Ce texte a été inspiré par un visuel de Marie Cardouat (cartes Dixit)




      Il était une fois Alicia, une petite fille rêveuse qui adorait les collections de boules de verre. Quand elle les secouait, elle adorait voir les flocons de neige voltiger sur le paysage d’hiver. L’une d’entre elles surtout l’intriguait. Quand elle l’agitait, bien sûr les flocons tombaient, mais le décor lui paraissait inachevé : une petite maison solitaire, des arbres bien verts, mais le tout manquait de vie. Pourquoi n’y avait-il personne à l’intérieur ? Alicia était triste pour la maison inoccupée et le petit nuage blanc isolé. Elle se mit à rêver, rêver si fort qu’une bonne fée entendit son souhait.

 Le lendemain, quand Alicia se réveilla, une petite fille miniature était enfermée dans le globe. Alicia n’en croyait pas ses yeux : une petite fille qui lui ressemblait, portant les mêmes vêtements qu’elle, la regardait intensément à travers le globe !

 Cependant l’apparition n’avait pas l’air du tout contente, et cognait contre la paroi de verre pour lui montrer qu’elle voulait sortir. Elle n’avait pas du tout l’air de vouloir occuper la maison. Et quand Alicia remuait le globe, le petit personnage, épouvanté, allait se cacher derrière les arbres pour éviter la neige.

 Alicia était contrariée. Malgré tous ses efforts, la boule mystérieuse ne voulait pas s’animer. La fillette essaya d’entrer en communication avec son petit sosie, qui s’affolait de plus en plus. S’il ne parlait pas, ses gestes étaient très expressifs : pas de doute, il faisait tout pour sortir.

 Alicia était désolée pour son petit double. Elle connaissait pourtant une solution, mais ne voulait pas encore l’envisager : elle tenait tellement à cette boule de verre, sa préférée, celle que lui avait offerte sa maman avant de mourir ! En même temps, elle ne pouvait supporter le désespoir du petit personnage. Et si c’était elle qui était ainsi enfermée, qu’en penserait-elle ?

 Alors, les larmes aux yeux, elle brisa la boule de verre. La minuscule fillette disparut tel un éclair dans la nuit où apparaissait désormais de véritables flocons de neige. Alicia tendit les bras pour les sentir sur sa peau. Elle était finalement contente : elle avait libéré une part d’elle-même, celle qui vivait sous globe, trop protégée du monde extérieur.

Béatrice Laudicina, octobre 2009