Avis de décès, par Marcelle Laurent, épisode 4

 Alexandra R. était tombée de cheval et portait un plâtre à sa jambe gauche. Elle devait aller à Paris faire un moulage de son visage et avoir sa statue en cire au musée Grévin ! Elle trouvait ça un peu loufoque mais puisque c’était dans l’air du temps…Pas simple de se déplacer avec un plâtre.

«Je serai dans l’Hérault pour quelques jours, je peux passer faire le moulage » proposa le spécialiste.

Et c’est sur lui que tomba Joël, le collègue de Léonce, à l’exposition de photos sur les enfants du monde. « Tu exagères Léonce, tu aurais pu me dire que tu y allais, on y serait venus ensemble ». L’homme l’avait toisé, avant de répondre : « Je ne suis pas Léonce et je ne vous connais pas »

« Te fous pas de moi en plus ! »

« Je ne suis PAS Léonce ! Vous m’ennuyez monsieur »

Interloqué, Joël l’avait laissé passer se disant, après réflexion, que le collègue Léonce l’aurait rembarré bien plus crûment !!! Mais il enquêta sur ce sosie. Il sut très vite que ce monsieur était, un certain Léon Lorrenzzi et qu’il faisait les moulages pour le musée Grévin ! Il appela illico Léonce.

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 Le portable de Léonce sonna juste comme il levait son verre, à la fois à la mémoire de Léo qu’il avait connu grâce à Internet via Joël, et à la santé de Lino, là, dans cet appartement où ils se sentent bien, tous les deux. Léonce laissa échapper un « non ! » et faillit renverser son verre sur le tapis du salon.

- Qu’y a-t-il ? demanda Lino en sursautant.

Léonce lui fit signe de se taire. Quand il raccrocha, il se passa la main sur la figure avant d’annoncer :

-C’est Joël qui appelle, je vous ai déjà parlé de lui, En allant voir une exposition de photos, je n’ai pas bien compris où, il est tombé sur un gars qu’il a pris pour moi  et qui s’appelle Léon Lorrenzzi ! 

- Ah ?

- Ce Lorrenzzi est mouleur pour le musée Grévin. Il vit à Paris. Il vient pour faire un moulage de notre miss France et pour rencontrer le directeur du musée Fabre : il souhaiterait y louer une salle pour exposer ses statues de cire.

…….

- Bon, dit Lino, nous irons le voir au musée, n’est-ce pas ? Et tant que nous y sommes, pourquoi ne pas inviter le peintre d’Angoulême ? Si toutefois vous, enfin si tu avais ses coordonnées…

Léonce les avait. Après avoir fait ensemble la synthèse de cette histoire peu banale, ils conclurent qu’il fallait les réunir, ces Lorrenzzi, et mettre en commun ce que chacun savait. Après ? Ils verraient !

Quelques jours plus tard, Léonard arrivait d’Angoulême. Léonce et Lino n’eurent aucun problème pour le reconnaître : il portait un imperméable gris dont il nouait la ceinture à droite et sa tête était coiffée d’un feutre qu’il inclinait du même côté !

Désormais, ils étaient trois dans l’appartement. Ils prenaient le temps de faire connaissance. Quand Léon Lorrenzzi les avertit qu’il serait au musée Fabre mardi, ils s’y rendirent avec la certitude que les pièces du puzzle se mettaient en place. Evidemment Léon tomba des nues ! Joël l’avait mis au courant, mais c’était tout autre chose que de voir sa propre image, en trois exemplaires, en face de soi !

Voilà, ils étaient quatre, comme les mousquetaires. « Un pour tous, tous pour un ! »

Ils montaient les marches vers l’appartement. Le jour s’effaçait. Le couloir était peu éclairé. Ils virent un homme fouiller dans la poche de son jean et en sortir une clef qu’il tenta d’insérer dans la serrure.

Eux, les nouveaux mousquetaires s’étaient arrêtés dans l’escalier. Ils regardaient tous l’homme qui voulait entrer dans l’appartement.

« Un cambrioleur ! » Murmura Lino avant de foncer tête baissée suivi par les trois autres.

Je ne vous raconterai pas la mêlée qui s’ensuivit. Ils maîtrisèrent leur suspect et le portèrent à l’intérieur. Il braillait autant qu’il pouvait. « Qu’est ce que vous foutez chez moi ? » réussit-il quand même à dire, courroucé et se débattant comme un diable.

Ils l’assirent de force dans un fauteuil et le regardèrent enfin.

- Comment chez vous ?

- C’est chez moi, ici, alors lâchez-moi et déguerpissez avant que je prévienne la police !

Lino s’approcha : « le locataire de cet appartement est mort et enterré ! Léo Lorrenzzi est décédé. »

- Ah non ! Léo Lorrenzzi, c’est moi. Et je ne suis pas mort ! On m’a volé mon imperméable et tous mes papiers dans le train. Le Léo Lorrenzzi mort, c’est sûrement mon voleur !

Lino alluma la lumière et le calme revint. Lino, Léonard, Léonce et Léon examinaient le visage du soi-disant Léo qui les regardait, les yeux ronds et la bouche ouverte.

- Dieu du ciel, murmura Léon, nous sommes cinq!

- Et vous autres, qui êtes-vous ? Interrogea Léo qui reprenait ses esprits.

Force leur fut de raconter, chacun à son tour, chaque rencontre et chaque étonnement. Ils prirent leur temps, assis autour de la table, devant une bière bien fraîche. Ils étaient comme des camarades se retrouvant après des années d’absence, le tutoiement était venu tout seul, ils étaient à la fois surexcités et terriblement contents. Le chien passait de l’un à l’autre en poussant de petits gémissements.

Léo se tourna vers Lino. « Si les premiers cambrioleurs ont fait main basse sur ma télé, sur l’ordinateur et quelques bricoles, les seconds, dont tu as senti le passage cherchaient tout autre chose. » Il se dirigea vers un petit cagibi masqué par un rideau et en revint avec un cahier. « C’est ça, qu’ils cherchaient, j’en suis sûr. »

Il leur expliqua que depuis quelques temps il avait l’impression d’être suivi. Plus précisément, depuis qu’il connaissait l’existence de Léonce et avait correspondu avec lui par mail. Il avait donc commencé à noter ce qui lui paraissait bizarre, et à chercher sur Internet. « Je vous avouerais que je ne savais pas trop quoi chercher mais ma curiosité a alerté des gens. Pourquoi ? Qui sont-ils ?

Ils passèrent les jours suivants à chercher des réponses à leur énigme ! Et eux- même, qui étaient-ils, finalement ?

Qui cherche trouve, dit-on. Effectivement, leurs recherches débouchèrent sur des enfants clonés, dans une ferme, quelque part en Ecosse, dans les années 77/78.

Ils contactèrent un avocat : Moi.

Maintenant, l’affaire étant entre les mains de la justice, je ne peux en dire davantage sans trahir le secret de l’instruction.

Apprenez, tout de même, que quand ils ont quitté le tribunal, après la première audience, au bas des marches les attendaient six petits garçons identiques ! Le clonage semblait en plein essor. Et ce qui fit rire Lino jusqu’aux larmes, c’est un chiot tout gris, traînant, comme il le pouvait, une main en bois, chipée, pas plus tard que tout à l’heure, au président du tribunal !!!

 Marcelle. Fin 08/ début 09.

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