La tête appuyait contre la vitre, elle regardait défiler le paysage, l’esprit ailleurs. Le TGV avait pris son allure de croisière.

Elle repensa à la scène qu’elle venait de lire dans son livre de poche, celle de la femme qui se retrouvait dans un train fuyant son avenir lugubre. Elle était cette femme qui laissait tout derrière elle, mari et enfants. Elle n’était pas une mauvaise mère, elle n’était pas mère du tout. Personne ne lui avait dit que ces petites choses n’étaient ni repris, ni échangés et livrés sans mode d’emploi. C’était au-dessus de ses forces. Il valait mieux le reconnaître maintenant et passer à autre chose. Mari et enfants seraient mieux sans elle et elle serait mieux sans eux.

Elle n’avait pris cette décision à la légère. Non ! C’était un acte irréfléchi. Elle avait eu envie sur un coup de tête de partir, tout quitter, de vivre sa vie. La sienne, pas celle de cette autre qu’elle ne reconnaissait pas.

Le TGV commença à ralentir. Le paysage devient plus précis. Le contrôleur annonça l’arrivée prochaine du train en gare. Après quelques minutes, le train stoppa. Elle prit son sac léger et d’un pas décidé, elle s’élança sur le quai de la gare. Elle fut prise en tenaille par deux paires de bras. Ses enfants s’étaient jetés sur elle pour l’embrasser. Son mari attendait un pas en arrière.

Son week-end entre filles venait de se terminer. Elle redevint cette autre qui, le temps d’un voyage, l’avait laissée rêver.