Piste d'écriture: imaginer un personnage d'après son prénom

Violette

VIOLETTE

 Violette voit la vie en violet depuis qu'elle a décidé le jour de ses quinze ans, et ce pour agacer ses aristocratiques parents, de ne plus s'habiller qu'en violet. Il lui avaient choisi ce prénom ridicule, eh bien, au moins elle serait en accord avec lui !

Sa garde-robe, s'était donc parée de toutes les nuances de cette couleur, car le violet, peut se décliner en mauve, parme, fuchsia, lilas, aubergine, lie-de-vin. Lorsqu'elle ouvre la porte de son dressing, tout est bien rangé, en une harmonie de dégradés.

Décidée et volontaire, elle avait toujours su imposer son point de vue. De son adolescence dans les années cinquante, elle avait gardé le goût du rock'n roll et de tout ce qui vient des Etats-Unis. Elle y avait d'ailleurs fait plusieurs séjours, d'abord linguistiques, puis en tant qu'étudiante à la prestigieuse université Cornell dans l'état de New York.

Elle y avait lié connaissance avec les héritiers des familles aisées de Boston et New York qui possédaient de somptueuses résidences secondaires sur la côte Atlantique dans la région de Cape Cod au sud-est du Massachusetts.

Car, malgré ses velléités de révolte, Violette avait toujours su garder le sens de sa classe et de ses valeurs.

L'avantage de son prénom, c'est que même en anglais, il gardait sa signification colorée. Elle était la « French Girl » excentrique que ses amis aimaient exhiber. Et le sommet de cette époque, fut son petit ami américain, tellement fou d'elle, qu'il avait fait repeindre sa Cadillac décapotable en violet.

Mais Violette tenait trop a son indépendance et, en rentrant en France, elle avait brisé net le rêve de cet encombrant «boyfriend».

 

Au désespoir de ses parents qui auraient aimé voir des petits-enfants courir dans les allées du parc, Violette n'avait jamais voulu se marier. Elle tenait trop à cette vie libre, un peu scandaleuse dans les années soixante, allant d'un amant à l'autre, repoussant les prétendants qui voulaient lui passer la bague au doigt.

Il fallait donc qu'elle gagne sa vie avec un métier qui ne déroge pas aux principes de sa classe.

Grâce à son anglais impeccable et son carnet d'adresses, elle s'est très vite distinguée comme attachée de presse d'un groupe leader de l'industrie du luxe.

 

Passionnée par toutes les nouveautés, elle a toujours été une des premières à accéder aux nouvelles technologies. Elle n'avait pas hésité à acheter l'un des tous premiers ordinateurs personnels, le remplaçant régulièrement dès qu'un nouveau, plus petit ou plus puissant était sur le marché.

Il en fut de même pour le téléphone de voiture, puis pour le portable.

* C'est réellement parfait – disait-elle avec ce ton de voix particulier, un peu snob – je peux vous joindre depuis mon automobile... N'est-ce pas extraordinaire ?-

 

A maintenant soixante-dix ans, Violette est une vieille dame un peu extravagante, au caractère bien trempé, mais qui n'a rien perdu de son charme. Elle n'a jamais pu se défaire tout à fait de son phrasé un peu précieux et de son langage châtié. Elle a traversé les décennies avec élégance, reprenant le domaine à son compte à la mort de ses parents.

Bien droite dans ses santiags violettes, elle auréole ses cheveux blancs d'un léger rinçage violet et porte en sautoir ses lunettes cerclées d'un délicat violet irisé.

 

C'est un peu par hasard, en se promenant sur internet, qu'elle s'est mise à boursicoter. Une véritable passion est née. C'était facile, acheter, vendre, gagner, un jeu d'enfant, elle avait l'art de flairer les bonnes affaires. New York, Tokyo, Francfort, avec son MacBook carrossé de violet, elle était la reine du monde.

Jusqu'à l'année dernière et cette foutue crise.

* Pardon pour ce langage ordinaire, a-t-elle dit à son banquier, mais je suis vraiment très ennuyée, mon nouveau toit s'est envolé lorsque les cours ont chuté.

 

Il lui fallait donc trouver d'autres idées pour renflouer ses caisses. Certaines furent vraiment loufoques. En particulier, l'idée de Valérie qui consistait à élever des caniches nains, blancs de préférence, dont elle aurait teint la toison en violet. Ce serait sa marque de fabrique. Valérie ne doutait pas du succès. Mais Violette n'a pas retenu l'idée. Elle n'aime pas assez les animaux pour vivre avec tout un élevage, et puis, ces pauvres bêtes, tout de même !

 

Elle en venait presque à regretter de ne pas avoir épousé l'un des riches hommes d'affaires qui lui aurait apporté la sécurité financière en échange de sa particule.

Piquée au vif par cette pensée – comment peut-elle se laisser aller ainsi alors que sa plus grande richesse est son indépendance – il lui vient tout simplement l'idée de faire, comme bon nombre de châtelains, des visites guidées du domaine. Le plus, serait le passage obligé en fin de visite de la boutique où elle mettrait en valeur des produits dérivés de sa couleur préférée. Foulards, écharpes et maroquinerie, et pourquoi pas, confitures, gelées, sirop de tous les fruits rouges ou violets. Quetsches, pétales de roses, mûres, cassis, myrtilles, fraises, framboises.

Et bien sûr les saveurs d'antan revenant à la mode, elle s'est documentée sur l'utilisation des violettes qui se vendent d'abord sous forme de bonbons, les violettes cristallisées. A sa grande surprise, elle a découvert les vertus thérapeutiques de cette petite fleur que l'on peut consommer en sirop ou en décoction pour soigner les bronches, même les feuilles peuvent se manger crues ou cuites et apportent de la vitamine C.

 

N'est-il pas temps de se réconcilier totalement avec ce prénom finalement savoureux et mettre un peu de douceur dans sa vie ?

 

Nicole Artaud

1/03/2010 et 8/03/2010

 

Histoire à la 3ème personne, mais avec le point de vue d'un personnage. Choisir un personnage, son cadre, ses références, son vocabulaire, sa situation.