Nous sommes arrivées dans ce havre de paix, un lieu du bout du monde alpin, après un trajet éprouvant via l’incontournable autoroute vers Grenoble, le carrefour de Vizille, etc…Ce, le troisième samedi du mois de juillet. Vous aurez compris.

 

 

 

 

            Le village où nous allons séjourner est un hameau avec Histoire et patrimoine, à l’écart de la route nationale qui mène au col du Lautaret.

Mon objectif est de partager avec ma fille la splendeur de l’Oisans (torrents, cascades, sommets) mais surtout la proximité de ce sublime massif de la Meije, vu depuis le village de la Grave.

 

 

 

 

            Nous résidons dans une Auberge, ancien bâtiment de ferme aux murs d’une épaisseur impressionnante et au mobilier ancien émouvant. Choisie sur Internet, notre chambre, particulièrement spacieuse, est dénommée ‘’le Menuisier’’, dont les instruments de travail sont présents ‘en chair et en os !’ sur les murs.

 

 

 

            Nous sommes d’emblée, je crois pouvoir le dire, séduites par le calme, la lumière, les couleurs contrastées du ciel (d’un bleu qui nous rappelle le Queyras en hiver, ce ‘bleu Risoul’ vénéré sur les pentes de ski !), des rochers sombres du Grand Pic, soulignant la blancheur des glaciers qui défendent l’accès à la Barre, depuis le village de la Grave : la Meije, montagne mythique, réservée aux privilégiés maîtres du grand art qu’est l’alpinisme.

 

Nous la contemplerons, admiratives et envieuses car elle n’est pas pour nous, du tout, même si Elle ne franchit pas……la barre des quatre mille mètres.

 

 

 

            Vingt quatre heures de pluie ont lavé le ciel mais permis des visites : villages voisins en altitude (où nous reviendrons en fin de journée pour nous désaltérer…..) et shopping en vallée.

Puis la première journée de marche en montagne. Ce pourquoi nous sommes venues bien sûr, avec espoirs pour chacune : six cent soixante dix mètres de dénivelé pour mettre à l’épreuve et triompher d’un genou – soumettre son souffle à la pente – trouver et adopter son rythme, celui qui donne le plaisir de monter, l’allégresse de descendre (expérience qui met en jeu des sensations très différentes).

 

 

 

            Mais qui parle, ici, de rythme ?

            Mon sac à dos dont le poids est pourtant réduit à l’essentiel - anorak, gourde de thé sucré, biscuits – me paraît pesant ! Les cailloux font exprès de se glisser sous mes semelles. Je trébuche tous les vingt pas, rugis, jure, ai honte. Mon cœur bat la chamade, je dois respirer à fond tous les cinquante mètres, m’arrêter pour retrouver mon équilibre tous les cent (je ne parle pas en mesure de dénivelé mais en mètres linéaires…..), tant de vertiges me font tourner la tête – une tête vidée, et un cœur (un estomac ?) au bord de la nausée.

 

 

 

            Au bout d’une heure et demie de ce calvaire je n’ai qu’un désir : pleurer, m’écrouler. Cette floraison de jardin d’Eden ne m’est d’aucun secours. Souffrir au sein de pareilles merveilles, terrestres en bas, célestes là haut, me semblent une cruelle ironie de Mon Sort.   

            Prête au ravissement, je sombre dans un total désarroi : colère, surtout contre moi, l’imprudente, l’imprudente qui s’est lancée comme une novice, sans une once de préparation, à l’assaut d’un Lac, aussi spectaculaire soit-il (j’en ai vu d’autres !....).

Ou serais-je trop vieille pour ce genre de plaisir ? Vais-je devoir renoncer aux grimpettes, le sel de ma vie?

 

 

 

Trois boucles plus haut, ma fille fait de grands gestes à mon intention ; je suis bel et bien écroulée sur un tapis…..de fleurs sauvages et multicolores. J’interprète : ‘’arrête toi ‘’ ; mi heureuse, mi soulagée, je ne demande que ça. Vais pouvoir admirer saxifrages et renoncules.

 

 

 

Brigitte m’a confié qu’en effet la pente était redoutable et le lac très beau.

Je suis fière de ma fille et de son genou, fidèle cet été.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                                  Yvonne Libmann