Ce texte a été inspiré par 3 visuels de Marie Cardouat, tirés au hasard parmi les cartes Dixit.

Le cœur

L’univers avait perdu sa vie. L’humain préférait la distraction de l’argent au détriment de l’être qui s’engourdissait en son cœur.

Le sang coule à flots sur la planète Terre, guerres de conquête du territoire et des ressources naturelles, conflits de religions, jalousies nationales, etc. Ceci pourquoi ? Pour assouvir les désirs de certains au détriment des autres. Sur ce théâtre des couleurs, chacun a un rôle : soit le bourreau, soit la victime, rares sont les humains qui se sont échappés du chemin de dualité.

Même là où la paix semble régner, la société de consommation exige que chacun trouve des désirs à assouvir, afin de se remplir les poches. Les entreprises ont compris cela : l’homme est faible tant qu’il ne pensera pas par lui-même. Partout la désinformation, la manipulation, l’insouciance, le manque de volonté, l’impatience, la colère, la haine, le pouvoir, l’égoïsme, le manque de cœur, le jugement, l’impotence, l’avarice régissent ce monde.

« De ce fait, il n’est guère étonnant de voir la planète Terre dépérir », pense le petit garçon qui vit dans une boîte à musique. « Ni de voir les relations humaines perdre de leur sens. » Il regarde par la fenêtre les croches, les doubles croches, les silences, tombés des partitions, dépérir sur le sol. « Cette folie est à l’origine de la mort de la musique, cette mélodie céleste qui chantonnait dans le cœur des humains. La joie, l’amour, le naturel de leur être ressortaient. Ils chantonnaient, la guerre, la violence n’avaient pas lieu d’être car chacun était en communion avec l’autre et avec lui-même. » Il regrette cette ancienne époque. Plus personne ne fait tourner la poignée de sa boîte à musique, alors il tourne tout seul en rond, en silence.

Mais l’enfant garde toujours espoir. « Toutefois la vie n’abandonne pas, pense-t-il, car elle sait que l’humain a voulu faire cette expérience de noirceur pour briller davantage par la suite. L’animation du cœur des êtres vivants palpite encore et encore par ci par là. » Pour preuve, il constate, en regardant par la fenêtre, qu’en plein hiver un arbre est enjolivé de fleurs par une dame joyeuse et aimante, au pas dansant.  Une autre fois, il aperçoit un épouvantail qui s’anime dans un champ de tournesols : c’est déjà l’été, il sent la sève et la vie gagner sur la mort.

Le retour des humains vers eux-mêmes est en cours. Ils découvriront à nouveau leur cœur, leur essence véritable. L’utopie n’est pas illusoire. Elle est l’espérance d’un jour nouveau : d’une nouvelle société.

Dans sa boîte à musique, le petit garçon fredonne de temps en temps, de plus en plus, jusqu’à chanter souvent.

Anne-Sophie, octobre 2009