CLEOPATRE


Avertissement : Le texte ci-après, tiré pour le début de Reboux et Muller "A la manière de ...", entrecoupé de chansons,
a été adapté pour  être mis en scène et joué par un groupe d'amis (par exemple avec des marionnettes géantes).
La dispersion des uns et des autres a fait que ce projet n'a pas abouti..
Je cherche des nouveaux partenaires que l'idée puisse intéresser (rentrée 2007?).
Me contacter sous la rubrique correspondante...
Voir aussi sur ce blog:
-   Présentation par le professeur Libellule (origine, références historiques et littéraires).
- Cléopastre (texte restitué en Français XVIIéme s.)

 

CLEOPÂTRE

PERSONNAGES:

CLEOPÂTRE, Reine d'Egypte.
AUGUSTE, Empereur de Rome.
ANTOINE, Général romain, amant de Cléopâtre   
ZOE, confidente de Cléopâtre.
ADJUPETE, confident d'Antoine
EXUTOIRE, confident d'Auguste

ACTE I

Prologue chanté sur l'air du « Sire de Framboisy »

« De Cléopâtre, l'histoire la voici,
   De Cléopâtre, l'histoire la voici.
   Et youp et youp et tra la la la
   Et youp et youp et tra la la la...

« Toute jeunette, césar elle conquit (bis)
   Et youp et youp etc...
« N'ayant plus d'jules, Antoine séduisit (bis)
« Jaloux, Auguste à son amant s'en prit (bis)
« Alors ell' tente, d'aguicher l'ennemi (bis)
«  Hélas, pour elle, l'histoire mal finit (bis)
«  De cette histoire, la morale suffit (bis)
«  A belle reine, il faut plus d'un mari (bis)
    Et youp et youp, etc...

Scène 1
CLEOPÂTRE, ZOE

ZOE
Oui, Madame, espérez un destin plus paisible
Auguste à vos attraits ne doit être insensible.

CLEOPÂTRE
Il se peut, et mon coeur, de sa flamme occupé
Contre toute raison voudrait croire Zoé.
Mais l'ingrat depuis peu de ce cabinet l'hôte
Se dérobe au destin qui nous mit côte à côte
Et, détournant les yeux d'un objet trop épris,
Du plus doux des trésors veut ignorer le prix.
En vain pour conquérir un coeur aussi rebelle
Aux avances d'Antoine ai-je opposé mon zèle.
Auguste me dédaigne et, de gloire embrasé,
Ne répond à mes voeux que par un feu glacé.
Ton coeur, chère Zoé, garde-t-il la mémoire
D'Horatius Gracchus traîné dans le prétoire?
De Scipion exilé sur les bords que voilà?
De Crassus égorgeant l'innocent Cocula?
Et de tant de grandeurs tour à tour immolées
Pour que Rome sans cesse enflât ses destinées?
De la triste Didon assise sur les lieux
Où l'avait délaissée un amant oublieux,
De Brutus conjuré, parjure et parricide
Qui, tournant vers lui-même un poignard homicide,
A d'un geste fatal son propre coeur percé
Et cent fois dans son sein ce fer a repassé?
Si de tant de forfaits la funeste cohorte
Peuple ton souvenir, chère Zoé, qu'importe!
Un bien plus doux objet tient mon âme en suspens:
L'amour d'un adversaire est tout ce que j'attends.

ZOE
Pour ne le point charmer vous êtes trop aimable
Et son coeur vous doit rendre un arrêt favorable.

CLEOPÂTRE
Ta fidèle amitié pour moi s'efforce en vain,
Auguste à mes soupirs oppose un coeur d'airain.
C'en est trop, et mon sang que la vengeance altère,
S'échauffe: je le sens bouillonner de colère...

ZOE
Madame, Antoine approche, et dans quelques moments...

CLEOPÂTRE
C'est lui! Retirons-nous en nos appartements.

Scène 2
ANTOINE, ADJUPETE

Intermède chanté (sur l'air des « petits soldats » de Carmen)
« ils reviennent de campagne
  Les fiers soldats que voilà
  Toutes les bataiiles gagnent
  Taratata ta ta ta ta!

« Glaive au poing, la tête haute,
  Ils arrivent d'un bon pas,
  Marchant, sans faire de faute
  Taratata ta ta ta ta.

                                     ANTOINE
La barbare me fuit. Hélas, cher Adjupète,
Quel funeste penser tient mon âme inquiète?

ADJUPETE
Quoi, Seigneur, se peut-il qu'en tant de lieux vainqueur,
Une telle faiblesse ait réduit votre coeur?
Allez-vous, encourant des rigueurs inhumaines
Forger contre vous-même et des fers et des chaînes?

ANTOYNE
Arrête! Connais mieux Antoine et son malheur,
Et sur sa triste flamme, ami, répands un pleur;
J'aime, et ce que n'ont pu l'Ostrogoth ni le Scythe,
Ni les Parthes vaincus jetés au noir Cocyte,
Ni cent peuples altiers sous mon joug asservis,
Cléopâtre l'a fait, du jour où je la vis.

ADJUPETE
Comment! La Reine a pu, Seigneur...

ANTOINE
Je l'idolâtre.
Ma raison s'évanouit quand paraît Cléopâtre.

ADJUPETE
L'insensible aurait-elle éludé vos discours?

ANTOINE
De ma flamme un rival haï suspend le cours.

ADJUPETE
A découvrir son nom tout mon zèle s'ajuste.
Serait-ce l'Empereur?

ANTOINE
                                       C'est lui tout juste!

ADJUPETE
                                     Auguste!
Ô ciel! J'entends sa voix, et sous quelque moment....

ANTOINE
C'est lui! Je me retire en mon appartement.

Scène 3
AUGUSTE, EXUTOIRE

AUGUSTE
Laisse-moi m'épancher en toi, cher Exutoire,
Laisse, et de mes propos, conserve la mémoire.
Tu sais que de César successeur et neveu,
Mon coeur épris de Rome est empli d'un seul voeu.
Tu sais de quel orgueil uniquement jalouse
Mon âme de sa gloire a fait sa seule épouse
Et que de Cléopâtre humiliant les feux,
Plus ferme que César je suis sourd à ses voeux.

EXUTOIRE
Quand il vint, revêtu de la pourpre curule,
Elle n'eut qu'à paraître et prit la bague à Jule.

AUGUSTE
Depuis, César est mort sous les coups de Brutus!
« Tu quoque, mi fili ».... Quand les cris se sont tus,
Rome dans le silence est tout-à-coup plongée
Et baigne, il m'en souvient, dans une horreur glacée.
La nuit même s'emplit de signes prodigieux:
On dit qu'une comète a traversé les cieux.
Nul ne touche à ce corps qui bientôt sera cendre.
Le grand homme n'est plus.

EXUTOIRE
                                     Mais sa place est à prendre!

AUGUSTE
Antoine de César se fait l'imitateur
Dans le lit de la Reine il est son successeur.
Cléopâtre, « serpent du Nil », de tous honnie,
Triomphe dans le luxe et vit dans l'infamie.
Perdant toute mesure, Antoine en Orient
Croit marcher sur les pas d'Alexandre le Grand.
Son ost est décimé: juste avant qu'il en parte,
La Perse lui décoche une flèche du Parthe.

EXUTOIRE
De ce désastre au moins tire-t-il la leçon?

AUGUSTE
Cleopâtre pour lui garde quelque ambition.
Il revient triomphant en Egypte. La Reine
A mis tout son talent dans cette mise en scène
Et dans Alexandrie a son Roi couronné.
Mais duplice, elle sent déjà le vent tourner.
Quand devant ses sujets les Romains elle brave
Son double jeu l'incite à miser sur...

EXUTOYRE
                                                                  Octave!

AUGUSTE
Ah! son zèle sur moi s'exerce vainement,
Sa ruse n'éteint pas mon noir ressentiment.
En faisant ce calcul, la perfide se trompe,
Attentive à régner, elle aspire à ma pompe,
Veut monter sur le trône et, captivant mes soins,
Satisfaire avec moi ses superbes besoins.
A quoi sert une ardeur que mon dédain balance?
Les dieux ne voudront point... Hé quoi, quelqu'un s'avance.
C'est la Reine, elle cherche à me voir hardiment.
Suis-moi, cher Exutoire, en mon appartement.

Intermède chanté (sur l'air du « Duc de Chevreuse »)
« Jusqu'à sa cuirasse, ayant tout perdu,
D'Orient, Antoine est retourné vaincu.
En triomphateur, de tous acclamé,
Vite, roi d'Egypte il se fait proclamer!
« Je suis un héros! »
« Fanfaron! " lui répond l'écho.

«  Cléopâtre attend dans Alexandrie
Pour le couronner, l'général de sa vie;
La réalité n'est pas ce qu'on croit:
D'un mauvais stratège on ne fait pas un roi.
« La reine a tout faux!"
« Ça, c'est vrai", répondit l'écho!

Scène 4
CLEOPÂTRE, ZOE

ZOE
Madame, il me souvient de ce jour sans pareil
Où ma Reine, brillant de l'éclat du soleil,
Pour éblouir Antoine, à bord de sa galère
Met à Tarse le pied et parvient à lui plaire.

CLEOPÂTRE
Antoine, de César pâle succédané,
N'est qu'ombre de lui-même au fond du cabinet.
Mieux vaut pour lui croupir en ce lieu de ténèbres
Que marcher à côté de ses pompes...

ZOE
                                                                     ...funèbres;
Ah, d'un siège percé, ce trône est le pendant!

CLEOPÂTRE
Pour l'amour de l'Egypte, il faut être prudent.
Ce faux brave me lasse, il m'a trop bien trompée.
Tel se prend pour César qui ne fut que Pompée.

ZOE
Quoi! Vous pompâtes, Reine...?

CLEOPÂTRE
                                                                                                     Oui, Zoé, j'ai tari
Les forces d'un héros auquel rien ne sourit
Sauf à tourner toujours vers moi sa bouche avide.

                                          ZOE
La Reine l'ensorcelle!

CLEOPÂTRE
                                                                                   Elle a pris quelque ride...
Mais il faut bien qu'un jour l'âge règne en vainqueur.

ZOE
Le temps est sans pouvoir sur un si noble coeur!
Et puis, l'Egypte entière à vos lois est soumise!

CLEOPÂTRE
Zoé, quelle espérance aujourd'hui m'est permise?
César m'avait promis un prestigieux destin,
Je parus sur son char, moins Reine que butin.
Oui, « butin de César », c'est ainsi que l'on nomme
La plus noble en Egypte et la plus vile à Rome.

                                      ZOE
Auguste est jeune encor. S'il vient à vous aimer,
Les Romains contre nous cesseront de s'armer.
Isis et Jupiter, que votre orgueil offense,
En cet heureux hymen oublieront leur vengeance.
Et d'une telle union, quel prix voudriez vous
Meilleur que caresser des noeuds encor plus doux?

      CLEOPÂTRE
La déesse a puni mon erreur criminelle
De comparer ma gloire à sa gloire immortelle.
J'ai cru pourtant fléchir son courroux rigoureux
En vouant son autel au souverain des dieux.

                                                       ZOE
Au puissant Jupiter, les mortels veulent plaire.
A son nom, Isis même apaise sa colère.
Peuples, vivez en paix, vos malheurs sont finis.
L’Egypte cessera de trembler pour ses fils
Et toujours redouter la Fortune cruelle.
Elle amène céans la Concorde avec elle.

Intermède chanté et dansé (Menuet du « Bourgeois Gentilhomme »)
« Chantez, gens d'Egypte, à la paix retrouvé-é-é-e
Dansez, flots du Nil: cette terre est sauvé-é-é-e!
Peuples soumis, c'est jour de fê-ê-ê-te,
Dressez l'échi-i-i-ne, levez la tê-ê-ê-te,
Réjouissez-vous de tout coeu-eur!

« Louez, bons sujets, la plus noble des rei-ei-ei-nes,
Célébrez l'hymen qui met fin à vos pei-ei-ei-nes,
C'est la fin d'une époque som-om-bre
Accourez tou-ou-ous, venez en no-om-om-bre,
Acclamez votre empereu-eur!

                                                     CLEOPÂTRE
Mais pourquoi ce funeste et noir pressentiment ?
On vient. Quelqu’un surgit en mon appartement.

                                                       Scène 5
                                           LES MÊMES, ANTOINE

                                                        ANTOINE
Madame, c’en est trop, je ne souffrirai point
Qu’Auguste pour vous plaire apporte tant de soin.

                                                      CLEOPÂTRE
Dans un gouffre mortel la passion précipite
Votre rival qu'hélas, la démesure incite
A ne prévenir point des malheurs aussi grands.

                                                         ANTOINE
Une parole aimable est tout ce que j’attends.
Madame, n’ayez crainte, Antoine est là qui veille :
Au port d’Alexandrie, une escadre appareille
Et j'ose défier Rome et son Empereur !

                                                      CLEOPÂTRE
En bravant son pouvoir, vous êtes dans l’erreur.
Un excès de vaillance à présent vous abuse.
Mieux que par vos légions, parvenez par la ruse :
Souvenez-vous Seigneur du mystérieux colis
Que l’on porta de nuit à César: un tapis
Dans lequel votre Reine était dissimulée.
Méfiant, il consent qu’enfin soit déroulée
Cette natte : il redoute un piège qui n’est pas.
Je saute du tapis en riant aux éclats.

                                           ZOE
Voici comment, Seigneur, Cléopâtre elle-même,
Pour voir l’Imperator, usa d’un stratagème…

                                                         ANTOYNE
Dans un rets trop subtil on se laisse enfermer !

                                                        CLEOPASTRE
Je vous dis: « Renoncez, Antoine, à vous armer! »
Songez qu’il eût suffi pour refaire l’Histoire
Que mon nez fût plus court et qu’un tel accessoire
Enlaidît mon visage !

                                                          ANTOINE
                                        Aux yeux de son amant,
Le nez de Céopâtre est un objet charmant.
Vous régnez sur un cœur qui je pense en vaut d’autres.
Même si mes talents brillent moins que les vôtres,
Acceptez pour le moins l’hommage qu’on vous doit !

                                                       CLEOPÂTRE
Un piètre capitaine est tout ce que je voi.
Je vous souhaite bon vent.

                                                          ANTOINE
                                         Je pars puisqu’on l’ordonne!
J’obéis humblement au signe qu’on me donne.
Chassé de votre vue, il me faut pour toujours
Vous souhaiter de trouver ailleurs d’autres secours.

                                                         CLEOPÂTRE
Laissons là des regrets qui pourraient trop s’étendre :
Ne me dites plus rien, je ne veux rien entendre.
Tel est notre destin, il faut nous séparer.
Partez, Antoine !

                                                        ANTOINE
                                                       Ô ciel !

                                                      CLEOPÂTRE
                                                                    Partez sans différer.

                                                         ANTOINE
Je ne connais que trop ce cœur inébranlable…
Vous affronterez seule un péril redoutable !

                                                       CLEOPÂTRE
Vous n’avez dit que trop ces choses clairement.

                                                         ANTOINE
Madame, je retourne en mon appartement.

Intermède chanté (variation sur le thème « Ah! Vous dirai-je maman! »)
Ah! Vous dirai-je, seigneur,
Ce qui cause mon malheur?
Depuis qu'Antoine parade,
Je crains fort la débandade,
Mais Auguste assurément,
Ferait un meilleur amant.

                                          Scène 6
                               AUGUSTE, CLEOPÂTRE

                                                   AUGUSTE
                     Vous ici ?                            

                                                     CLEOPÂTRE
                                              Je ne puis déguiser mon erreur,
J’allais au Cabinet, et non chez l’Empereur.
Quand le tourment saisit, et qu'il prend à l'entraille
La triste Cléopâtre, où voulez-vous qu'elle aille?

                                                        AUGUSTE
C'est trop vous abaisser! Croyez-vous qu’en ces lieux,
Pour de pareils appas, Auguste n’ait des yeux ?

                                                     CLEOPÂTRE
C'est qu'au soleil du Nil, tout gorgés de lumière
Ces doux fruits ont mûri. Tâtez-en!
                     
                                                        AUGUSTE
                                                         Je l'espère…!
Au vu de tels objets, on se prend à rêver,
Que l’automne sur eux ne saurait arriver !

                                                     CLEOPÂTRE
C'est le propre, Seigneur, des amants véritables
Que de s'attacher même aux objets périssables.

                                                      AUGUSTE
Reine, n'espérez oint que, vous faisant la cour,
Je prononce aujourd'hui de trompeurs mots d'amour
Ni que, brûlant pour vous, mais n'osant vous le dire,
J'use de vains détours pour enfin vous instruire
De ce que vous croyiez être mes sentiments:
On peut à moindres frais passer de doux moments!

                                                    CLEOPÂTRE
Prince, en dépit des ans, je voulus être celle
Qui conquerrait Auguste, aimable et toujours belle,
En offrant la corbeille et les fruits que voilà!

                                                       AUGUSTE
Tout doux, Reine! Je flaire un piège sous cela.
Avant que d'en tâter, permettez que l'on sache
De quels fruits il retourne et quel serpent s’y cache.

                                                    CLEOPÂTRE
L'aspic est un ami; n’ayant d’autre recours
Je pourrais, grâce à lui, mettre fin à mes jours...

                                                       AUGUSTE
On ne peut vous souhaiter une fin si cruelle :
A vous dissuader j’apporterai mon zèle.
Du drame qui se joue, attendons à la fin:
Si la bête périt, il mourra le venin.
Mais avant de pleurer le sort de Cléopâtre,
Gardons-nous de donner trop tôt la clef au pâtre.
Tel est de l’Empereur l’ultime compliment !

                                                CLEOPÂTRE
Souffrez que je retourne en mon appartement.

Choeur final (air du menuet de « Don Giovanni »)

C'est le tragique dénouement
  D'une longue aventu-u-u-u-re
  Auguste sait être clément,
  Sa colère ne du-u-u-re
que jusqu'au juste châtiment
(2ème. Voix) ...oui, châtiment...
D'une reine perfi-i-i-i-de
C'est ainsi que finalement,
Les Parques en déci-i-i-dent.

Antoine, d'un fer se frappant,
Succombe à sa blessu-u-u-re,
Cléopâtre, d'un serpent,
Préfère la morsu-u-u-re.
Mais l'Histoire éternellement
(2ème voix) ...éternellement...
Retient les baiser torri-i-i-i-des
De la Reine et de son amant.
C'en est fait des Lagi-i-i-des.