Le vent soufflait. Il formait de longues bandes ondulantes sur l'herbe. Il jouait avec les feuilles de l'arbre. Elle pouvait l'entendre de là où elle était. Oui, elle pouvait entendre cette petite musique intérieures sylvestre. Elle ne pouvait résister à cette musique qui se transformait en histoire que seule,elle pouvait entendre. La nature ne lui avait pas donner le sens de la parole, elle avait préféré lui donner celui de l'écoute. Elle se mit à courir et monta très vite sur la colline. Elle enlaça son cher platane. Le vent se fit plus insistant. Il faisait voleter sa robe ample blanche de lin. Ses longs cheveux rouges bouclés dansaient autour d'elle au rythme imposé par le vent. Tout contre son arbre, elle puisait la force qu'il trouvait si enraciné. Elle les sentait ces racines, venir de loin, par delà du temps, par delà les histoires. Elle leva les yeux, elle vit les branches solides et fortes. Elle s'accrocha et peu peu arriva sur la plus haute des branches. Elle était heureuse. Elle sentait couler dans ses veines la vie. Elle était libre, elle voulait être encore plus libre. Elle sauta.

Un bruit sec,des insultes qui fusent.

Clarika se releva. Le sol en béton était d'une froideur. Sa dureté l'avait blessée. Mais aucune blessure n'était trop intense face à sa souffrance d'être là, dans le noir, derrière les barreaux, dans cette prison inhumaine. Condamnée à vivre cet enfermement loin de la brise, du soleil, loin de son arbre.

Qui pouvait l'entendre crier ? Grand-père n'était plus là. Ils n'avaient pas attendu ces charognards pour tout bazarder. Elle ne voulait pas perdre cet arbre, son arbre, l'arbre du père de son grand-père. Elle s'était enchaînée aux grilles de la maison familiale après avoir bousillé la voiture de ce promoteur. C'était pour elle le seul moyen de se faire entendre pour crier sa douleur, son désespoir, sa rage. Elle s'était débattue quand les policiers l'avaient emmenée. Son voisin, toujours à l'affût, l'appareil photo à la main, avait saisi cet instant. La photo avait été publiée dans le journal du coin, en première page en plus. On pouvait la voir les cheveux en bataille, le tee-shirt déchiré laissant voir son épaule, la tête tournée en arrière, son regard mêlé de tristesse, de souffrance et de désespoir qui contrastait avec le tatouage coloré de l'albatros incrusté sur son épaule. Elle avait été jeté là en pâture avec toute son histoire.

Clarika s'approcha de l'unique fenêtre, ce seul espace qui lui laissait entrevoir un coin de liberté. Elle resta là à observer la nuit défiler, le soleil se lever. Avec le matin, l'interminable train train reprenait. Mais ce matin-là, son train train à elle fut interrompu par cette visite. Il était là, lui cet homme célèbre, bouleversé par son regard,ce même regard que sa fille si tôt disparue lui avait lancé. Il voulait l'aider, la sauver, faire ce qu'il n'avait pas pu faire pour sa fille. Clarika regardait cet homme étrange qui courait derrière un vain espoir pour lui mais un espoir pour elle Clarika. Quelque soient les raisons de cet homme, elle attrapa la main qui lui tendait.

Grâce à lui, elle sortit de prison. Le jour de sa sortie, il était là. Il amena voir son arbre sauvé. Ils laissèrent la voiture et finirent le chemin à pied. Déjà elle entendait le vent dans les feuilles qui lui racontait sa propre histoire, celle de cette petite fille courageuse qui avait sauvé son arbre. Lui aussi entendait le vent dans les feuilles, mais lui entendait la voix de sa fille lui dire à quel point elle aimait et qu'elle était fière de ce qu'il venait de faire.

Main dans la main, ils arrivèrent jusqu'à l'arbre. Une fois arrivés, il comprirent qu'ils venaient de se trouver.