La cigale, ayant chanté

tout l'été...

CICADE


« Pourquoi la musique existe-t-elle, sinon pour apporter secours au plus malheureux,

pour le sauver des pires circonstances, rendre son coeur à celui qui l'a perdu ? »

William SHAKESPEARE, « La Tempête ».


 Onze juillet. Pierrot vient de me présenter sa nouvelle « conquête » : une « jeunesse », comme il dit, une citadine draguée une semaine auparavant à la terrasse du « Cap Tramontane ». 

 Là, bien sûr, je galèje : ce n'est pas tout-à-fait ainsi qu'il m'a présenté « l'estrangère ». Rose ne serait, à l'en croire, qu'une relation professionnelle, au plus une vague connaissance. Il s'agit, m'a-t-il dit, d'une journaliste de passage. Elle effectue un court séjour à Laroque en vue d'un reportage sur l'ancienne frontière. Reportage mon oeil ! Je rigole en douce et fais semblant de croire que cette belle fille ne l'accompagne qu'à fins documentaires. Entre elle et sa caméra numérique, je me demande laquelle des deux est la plus « Canon ».

 « Alors, comme par hasard, c'est vers toi qu'on l'a drivée... » observé-je sans sourciller.
  - On ne peut rien te cacher, Magali !

 Rien ne m'échappe, effectivement. Surtout pas l'expression de bonheur qui se lit sur son visage. Pierrot, « la lièvre », comme on le surnomme ici, est assez grand pour savoir ce qu'il fait. Qui reprocherait à quelqu'un d'âge mûr, lorsque approche la Toussaint, de « mettre Pâques avant Rameaux » ? Autrement dit, de vivre « à la colle ». Les jeunes le font bien ! Pierre a cela pour lui que c'est un bon gars, je le connais depuis toujours ou presque. A l'école du village, mes deux enfants ont été en classe avec lui. Forcément, cela crée des liens...

 Car, voyez-vous, Laroque est un petit pays.

 Au fait, la date affichée sur mon carnet - celle du onze juillet - correspond à un samedi, c'est le jour du « pot d'accueil » des nouveaux arrivants. Cela fait des années que notre association organise des rencontres de ce genre avec les « estrangers » (c'est le mot qu'on emploie).

 Oh, rien de très conséquent, ni de bien ambitieux ! Cela consiste à lever le coude autour d'un poignée d'amandes et d'olives, à la santé de Laroque et de ses habitants.

 Au reste, l'apéritif et autres amuse-gueule ne reviennent pas bien cher à l'Assoc' :  la Coopérative viticole fournit le Grenache et le Muscat, nous ajoutons quelques jus de fruits et autres sodas, à l'intention des enfants et de ceux qui conduisent. On est priés de ne pas chauffer les chauffeurs, entendez : ne pas pousser nos invités au vice lorsqu'ils prennent le volant. Au-delà d'un verre ou deux, mieux vaut faire attention ! Le gendarme veille ! Même si la Brigade de Laroque est réputée débonnaire, tout a ses limites.

 Ce qui compte pour nous, à « Laroque Accueil », c'est que d'une manière ou d'une autre, le contact s'établisse entre vacanciers et autochtones. Personne ne doit rester à l'écart, même celui ou celle qui n'est là que pour un mois, voire une semaine ou deux. Dans un ghetto pour touristes, les vacances ne vaudraient pas la peine d'être vécues.

 L'important, dans la vie, c'est de frayer avec les autres, faire la blague, tchatcher... que sais-je ?

 Les jours de cers ou de marin - Dieu sait qu'ils sont nombreux ici - la baignade n'est pas des plus agréables. D'ailleurs, même par beau temps, on ne peut pas faire que ça. La planche à voile est une activité qui marche bien sur l'étang, mais il faut avoir les reins solides et une colonne vertébrale à toute épreuve, ce n'est pas le cas de tout le monde. A Laroque, nous recevons des visiteurs de tous les âges, des jeunes comme des aînés. Nous avons le souci de leur proposer une gamme d'activités variée et qui favorise l'échange avec la population locale. Cela va du club de bridge à la peinture sur verre ou sur soie, en passant par la randonnée et de Taï-chi. Nous organisons des soirées contes et sorties en commun : elles tournent autour de la découverte du patrimoine et des expositions de l'été.

 Quant à ceux ou celles (il y en a) qu'aucune activité ne tente, ils peuvent toujours venir nous aider... ne serait-ce qu'à à tartiner des canapés.

 Toutes les compétences sont requises, tous les talents sont les bienvenus chez nous.

 Les accros à la bronzette ont la possibilité d'emprunter des livres, et de les lire sur la plage si ça leur chante.... à condition de prendre garde aux grains de sable qui se glissent insidieusement entre les pages ! Moi, Magali, j'en parle en connaissance de cause, car j'anime la bibliothèque de prêt, nous disposons à Laroque d'un fonds régional important. On y trouve tout sur tout, du simple roman de gare aux ouvrages les plus savants sur les troubadours, les châteaux cathares, et patin couffin.

 C'est d'ailleurs à ce titre que la journaliste est venue me contacter. Nous avons tout de suite sympathisé. Premier motif de connivence : c'est la copine de l'instit', donc j'applique l'adage connu : « Les ami(e)s de mes amis sont mes amis ». Sauf bien sûr quand la jalousie s'en mêle, mais ce genre de sentiments n'a pas cours entre Pierre et moi. Seconde (bonne) raison : cette fille a beaucoup lu, s'intéresse à tout, et ça se voit. J'ouvre une parenthèse pour admettre au passage qu'elle est plutôt mignonne. Cela ne fait rien à l'affaire, au demeurant ce n'est pas à moi d'en juger. Tout de même, en peu de temps, c'est un fait qu'elle lui a sacrément tourné la tête, à notre instit' ! [Fin de parenthèse.]

18 juillet : La semaine est passée, une fournée d'estivants succède à la précédente. Pierre et Rose sont à nouveau des nôtres. Le même climat d'euphorie règne entre eux. On sent que ces deux-là  vivent d'amour et d'eau fraîche, ils débordent d'activité. Je me demande bien laquelle, d'ailleurs, car il n'y a pas d'apparence que le reportage de Rose sur l'ancienne frontière avance à pas de géant ! 

 A ce qui se dit, l'instit' et la journaliste se sont déjà rendus « sur site » à Périllos, ils y sont même demeurés ensemble au moins deux ou trois jours. Je ne suis pas avide de détails croustillants, mais c'est ce qui s'appelle « avoir le goût du terrain » - ou je me trompe fort !

 Rose a ramené de son équipée quelques bonnes courbatures et une cigale sur son chemisier. Cette bestiole s'accroche à elle, manifestement elle ne veut pas la quitter. Qui plus est, elle chante sans arrêt. Pas étonnant que ma nouvelle amie ait droit au surnom de « la Cicade », cela sonne toujours mieux que l'horrible qualificatif de « clapassienne ».

 « Tous comptes faits, suggéré-je, vous pourriez, en tant que journaliste de passage, contribuer sous ce pseudonyme à notre bulletin municipal.
  - C'est une bonne idée, répond-elle, mais de quoi voulez-vous que je parle ?
  - Oh, de tout et de rien. Vous consigneriez des impressions, des croquis pris sur le vif, les menus détails qui font  la vie locale au quotidien...
  - O.K. J'accepte. J'appellerai cette chronique :
« Potins couffin ». Mais ne ne comptez pas que j'y consacre beaucoup de temps. J'ai mon article à terminer et, pour ce faire, une abondante documentation à réunir...
  - Je suis là pour vous aider !

 Pendant que Rose commence à fureter dans les rayons de la Médiathèque, je lui fournis les clés de recherche. En se donnant un peu de mal, on trouve beaucoup de choses en rayons. Il faut vous dire  que ces bouquins spécialisés ne sortent pas souvent. D'ailleurs, nous n'avons pas fini de les indexer. Au cas où « la Cicade » disposerait d'un peu de temps libre (on ne sait jamais) elle pourrait nous donner un coup de main pour les passer en informatique. Il suffit d'avoir quelques notions de documentalisme et de savoir bidouiller sous Access.

 « Ce ne serait pas de refus, fait-elle, mais avec la meilleure volonté du monde, je ne pourrai pas faire grand chose, ma location se termine le 25 ».
  - Ah, fais-je d'un ton faussement détaché, c'est Pierrot qui sera déçu !
[ cette phrase m'a échappé, j'essaie de me rattraper...] Si vous vous plaisez parmi nous et au cas où ce ne serait qu'un problème de location, pas de  souci ! « Laroque Accueil » s'occupe aussi de l'intendance.
  - Je vous remercie, répond-elle en souriant, mais ce ne sera pas la peine. En tant que journaliste, j'ai très peu de vacances. Fin juillet, je dois porter mon projet d'article à la Rédaction du Réveil. Début août, je m'envole pour le Bachibouzoukistan...
  - Sans indiscrétion, qu'allez-vous faire dans ce pays réputé peu hospitalier ?
  - Mon métier. Je dois couvrir le conflit entre les Vazys et les Vatans. Deux ethnies rivales qui n'en finissent pas de s'entretuer.
  - Excusez mon ignorance... Lesquels sont les Bons, lesquels sont les Méchants ?
[ Elle hoche la tête d'un air dubidatif : ]
  - Si je le savais....
  - Vous n'avez pas peur qu'une balle perdue vous atteigne ?
  - Oui et non. On ne meurt qu'une fois. L'information passe avant tout. Vous savez,
depuis le début de l'année, il y a déjà trente journalistes qui ont quitté le Bachibouzoukistan les deux pieds devant. Alors, un de plus ou de moins pour se faire descendre là-bas, voilà qui passe au compte pertes et profits.
  - Tout de même, il faut penser à ceux qui restent.
  - Je ne laisse personne derrière moi.

[ Là, je pourrais lui dire que j'en connais au moins un qui la regrettera, mais pour un coup, je ne rate pas cette belle occasion de me taire. ]


25 juillet : La date fatidique vient d'échoir, la journaliste ne fait pas mine de partir : il faut que j'éclaircisse ce mystère.
Justement, la « Cicade » est passée hier soir à la Médiathèque. Elle m'a remis, comme promis, sa chronique hebdomadaire et me demande le prêt, devinez de quoi... d'un traité de toponymie occitane. Un sacré pavé, je vous jure, il faut sacrément assurer pour avaler tout ça.

 « Oh, fait-elle modestement, je n'ai pas l'intention de tout lire, c'est juste pour vérifier l'origine de quelques noms de lieux sur le tracé de l'ancienne frontière... »
[ Pas besoin qu'elle m'en dise plus. Je me rends compte, à l'entendre, que Pierre Raymond l'a déjà bel et bien formatée. ]
  - Au fait, reprends-je perfidement, aurez vous le temps de finir votre article avec ce projet de voyage au Moyen-Orient  ?
  - Mon voyage est différé, répond-elle sans amertume excessive, je ne compte pas obtenir le visa nécessaire avant la mi-septembre.
  - Eh bien c'est tant mieux, vous resterez un peu plus parmi nous.. Pour ce qui est de  l'hébergement, mon offre de vous trouver quelque chose au village tient toujours....
  - Oh, ne vous inquiétez pas pour mon relogement....

 [ A la lueur qui passe dans son regard, je comprends que ce problème bassement matériel est résolu d'avance. La maison de l'instituteur, rue Cope-gambe, est proche de la mienne. Au moins, Pierrot ne passera plus ses nuits seul. Je m'en amuse in petto, pensant au capharnaüm que Rose va découvrir chez lui. Passé les premières extases, en voilà une qui serait bien avisée de dresser l'autre à ranger chez lui et de lui apprendre à faire le ménage. ]

8 août : Pierre et Rose passent pour inséparables, au village on ne voit qu'eux et partout, leur bonheur d'être ensemble crève les yeux. Patience, les petits... Vos cachotteries me font sourire. Vous avez beau tenter de faire discret, c'est peine perdue. Derrière les fenêtres aux persiennes closes, les yeux ne manquent pas pour vous guetter.

 En ce qui me concerne, j'ai horreur des ragots, mais ne laisserais passer pour rien au monde une occasion de taquiner mon collègue :

 « Alors, il paraît que tu « fréquentes », Pierrot ?
  - Je ne vois pas de quoi tu veux parler....
  - Mais de
« l'estrangère », qui d'autre ? Difficile de ne pas être au courant ! Tout Laroque en jase !
  - Eh bien, fait-il avec humeur, que les gens cessent de cancaner. J'ai droit à ma vie privée, non ?
  - Quant à ça, personne ne le conteste, sur tout pas moi. Je pense même que ta journaliste est une belle touche, profites-en Pierrot !

[ Il veut bien l'admettre, mais ajoute avec un brin de mélancolie : ]
  - Si au moins ça pouvait durer !
  - Mais cela ne tient qu'à toi, rétorqué-je. Je veux dire : à vous deux !


22 août : La chronique hebdomadaire de Rose est joliment troussée, elle connaît auprès des résidents comme des touristes un vif succès, tout le monde s'arrache dès sa parution le bulletin municipal. Les autochtones rient sous cape, car ils identifient fort bien la « Cicade ». Les autres s'interrogent pour savoir qui se cache derrière ce mystérieux pseudonyme. Dommage que Rose doive nous quitter à la mi-septembre, car elle pourrait aussi animer notre atelier d'écriture....
Mais là, je rêve, je fantasme carrément.

29 août : Ce coup-ci, je déclare forfait ! En moins d'un mois, l'insatiable curiosité de notre visiteuse a épuisé le stock des livres disponibles à la Médiathèque sur le Catharisme. Dieu sait pourtant que le nombre de références que nous avons sur ce sujet ! Rose est à présent incollable sur le consolamentum, la réincarnation des âmes et tout ce qui s'ensuit. Je lui fais observer malicieusement qu'elle et Pierre Raymond mènent une vie assez éloignée de l'idéal des Parfait(e)s. Elle rétorque que si l'Inquisition n'avait pas inventé la « solution finale » en expédiant les « Bonnes gens » sur le bûcher, leur rejet l'acte de chair eût immanquablement entraîné la disparition de l'espèce....

 Donc, au nom de la nature et du simple bon sens, il faut bien admettre la nécessité de (for)niquer !

 Je ne la contredis pas.

15 septembre : Aujourd'hui, Pierre Raymond s'est rendu seul à la Médiathèque, A son air profondément abattu, je comprends tout de suite compris que Rose s'en est allée. Bien sûr, ce départ était archi -prévu, totalement programmé, mais il ne s'y fait pas pour autant...

 Je tente maladroitement de le réconforter :

«  Elle sera bientôt de retour, va, ta copine ! Sa mission au Moyen-Orient ne va pas durer autant que les impôts !
  - Je sais bien moi, Magali, qu'elle ne reviendra pas. Rose ne supporte plus le climat de Laroque avec l'humidité ambiante et ce vent infernal qui n'arrête pas de lui corner aux oreilles. Et puis, ce village est un univers trop limité pour elle. Elle en a assez des histoires de clocher, des commérages
[ il n'ose ajouter : de moi, peut-être ].
C'est une femme de la ville, comprends-tu, sa vie est ailleurs.
  - Mon pauvre, n
ous aussi, nous regretterons « la Cicade » à « Laroque Accueil ». Sa chronique « Potins couffin » fera même cruellement défaut au Bulletin municipal.
  - Au fait, je ne t'ai pas remis son dernier article
[ il me tend une feuille format A4 pliée en deux ]. Rose a rédigé ce compte-rendu vite fait après le concert du 15 au Théâtre des Garrigues.
  - Tu veux parler du Trio de cordes « Zéphyr » ?
[ employer ici le mot zéphyr est un doux euphémisme, par temps de cers ]
  - Certes. Le morceau s'intitule :
 « Dix septième temps ».
 
« Cigale, sauterelle et grillon : le violon, le violoncelle et l'alto. Stridence et stridulations. C'est le choeur des insectes au coeur de l'été. La rumeur du petit monde issue de la forêt, claire, sèche, lumineuse. Cela commence par une musique légère; une mélodie plaintive, nostalgique. De douces tonalités évoquent le clapotis d'une eau calme. Puis, ce qui n'était que bruit de fond va s'amplifiant. D'abord discrète, la mélopée s efait plus insistante. Au fur et à mesure que la chaleur monte, le chant de la cigale prédomine. L'insecte entre en transes, sa voix se déchaîne en vocalises, décline de bizarres arabesques. L'entrelac rythmique s'enroule tel une liane autour du thème central, lancinant. Un passage musical dont on imagine qu'il n'aura ni début, ni fin."

  - Sans queue ni tête, devrais-tu dire... ce texte alambiqué ne sera pas du goût de nos lecteurs.
  - Le public fera la part des choses. Il s'agissait de traduire un univers sonore, une émotion palpable...  je reconnais cependant que la rédactrice s'est un peu lâchée...
  - Sans doute. D'autant que j'ai l'impression que tu n'as pas tout lu...
  - La fin est de moi. Rose n'a pas eu le temps d'achever son article, elle m'a laissé le soin de le conclure:
« L'amour est à l'image du chant de la cigale, il dure le temps d'un été. »


27 septembre : Jour de deuil à Laroque. Un jour à marquer d'une pierre noire. Le « Réveil » affiche en gros titre à sa rubrique locale : « Chute mortelle de l'instituteur du village ». Comment cet accident stupide est-il arrivé ? « La lièvre » connaissait sur le bout des doigts tous les sentiers qui surplombent Cap Tramontane, il avait exploré jusqu'au moindre recoin de la falaise. D'accord, il s'agit d'un site escarpé, la tramontane soufflait avec une violence inégalée, aucun enfant du pays n'aurait eu l'inconscience de s'aventurer là par un temps pareil. Pierre était d'humeur agitée, que faisait-il seul au bord du gouffre ? Il a péché par excès de confiance en lui. Une enquête de gendarmerie est en cours, je crains que nous ne sachions jamais vraiment ce qui s'est passé.

 Bon. Je vais faire bref. Ses anciens élèves, ses amis de « Laroque  Accueil » ont suivi le convoi funèbre jusqu'au crématorium (j'oubliais de dire que Pierre a demandé à être incinéré). Voilà. La chose est faite. Vanité des vanités, tout est vanité, tout retourne à la poussière: un jour ou l'autre, chacun de nous en arrivera là .

12 octobre : Rose m'a enfin répondu. J'ai eu un mal de chien à la joindre au Bachibouzoukistan via l'ambassade de France. A-t-on idée d'aller se fourrer dans des endroits pareils ? La lettre de « la Cicade » est émouvante. Sûr qu'avec Pierre, elle formait un beau couple. Leur différence d'âge mise à part, mais n'exagérons rien. Ceux qui les plaignent le plus fort aujourd'hui sont les mêmes que ceux qui hier encore n'arrêtaient pas de les dézinguer. On ne refait pas la Société. Je lis le dernier paragraphe. Notre amie dit qu'elle a connu récemment des ennuis de santé. Je lui laisse la parole :

 « A la fin du mois dernier, le 27 septembre (par une curieuse coïncidence, le jour des obsèques de Pierre) j'ai été prise d'une crise de vomissements, il a fallu m'hospitaliser d'urgence. Le médecin militaire redoutait la contagion du choléra, car cette maladie sévit actuellement dans la région. Finalement, il n'en est rien. Après m'avoir examinée, l'interne vazy de service a déclaré : « Mes compliments, Madame, vous êtes enceinte, tout simplement ». J'ai aussitôt demandé mon « rapatriement pour motif sanitaire ».
Je ne suis plus toute jeune, vous le savez, Magali, mais j'ai vraiment l'intention de garder cet enfant.
Il s'appellera Pierre Raymond comme son père....
A propos, je compte aussi poursuivre ma rubrique « Potins couffin » dans votre Bulletin municipal. Nous en abrégerons le titre.
Désormais, si vous le voulez bien, cette chronique s'intitulera « Couffin » tout court... »

Notes et commentaires :

  Cette nouvelle répond à la consigne : dire les impressions sonores que procure un passage musical (en l'occurrence : « Dix septième temps » du trio « Zéphyr »). Elle s'inscrit aussi dans la continuation du cycle « Joi » : que deviennent les deux protagonistes après leur périple initiatique ? Ils sont ici vus durant le reste de la saison d'été à travers le regard de la bibliothécaire de Laroque jusqu'à ce que leur idylle tourne au drame.