. Ils se donnèrent rendez-vous par la suite en divers lieux, partout sauf là. Une fois l'été passé, quand fut venu le temps des amours mortes, Marc tenta de retrouver l'endroit, mais il manquait de repères, ayant omis ce soir-là de semer les cailloux du petit Poucet. Divers chemins, tous pareils, rayonnaient à partir du village. Ils avaient en commun leurs murets de pierre sèche ou haies de lauriers. Les maisons d'alentour se confondaient dans leur consternante banalité. Entre mille autres possibles, il ne put jamais identifier l'itinéraire menant au jardin d'Alice.
La voie en était définitivement perdue.

 Nuit d'été

son chemisier ne tient plus

que par deux boutons de fièvre.

Pour agrémenter leurs dînettes, Alice emportait toujours avec elle un échantillon de fruits de son cru, cueillis du matin. Après les garriguettes et autres ciflorettes, vinrent la variété marra, plus tardive, plus douce, au parfum de fraises des bois. Au fil des semaines, cerises, groseilles, framboises se succédèrent. Puis vinrent les abricots à la chair onctueuse et les brugnons dorés.

C'étaient autant de jalons, marquant les étapes de la belle saison. Au fur et à mesure que l'été s'écoulait, en pente douce, les jours raccourcissaient, les nuits fraîchissaient.

Vint la seconde quinzaine d'août, à l'avant-goût d'automne. Une sorte routine s'était instaurée entre les deux amants. Il cessèrent de redécouvrir le monde et les baisers qu'ils échangeaient se firent moins passionnés. Surtout, leurs rendez-vous s'espacèrent. Alice prit l'habitude de se faire attendre, elle s'éclipsait après coup mystérieusement. Puis, elle disparut plusieurs jours d'affilée, sans donner d'explication - ce qui pour Marc en supposait une. Il dut se faire à cette idée : Alice avait une autre vie, elle entendait la préserver. En tout cas, il respecta son silence et s'abstint de poser à son amie des questions qui n'eussent mené à rien

Un mur infranchissable les séparait fait non de pierre, mais de rayonne. Allez savoir pourquoi, lorsqu'il retrouvait Alice, il s'acharnait sur son chemisier, dernier obstacle à la douceur de son sein. À travers la fine étoffe, il croyait sentir le grain de sa peau. N'étaient ces deux boutons, qui ne tenaient qu'à un fil, à l'image de leurs amours et que dans sa hâte, il aurait tant voulu faire sauter....

Plus tard, trop tard, il comprit que l'attente importe plus que l'étreinte. Alice, en évitant d'abord de se livrer toute, avait donné le meilleur d'elle-même.

L'équinoxe approchant, avec ce mélange de rouerie et d'ingénuité qui devait faire partie de sa nature, Alice fit comprendre son compagnon que leur idylle aurait une fin, comme toute chose. Marc fit d'abord celui qui n'entend pas. Mal lui en prit. Il subit d'abord d'insignifiants coups d'épingle, un avertissement sans frais. À ce message subliminal, succédèrent des piques plus appuyées. Vint le temps des petits malentendus qui font les grandes ruptures, prélude à l'hiver du coeur.

Hasard ou calcul, leur dernière rencontre eut lieu le 21 septembre, un mercredi. Le temps était encore agréable, mais on sentait que le ciel au loin se voilait. Marc et Alice avaient fixé leur dernier rendez-vous au prieuré du Vignogoul. Son architecture élégante se devinait au dessus du mur d'enceinte, englobant également un jardin monastique. Le chemin qui menait au sommet de la colline – on dit un « mourre » dans le parler local - était ceint d'une double haie d'azéroliers. Marc ignorait jusqu'au nom de cet arbuste épineux, proche parent de l'aubépine, qui poussait à l'état spontané. Alice lui apprit à reconnaître ses feuilles dont la forme évoque celle d'une patte d'oie. Il voulut goûter ses fruits, qui ressemblaient à des pommes minuscules, pour les recracher aussitôt, tant leur pulpe était astringente. Elle lui recommanda de les réserver après cueillette, il les mettait par la suite en confiture ou en gelée. Ce qu'il fit. Ainsi accommodées, ces azéroles portaient en elles les dernières saveurs de l'été finissant.

Car ensuite, Marc ne devait plus revoir Alice. Il ne chercha pas d'ailleurs, à quoi bon ? Les mois, les années passèrent. Il oublia, tenta d'oublier plutôt, son visage, son sourire et le son de sa voix. Le temps de leurs amours était bel et bien révolu. Le hasard (mais en était-ce un ?) lui fit à la même saison porter ses pas sur le sentier du Vignogoul, à l'endroit même où ils s'étaient dit adieu. L'automne avait ramené la fructification des azéroles. Marc ne put s'empêcher d'en porter une à sa bouche. Il y retrouva la douceur acidulée des baisers d'Alice. Elle était à ses côtés de nouveau, présence absente. Ainsi, d'une certaine façon, le temps suspendu reprenait son cours.

Haïkus: Christian Cosbert. Texte: J.C. Boyrie

 Pistes d'écriture : haïkus d'été, d'après « Juste la douceur du vent » de Christian Cosberg, 2016, éd. Tapuscrits. / Goûts, textures, émotions, par l'évocation des aliments.

 Illustration : Azéroliers, in « La garrigue, grandeur nature » de Jean-Michel Renault, éd. 1980.

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04 juillet 2016

derniers ateliers de l'année et date de reprise

Les derniers ateliers de l'année auront lieu cette semaine: lundi 4 juillet, 14h15, mardi 5, 14h30 et 18h45, mercredi 6, 15h45, semedi 9, 14h45

Je reprendrai à la rentrée, le lendemain de la foire aux associations, lundi 12 septembre, excepté pour l'atelierdu samedi qui sera décalé d'une semaine, pour cause de journée du patrimoine... Ce qui donne:  lundi 12 septembre 2016, mardi 13 septembre, mercredi 14 septembre, samedi 24 septembre.

puis lundi 26, mardi 27, mercredi 28 septembre, samedi 1er octobre

le samedi 17 septembre, nous fêterons le patrimoine sur Antigone, avec entre autres un atelier d'écriture sur le goût, avec petite dégustation: saveurs d'ici... saveurs d'ailleurs... quand les mots donnent du goût à la vie.  Sur le même principe, il y aura de mini-ateliers de langues (anglais, espagnol...)

L'horaire exact, ainsi que le calendrier complet des ateliers vous sera communiqué.

Bon été à ceux qui ne pourront venir cette semaine,

 

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02 juillet 2016

Petit caillou toscan, par Jean-Claude Boyrie

 Pistes d'écriture : « Petits cailloux de la Comédie du Livre »/ Relation du narrateur avec son personnage.

«

 

 L'odeur du tilleul saturait l'habitacle. Benedetta s'éloigna de Claudio et s'étira. Elle ferma les yeux, lorsqu'une lumière blanche passa comme une flamme et s'éteignit. Un coup de tonnerre explosa du côté du garçon. »

Simonetta Greggio « Black Messire », Stock, 2016.

 

Rappelez-vous des Brigades rouges - en italien les « Brigate rosse ». Durant les années quatre-vingt, cette faction soi-disant d'extrême gauche endeuillait l'Italie, multipliant les actions violentes, assassinats et autres prises d'otages. Ses agissements visaient principalement des flics et des magistrats, des notables, tout ce qui représentait aux yeux des terroristes l'ordre établi.

Léonard était averti du risque encouru, mais il n'en avait cure. Ayant renié son appartenance à la classe dite « bourgeoise », il ne se voyait en rien cible potentielle des Brigades rouges. Peut-être, avec l'insouciance propre à son âge, pensait-il à propos des attentats que « ces choses-là n'arrivent qu'aux autres ». Est-ce qu'on s'en prend à un artiste en herbe, sans feu ni lieu ? Surtout lorsqu'il se balade en compagnie d'une belle fille (en l'occurrence Cecilia, sa compagne d'alors) ?

Léonard avait entrepris de traverser la péninsule par petites étapes. Ce « grand tour », exercice obligé des jeunes peintres de son temps, devait le mener de la Côte ligure aux horizons lumineux de Naples et de Sorrente. Un voyage sans histoire qui, tel un mécanisme apparemment bien huilé, semblait se dérouler comme prévu. Sauf que… Pas de chance pour ce garçon. Son périple avait trouvé une issue dramatique à mi-chemin, sur une route de campagne, entre la Toscane et l'Ombrie. Un petit caillou s'était pris dans l'engrenage. En fait, ce fut le vrai pavé dans la mare de sa vie.

Le destin l'attendait à Castiglion Fiorentino. Cette ville d'étape est gratifiée d'une étoile au guide Michelin. Léonard garderait à jamais en mémoire la silhouette du bourg médiéval juché sur son éminence. En contrebas, s'étendait une place ombragée de platanes et de tilleuls. Roulant à petite allure, il ne se privait pas de lutiner sa ragazza, lâchant parfois le volant. Le jeune couple savourait le bonheur de se promener ensemble dans un cadre enchanteur. On n'était qu'au milieu du printemps, mais avec ce temps radieux, on aurait pu se croire en plein été. Tous deux admiraient les hauts cyprès fuselés, les champs de blé ondulant au vent, virant du vert au jaune vif et constellés de coquelicots, tels une effusion de sang (une vision hélas prémonitoire).

Si le paysage se perçoit par les yeux, il se vit par l'esprit. C'est dans la subjectivité de l'artiste qu'il trouve son véritable sens. Il y crée un objet nouveau, qui peut devenir poème ou tableau.

À l'entrée du bourg, ils avaient été dépassés par deux individus en moto. Sans que Léonard ait eu le temps de réaliser, un des acolytes avait jeté quelque chose sur le véhicule. Il ne savait pas quoi, mais c'était un objet grossièrement empaqueté. Puis ç'avait été la déflagration, l'éclair blanc, le pare-brise éclaté, le pourpre jaillissement du sang. Les terroristes avaient frappé à l'aveugle ou, tout simplement, s'étaient trompés de cible.

Il était resté quelques heures dans le coma puis, transporté d'urgence à l'hôpital d'Arezzo, s'était éveillé sous perfusion. Somme toute, il s'en était plutôt bien sorti, quoique passablement amoché. Cecilia, la pauvrette, n'avait pas eu cette chance. Elle avait eu le tort de se trouver au mauvais endroit, au mauvais moment.

Officiellement pourtant, la page est tournée. Entre temps, cet artiste-peintre a gagné de la notoriété. J'ai fait sa connaissance à l'occasion d'une exposition dite « rétrospective » de ses œuvres. Imaginez ce petit local qui servait jadis de mess aux officiers de la garnison. L'odeur un peu fade des tilleuls y pénètre, elle enchante les longues soirées de juin. Au solstice d'été, l'on fête en musique sur l'Esplanade la nuit la plus courte. Les flonflons d'une lointaine fanfare, mêlés de vibrations électroacoustiques et de bon vieux rock, se fondent en une étourdissante cacophonie.

Peu enclin aux mondanités, j'ai tendance à fuir les vernissages. Rien d'ennuyeux comme une manifestation codifiée. Il faut parfois faire avec : c'est le pire moyen, excepté tous les autres, de rencontrer un artiste. En l'occurrence Léonard, qui se dit agitateur professionnel. Il est « celui par qui le scandale arrive ». Autant vous l'avouer, je n'ai rien compris de prime abord à sa peinture. Elle est à l'évidence inspirée du seizième siècle italien. Fichtre ! Les œuvres exposées font surtout dans la provocation, sans être en rien vulgaires. L'ensemble dénote au contraire une facture précise et soignée. Il y a surtout ce rouge éclatant qui domine, symbole de désir, de feu, de sang.

Je ne suis pas sûr que le terme « rétrospective » plaise à Léonard. Il renvoie au passé, fleure bon la poussière des musées, la rédaction prétentieuse des cartels. Ah, cette manie de tout vouloir cataloguer ! Qui donc a eu l'idée absurde de coller l'épithète « art baroque tardif, fin vingtième siècle » à cette guitare électrique qui flotte dans l'espace, ornée d'une femme nue à la pose lascive ? Je ne sais non plus que penser cette « Cène » aux contours bien léchés, d'une irréligiosité délibérée. Autour de la table, en lieu et place du Christ et de ses apôtres, s'affichent d'affriolantes jeunes femmes au décolleté pigeonnant. Ce parti-pris de transgression ne choque au demeurant plus grand monde. Et que dire du fauteur de cette œuvre déjantée, ici présent ?

Cet excentrique arbore la crinière blanche du lion devenu vieux. Il accueille son public en chemise à fleurs et en tongs. Cela lui donne une allure de soixante-huitard attardé. De fait, il en a vu d'autres, lui qui se targue d'avoir traversé tous les courants artistiques de l'après-guerre, de l'expressionnisme abstrait au Street art et à la B.D.

Mon regard s'attarde sur cette « Dame à l'hermine » qui fait l'affiche de l'exposition. Le titre et la posture du modèle évoquent Léonard de Vinci, mais la parenté s'arrête là. Dans le tableau d'origine, la noire chevelure est enveloppée d'un voile transparent. Le visage est figuré de trois-quarts, tourné vers un invisible interlocuteur. Cette femme interroge le spectateur du regard. Elle caresse de la main, d'un geste gracieux, l'animal qu'elle tient dans ses bras. L'hermine, dont le blanc immaculé est censé symboliser la pureté, vire dans la version contemporaine au jaune éclatant. La bouche aux lèvres closes est pulpeuse. Pourquoi Léonard a-t-il fait de sa « dame à l'hermine » une rouquine ? Autant dire « red-head », le terme anglais ayant une connotation plus sensuelle. On retrouve ici, peinte en rouge vif, la robe d'un bleu-vert lumineux dont la belle est vêtue dans le tableau de référence, et qui possède la couleur de ses yeux. Au final, tout cela procure une impression plutôt kitsch.

Par simple curiosité, je demande à Léonard qui sont les deux autres dames du tableau.

Celle de gauche, me dit-il, est une certaine Lucrèce. Elle fut son premier modèle, et ce qui généralement tourne autour. Je lui trouve l'air insignifiant, mais tout dépend de ce qu'on attend du modèle. La fille est ronde à tous les sens du mot, sensuelle à craquer. Lucrèce pose ici nue. Elle est représentée de buste et de trois-quarts, comme Cécilia, porte le même collier noir autour du cou. Dégoulinant sur la poitrine, ce bijou fait ressortir la chair rose de son décolleté.

La femme de droite (et qui fait en quelque sorte pendant aux deux précédentes) se nomme Béatrice. Il s'agit, paraît-il, de l'épouse du peintre. Une expression de sérieux, voire de lassitude, se lit sur son visage. Elle a les traits tirés. Seul détail un peu coquin, car il en faut bien un : sa petite robe moirée a glissé sur son épaule.

Les trois égéries de Léonard se ressemblent étrangement. Sur la toile, elles paraissent avoir le même âge, à peu de choses près. Lucrèce, Cécilia, Béatrice…. Ne faut-il pas voir là trois visages différents d'une seule et même femme ? Le vieil artiste refuse de me répondre. Ce n'est tout de même pas lui qui va me livrer les clés de son tableau.

Léonard me fait cependant une confidence. Il avait résolu, suite au tragique incident qui avait coûté la vie à sa compagne d'alors, de ne plus jamais remettre les pieds en Italie. Et puis - ainsi vont les choses - il a fini par revenir sur les lieux du crime, à Castiglion Fiorentino. Peut-être espérait-il en secret se débarrasser de son fantôme – oh, le souvenir obsédant de Cecilia ! Peine perdue. Il y avait ce soir-là fête au village, des figurants défilaient sur la place en costumes Renaissance. Au milieu de la troupe, une jeune femme jouait le rôle de Cecilia Gallerani, la vraie « Dame à l'hermine ». Un bref instant, il avait cru reconnaître en elle une autre Cecilia, la sienne. Il ne s'agissait hélas que d'un avatar du personnage historique. On sait que Ludovic Sforza, dit « le More » fut l'amant de la Gallerani, jeune beauté de l'époque, avant de la quitter pour épouser Béatrice d'Este. Le tableau commandé par le duc à Léonard de Vinci représentait en quelque sorte un cadeau d'adieu à sa belle maîtresse.

La boucle est bouclée. Ainsi donc, le passé rattrape le présent.

Je remercie le peintre de son propos documenté. L'explication qu'il vient de me donner me laisse sur ma faim. Elle soulève en fait plus de questions qu'elle n'en résout. Je n'insiste pas et m'éloigne d'un pas songeur. Ce petit caillou toscan, c'est juste une pierre à l'édifice, dont l'ensemble reste à construire. Sa charge émotionnelle est forte pourtant. Tout cela me convainc (si jamais j'en avais douté) que Léonard est un génie.

 

Illustrations : Paysage toscan/ « Dame à l'hermine » de Jean-Paul Bocaj, exposée à l'Espace Dominique Bagouet, 15-06 au 18-09 2016, Montpellier.

 Pistes d'écriture : « Petits cailloux de la Comédie du Livre »/ Relation du narrateur avec son personnage.

 

24 juin 2016

Frivolité sur un pont, par Prisca

pont

Piste d’écriture : D’après « La fille sur le pont » de Patrice Leconte, s’inspirer de la scène entre Gabor et Adèle.

Côté gauche du pont, un gars se gèle en matant la scène, il pense :

Putain mais il fout quoi le Gabor là ! Des plombes que je l’attends. Il attend quoi pour conclure ? Que je vienne lui tenir la main ? Elle est DESESPEREE , un peu de réconfort et voilà c’est dans la poche. Y a qu’à demander son numéro de téléphone pour qu’elle le donne, merde !

Putain je me les caille. J’aurais dû prendre une veste plus chaude. Mais voilà, c’est ça ! Il n’a qu’à lui donner sa foutue veste. Quelle manque de technique, c’est quand même la base ça. Puréééééééeeee, mon poto je t’aime mais t’es vraiment un boulet.

Côté droit du pont, une nana se gèle aussi. En cherchant, elle pense :

Punaise Adèle, où es tu ? Elle va faire une connerie, c’est pas possible. Mais quelle idée aussi : le stand-up ça ne s’improvise pas. Et puis faut être drôle et Adèle nom de dieu tu as plein de qualités. Mais tu n’es pas drôle. Non mais vraiment quelle idée, bien sûr que tu as fait un flop. C’est sûr, c’est triste les sifflets et les tomates dans la tête. Mais bon courir vers un pont à cause de la réaction de quelques crétins et la réception de fruits/légumes ou je ne sais quoi ? Non ça ne vaut pas le coup ma cocotte.

Tu ne vas pas me laisser tomber comme ça quand même. Chez qui j’irai pleurer quand Régis est de mauvaise humeur et qu’il la passe sur mon visage ?

Sur le pont, Gabor pense :

Allez quoi, juste un numéro, que je puisse montrer à Régis qui m’attend que moi aussi je peux conclure, bordel !

Sur le pont, Adèle qui pense aussi :

Non mais quel connard, je viens me suicider et lui me drague. C’est pas puni par la loi ça ? Non mais vraiment ils sont tous pareils. Attends mon coco, tu vas voir.

Sur le pont, Adèle crie :

AU VIOL, AU SECOURS !!! AIDEZ-MOI.

 

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23 juin 2016

Les ateliers "pistes d'écriture", 3 heures 15 tous les 15 jours

Ateliers "pistes d'écriture" : stimulation à l'écriture et techniques littéraires.
A Montpellier Antigone, au 134 place de Thèbes - ou à distance (par mail ou téléphone)
-

Une séance tous les 15 jours, le lundi de 14h15 à 17h30 et le mardi de 14h30 à 17h45 ou de 18h45 à 22h. Calendrier des séances:
85 €/trim + adh à l'Adra. 75 € pour les étudiants. 15 € à la séance, carte de 10 séances: 150 €.
Pour les personnes s'inscrivant en cours de trimestre, les séances manquées sont soustraites du prix.

Que les personnes intéressées n'hésitent pas à me contacter pour un atelier d'essai à 5 € (06 84 01 48 57, ou carole.lilin@gmail.com).

renoir

Un atelier convivial: pas plus de 15 personnes inscrites dans chaque atelier - et dans la pratique, souvent moins - afin de permettre, pour chacun, un temps de lecture et de retour sur ses textes. J'ai choisi le tableau d' Auguste Renoir – La lettre, 1896 pour illustrer ce message parce que cette image de complicité autour de l'écriture me plait. Mais à l'atelier, vous pouvez venir avec votre ordi, en vêtements et avec des idées d'aujourd'hui ! D'ailleurs, la plupart des textes d'auteurs sur lesquels je m'appuie sont contemporains.

L'atelier se déroule en 3 temps: présentation de la piste d'écriture, discussion, remarques, questions. Lorsque le support est un texte, on l'analyse ensemble.

le temps d'écriture est d'1h30 au moins. Le fait de travailler au milieu des autres peut aider à plonger dans sa propre concentration, nourrir son inspiration personnelle. On écrit dans un atelier autrement que chez soi. Chacun sa manière: à la fin de la séance, vous aurez peut-être un texte, peut-être une trame et des réflexions, que vous développerez chez vous et nous lirez à la prochaine séance.

Durant le temps d'écriture, je  peux travailler en individuel avec les personnes qui le demandent, pendant quelques minutes . Ce peut être pour discuter de la consigne, pour lire le texte en cours et proposer des suites ou des modifications (toujours optionnelles! le but est de stimuler la créativité de l'auteur, pas d'imposer mes vues). On peut aussi échanger autour du cadrage ou du point de vue que vous avez adopté.
Quand personne ne me sollicite, j'écris moi-même.

Un temps de lecture et de retour sur texte. Je peux lire un texte à la place de son auteur, si celui-ci est intimidé, ou souhaite entendre "résonner" son texte.

On peut n'exposer que le projet du texte, sa trame narrative, ce qu'on envisage pour la manière de l'écrire, sa structure... On peut lire des extraits, on peut aussi parler des questions qu'on se pose. Les réactions des autres écrivants permettent souvent d'avancer.

Le principe : une écoute bienveillante, et des critiques "positives", c'est à dire qui évitent les jugements de valeur. Parfois on n'a rien à dire, mais la manière dont on a offert son écoute, dont on a été capté, est très parlante.

J'essaye pour ma part d'avoir une lecture et des remarques surtout "techniques",  dans le but d'améliorer la cohérence d'ensemble du texte.

L'intérêt de ce type d'atelier: se forger des outils, s'exercer à partir de propositions inattendues, écouter ce que les autres ont créé à partir de ces mêmes propositions, réfléchir à plusieurs, ouvrir l'éventail de ses possibilités, surprendre son inspiration.

Quelques pistes d'écriture: suivre le lien. Par ailleurs, j'ai pris l'habitude de les résumer en haut des textes proposés sur ce blog.

 

 

 

 

 

 

 

"Accompagnement de projets", le mercredi ou samedi

 Adultes (et adolescents motivés)

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Le mercredi après-midi, de 15h45 à 19h, ou le samedi de 14h45 à 18h

Même si je donne souvent la piste d'écriture de la semaine, surtout si je pense qu'elle peut vous aider dans vos projets, vous êtes libre de l'adopter ou non. Ce sont avant tout vos projets (romans, nouvelles, contes, textes biographiques, recueil poétique en prose ou vers libres...) qui structurent l'atelier:

- Le travail en individuel durant l'atelier collectif: En tant qu'animatrice, je suis disponible pour vous aider à tout moment; cette aide individuelle, discussion ou lecture/correction de votre texte, ne pourra toutefois dépasser 15 mn par personne. Vous pouvez également me demander de lire durant la semaine 2 à 3 pages, surtout si vous avez manqué une séance, ou si vous souhaitez me tenir au courant de l'avancée de votre projet. Au-delà, le suivi relève de l'atelier individuel.

- Temps d'écriture en groupe
- Lecture au groupe, ou exposition du projet, après ou avant ce temps d'écriture.
- Retours du groupe et de l'animatrice, à propos de ce qui a été ressenti, compris... Discussion de tel ou tel aspect, des personnages, de l'écriture... Conseils "techniques" et de construction, conseils de lecture, correction grammaticale...
- Séances de  techniques narratives ou poétiques sur demande.

Tout le monde ne pourra peut-être pas lire ou exposer ce qu'il projette à chaque fois au groupe, mais ceux qui n'ont pu ou souhaité le faire lors d'une séance seront prioritaires lors de la séance suivante.

Vous pouvez venir avec papier et stylos, mais aussi votre ordinateur portable ou une clé USB si vous le souhaitez.
Sur place : dictionnaires et dictionnaires des synonymes. Quelques fiches techniques. Supports visuels.

Cet atelier peut se combiner avec les ateliers d'écriture classiques, du lundi et mardi, au cours desquels des outils et stimulations d'écriture sont proposés. Il peut aussi être complété par des séances individuelles, relecture/correction du manuscrit ou travail à deux (20 €/h).

Pour plus d'informations : carole.lilin@gmail.com ou 06 84 01 48 57

 image empruntée au site: levurelitteraire.com. Elle était trop belle!

85 €/trim + 20€ adh ADRA, 240 €/an (si vous payez les 3 trim à la fois), 15€ à la séance (carte de 10 séances 150 €)

 

 

Posté par Menahem Lilin à 20:02 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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21 juin 2016

Ras le bol, par Sylvie Albert

Piste d’écriture : s’inspirer de tout ou partie du dialogue entre Gabor et Adèle (en italique) fourni pour imaginer une histoire. D’après « La fille sur le pont », film de Patrice Leconte.

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Justine a besoin d’air. Ce soir, la coupe est pleine, elle menace de déborder. Son stress forme une boule au niveau du plexus, une boule qui certes monte et descend au rythme de sa respiration, mais qui pèse de tout son poids. Entre son boulot, les enfants, les vertiges qui apparaissent et disparaissent sans raison, la nouvelle maison et les travaux imprévus à gérer, les artisans qui ne viennent jamais quand on les attend et le déménagement à prévoir, il y a de quoi disjoncter, justement. Sans parler des embouteillages à cette heure en ville. Ni, cerise sur le gâteau, de la voisine qui est encore montée jusque chez elle avec son mégot allumé, empuantissant ainsi comme souvent toute la cage d’escalier. Que ce serait agréable de pouvoir fermer les yeux et se retrouver seule au milieu de nulle part, sans plus aucune responsabilité ni contrainte, l’esprit libre…

Justine prend juste le temps d’entrer et de poser ses affaires et repart aussitôt en claquant la porte. Cela tombe bien, les enfants sont chez leur père pour la nuit. Il faut qu’elle marche, qu’elle marche encore, qu’elle épuise son stress, jusqu’à ce que la boule se dissolve d’elle-même. Et qu’elle parle en même temps, c’est plus efficace. Alors elle part vers la rivière en se parlant à voix haute, tentant d’évacuer peu à peu colère et frustration. Les passants ne s’en émeuvent pas, habitués qu’ils sont à entendre les gens bavarder tout haut avec des oreillettes plus ou moins bien dissimulées et des fils qui pendouillent. Bientôt elle longera la rive, et avec ce temps elle a peu de chances d’y croiser quiconque. Il fait maintenant presque complètement nuit, et pas très chaud. Justine avance, sans se préoccuper de la terre trempée qui se colle à ses bottines, ni des ronces qui cherchent à la ralentir, ni de l’humidité qui va ruiner son chignon bien lisse. Un pas après l’autre, le plus rapidement possible, l’air sifflant dans les oreilles.

Elle passe le vieux moulin, le petit pont de bois qu’elle aimait tant dans son enfance, laisse les lumières de la ville sur sa gauche, et fonce dans l’obscurité. La tête toujours baissée, elle invective la terre entière, et surtout son entourage qui en prend pour son grade. Elle ne s’aperçoit même pas qu’elle approche du pont menant au château, à la grille duquel son tout premier flirt a autrefois accroché un cadenas. C’est seulement au moment où l’ombre du pont lui cache la lune qu’elle entend :

- Vous avez l’air d’une fille qui va faire une connerie.

- Non non merci ça va.

Justine sursaute et émerge aussitôt de ses pensées pour revenir à la réalité. Elle recule pour voir ce qui se passe là-haut.

- Vous avez l’air désespéré.

Elle distingue une femme penchée sur le parapet du pont, qu’elle sait par expérience peu solide.

- … Oh ben personne, j’ai jamais épaté qui que ce soit, c’est pas aujourd’hui que je vais commencer.

Cette voix féminine lui rappelle quelque chose. Un homme, très grand mais semblant peu costaud sous son manteau léger, se tient au milieu du pont, à quelques mètres de la femme, les mains dans les poches.

- J’ai peur que ce soit glacé, entend Justine.

Ça, c’est sûr que personne n’a eu l’amabilité de faire chauffer l’eau de la rivière… et c’est d’ailleurs ce que l’homme répond. Justine songe que si la femme pense pouvoir noyer ses soucis dans le courant, elle risque d’être fortement déçue, le niveau de l’eau étant plutôt bas ces temps-ci, même si les remous semblent aussi violents que d’habitude. Par contre, elle risque de s’écraser sur les rochers au fond, et c’est quand même légèrement moins romantique comme fin…

- Je crois qu’il va y avoir du gaspillage, et ça je supporte pas.

De quoi cause-t-il ?

- Quel gaspillage ? demande la femme, qui prend le temps de discourir et n’a pas l’air trop pressée d’en finir.

            À ce mot, Justine reconnaît la voix. C’est Adèle, l’institutrice d’Adrien. En effet, la jeune femme utilise ce mot à tout va : « Votre fils est intelligent mais il n’écoute rien, c’est un vrai gaspillage », « Veuillez obliger vos enfants à terminer leur assiette à la cantine, il faut éviter le gaspillage », etc. Sans le savoir, cet homme a employé le « mot magique », celui qui pouvait provoquer un électrochoc chez Adèle. D’ailleurs, Justine voit celle-ci reculer du parapet, hésitante. L’homme en profite pour s’approcher et lui tendre la main :

- Bonsoir, moi c’est Gabor, enchanté de faire votre connaissance.

Justine sourit, trouvant que ce Gabor ne manque pas de sang-froid, après l’humour dont il a fait preuve il y a quelques minutes. Il est intéressant, cet homme-là…

- Je suis le père de Peter, qui a crevé les pneus de votre voiture cet après-midi. Je le soupçonne d’avoir également taggué votre portail la semaine dernière. Je venais vous en parler lorsque je vous ai vue partir à pied de l’école, vous sembliez désorientée, et je vous ai suivie.

            En entendant cela, Adèle recommence à paniquer de plus belle, elle retire sa main, recule, s’approche du parapet, l’enjambe et saute à l’eau avec un grand « Non… ! ». Gabor, stupéfait, n’a pas eu le temps de réagir.

            Justine s’est trompée, l’eau est plus profonde que prévu, elle emporte Adèle qui a encore la force de se débattre. Abasourdie, Justine fonce en suivant le courant, bientôt rejointe sur la rive par Gabor, surpris d’y trouver quelqu’un.

- Ne vous inquiétez pas, dit-elle, Adèle va être freinée après l’îlot là-bas, elle aura pied, on pourra la récupérer. Personne n’a jamais réussi à se tuer ici…

Et elle continue à courir en direction de l’îlot, sentant à ses côtés la présence fort agréable de Gabor. La boule au niveau de son plexus a pour sa part disparu, dissoute dans cette nuit étrange…

 

Sylvie Albert, avril 2016

Posté par Menahem Lilin à 10:50 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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19 juin 2016

L’anneau d’argent, par Michelle Jolly

Piste d'écriture: créer un écho entre un narrateurdu présent et un personnage du passé, en s'appuyant sur la première phrase du roman de Marie Darrieussecq, Etre ici est une splendeur: "Elle a été ici, sur la Terre et dans sa maison."

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….La maison était grande, depuis trois cents ans accrochée sur quatre niveaux au roc cévenol ; tantôt ferme, magnanerie, puis maison de famille, nous y étions depuis huit ans, seule une terrasse nous manquait :  pour regarder loin dans la vallée, pour y accueillir le levant, pour être au frais, le soir. On en rêvait chaque été…

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C’est là que tu vécus, petite fiancée camisarde, installée depuis longtemps, hors du village, là où seuls tes pareils avaient le droit, les religions en guerre te mettant à l’écart. Au rez-de-chaussée, la cuisine, froide et humide, sombre et souvent enfumée par une cheminée dedans laquelle on s’assoit par grand froid pour trier les châtaignes, à l’étage les chambres où le roc affleure ; en haut, tout en haut les grandes pièces ensoleillées pour le ver à soie, le travail qui vous fait vivre, toi et ta famille. Je te vois bien, active, triant les feuilles des muriers du jardin, les dispersant sur les tables, au-dessus des vers affamés…

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Nous, on avait choisi cette pièce, la plus haute, la plus claire et souvent j’imaginais l’énorme bruissement que font des centaines de vers en mâchonnant les feuilles... On était bien, et regardant la vallée on avait décidé de construire la terrasse……  

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"Foi de Cévenole je ne veux pas de terrasse ici!" as-tu peut-être murmuré, au magniolia ou aux oliviers alentours!!  C’est vrai que l’on n’a pas entendu…

....Avant hier ils ont creusé pour bétonner et construire l'escalier, il a fallu aller en profondeur et là ils se sont arrêtés , médusés, et sont venus nous chercher ...

Pardonne-nous, petite fiancée fragile, mais on ne savait pas, tu dormais là, en pleine terre, là où ta famille avait décidé de te mettre, le cimetière du village t'étant interdit. A deux pas d'un rosier, tu étais là, enfin ce qu'il restait de toi, après trois cents années passées. Un crâne intact, un fémur et quelques côtes, et surtout des os de ta main avec cette petite bague d'argent, bague des fiancés nous a-t-on dit... 

Quelques mètres plus loin l’on a creusé un large trou, pour te déposer au fond avec toute l'attention que l'on te devait, ta bague bien fixée, puis l'on a refermé.

Là, au-dessus, j'ai planté un arbre, celui dit de Judée pour que personne un jour ne te dérange à nouveau.

 Longtemps, sur la terrasse dominant cet endroit, on a parlé de toi, et le soir, j'en suis sûre, quand la hulotte crie en parlant à la lune, tu l'entends comme moi. "Tu as été ici, sur la terre et dans ta maison"

 

Posté par Menahem Lilin à 20:46 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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