Fraise et l'éléphant

 qui trompe énormément.

ELEPHANT

 

John Drysdale : « My geatest friend », 1986.

 « Seigneur éléphant, où sont passées vos belles dents ?
- Elles font trop envie aux gens. »

 Un éléphant, ça trompe énormément. Fraise aime son air pacifique et bienveillant : la trompe enroulée par devant. Les défenses brillent par leur absence... surprenant !. Deux tours d'ivoire, cela vaut beaucoup d'argent, cela tente les trafiquants et crée un commerce indécent.

 Mais non, Fraise, tu ne peux voir les défenses ! Babar tourne le dos à l'objectif. Familièrement, tu lui passes la main dans le dos, en le grattant. C'est bien rugueux, une peau d'éléphant !

 La photographie est en noir et blanc.

    Fraise,elle, croit voir des éléphants roses... en rêvant : spectacle hallucinant !

    Babar paraît terne et bien gris pourtant, car il s'habille en éléphant. Dommage... autrement,  son costume est seyant : pantalon bouffant, pattes d'él., veston assorti XXL. Défrisant, mais fringant !

 Fraise porte une tenue d'enfant - rouge cerise évidemment - on ne peut la confondre avec un éléphant.

 Babar trône sur son séant Il est pesant, ce monarque accablé par le poids des ans. Fraise se tient à côté de lui, fièrement. Elle a réalisé son rêve d'enfant : poser son fondement tout près du roi des éléphants.

  « Seigneur éléphant, qu'avez vous fait tout ce temps ?
  - Je voyageais, ma belle enfant ! »

  Petite fille, je te mens. Impudemment. J'ai quitté le pays des éléphants. Précipitamment.

 Un roi ne s'en va pas spontanément. Mais parce que ses sujets l'ont chassé, le plus souvent.

 L'âge venant, il est temps, plus que temps, de laisser son gouvernement. J'aurais dû quitter mon trône bien avant. J'aurais fait moins de bruit qu'en tombant. Le bruit peut déranger les gens. Une révolution, c'est bruyant. Il arrive rarement qu'on la fasse en chantant.

 Bon, je n'en fais pas un roman. J'écris mes mémoires en ce moment. J'ai une mémoire d'éléphant.

Peut-on raconter sa vie objectivement ? Je le fais sentencieusement, parfois en me vantant. Comment peut-il en être autrement ?

 J'ai vaincu les rhinos féroces quand ils montraient les dents, cette guerre remonte à la nuit des temps. Les rhinos ont mauvais caractère, ce fait est patent. C'est sur le museau qu'ils ont leur dent. Ils ne voient pas plus loin que le bout de leur nez pour autant.

Apprends à te défendre, Fraise, c'est prudent ! Méfie-toi de tes ennemis comme de tes amis (soi-disant) ! Prépare-toi à affronter simultanément la charge des rhinos et des éléphants.
  Ces pachydermes foncent aveuglément.


  « Seigneur éléphant, que faites-vous à présent ?
  - Du cinéma, dorénavant. »

 Une fois en exil, j'ai tenté ma chance comme vendeur dans un magasin de porcelaine.  Tout s'est brisé ! Pas étonnant : la vaisselle, hélas, n'a qu'un temps.

 Puis, je me suis produit dans un cirque en tant qu'animal savant. Par hasard – me promenant – j'ai trouvé sur ma route un cinéaste intelligent. En tant que figurant, s'entend, il m'a recruté pour le tournage d'un film marrant.

 « Good morning, Babylonia ». (*) Ce serait plutôt : « Good bye ! » à présent.

    Les prises de vue cessant, je me retrouve au chômage et pour longtemps. Je prends les choses philosophiquement : je ne suis plus bon qu'à sucrer des f.... Oh pardon, Fraise,  suis-je vexant ? »
  - Waouh, tu me vexes nullement. Fraise est mon surnom seulement. Je m'appelle Ségolène.
La vérité si je mens ! »

(*) « Good morning, Babylonia ». Film de Vittorio et Paolo Taviani (1987). Le décor est fait d'éléphants en carton pâte.