« Le mystère du quartier hanté », ou

« Les O.V.N.I. sont parmi nous ».

FEUILLEbisrélude en sol majeur :

 

 

 

 En cet an de grâce 2010, au mitan de novembre, Antigone fut livrée, on le sait, à de louches individus. Leurs actes farfelus ont défrayé la chronique. Panique ! Rien ne préparait ce quartier paisible à des évènements si terribles. Ces faits sont avérés pourtant, ils nous sont rapportés par des témoins crédibles. Une invasion d'O.V.N.I., qui l'eût dit ? Débarquement d'extra-terrestres, qui l'eût cru ?

 Reprenons à présent l'histoire à son début.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ERABLE1bis




l'été de la Saint-Martin...

 

 


Il advient parfois qu'après la Toussaint, au mitan du mois, l'été resurgit. Tiède parenthèse, troublante antithèse ou péripétie ? C'est la déraison, les saisons zézaient : l'automne bégaie, l'hiver annoncé pointe le bout du nez. Parmi les senteurs de terre mouillée, un frémissement de feuilles froissées, soie crissant au sol où glisse le pied, tout au fond des bois !

 Monsieur Météo nous promet la pluie, mais c'est pour demain, et demain, c'est loin. Rosée du matin égale chagrin et puis, comme on dit, la pluie du matin n'arrête pas le pèlerin.

 C'est l'été, c'est l'été  de la saint-Martin. Soudaine éclaircie, touche de vermeil au ciel qu'assombrit un nuage gris. Lumière du soir apporte l'espoir, au soleil mutin qui n'a pas atteint sa peau de porcelaine blanche.

 Est-on lundi, est-on dimanche ? Est-ce le soir ou le matin qu'à l'arbre une fleur se penche ? (*)

(*) Nota : petit clin d'oeil à Ferrat !

 LOGOZAT

 

 

 

 

 

 

Zut ! La









Ah bon, v'là les fêlés, les déjantés rappliquent, ils sont en ville, tout est tranquille, dix heures il est. Un monde interlope envahit le quartier : acrobates, saltimbanques, danseurs, baladins....

 Au hasard, Balthazar, de votre balade, soudaine aubade : oyez, bonne gens ! Ouvrez les mirettes !  Approchez, Mesdames et Messieurs, le spectacle va commencer ! Venez voir les comédiens, voir les musiciens, ils viennent de loin ! Applaudissez à tout rompre ! Connaissez l'art brut, apprenez l'art vrai, c'est ça l'art premier!  La fête est dans la rue, la rue est en fête, faites la teuf ! Lâchez-vous, débridez-vous, laissez-vous surprendre, extasiez-vous ! (*)

(*) Nota : Z.A.T. = Zone artistique temporaire (Quartier d'Antigone : 10 au 14 novembre 2010)

 

 

 

 

FEUILLEMORTEbisd'automne :

 

 Il faut profiter des derniers beaux jours. Dans la nature, où rien ne dure, « riches atours » ne riment pas avec « toujours ». Au creux des chemins, un monceau de feuilles tombées dit que l'hiver n'est pas loin. Pompe funèbre, qu'on ne s'y trompe, s'il faut qu'on pompe, pompons gaiement  : dans les buissons ardents, les bonnets d'évêque ont explosé, l'embrasement des arbousiers se mêle à leur brasier. Dans les jardins, les piracantas crachent du feu, c'est l'exultation des tons vermillon. Kaléidoscope, couleurs qui poudroient : l'érable rougeoie, le platane resplendit, l'arbre aux cent écus jaunit, le saule pleure ses larmes d'or.

HOMMARAIGNEE

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Il est revenu, le chant des origines, une voix rauque a resurgi de la nuit des temps, l'espace d'un instant. Un joueur de cithare accompagne le récitant. Le pincement des cordes apprivoise le chant, aux nuances de la voix répond le son profond de l'instrument, jeu tremblant, jeu troublant. Moisson d'impressions du passant qui passe, effet de mélange, effet de miroir : un  déferlement d'images fugaces.
Fractionnant l'espace, une scène s'ouvre au sein de la place, le public se presse, sans cesse entre et sort, on se croit  dedans, quand on est dehors. Place du Nombre d'Or, le public déambule, le spectateur fait corps avec les funambules. Effet de perspective : le cercle paraît obèse, le carré trapèze, au milieu de la rue, un fil ténu tendu relie les colonnes à l'antique, fûts cannelés, chapiteaux doriques. Entre deux piliers, l'homme-araignée tisse sa toile diaphane, ourdit ses rets, il n'est maille qui n'aille à qui s'est dans le vide jeté. L'acrobate à son fil suspendu s'élance d'un acrotère à l'autre esquisse un pas de danse, périlleux ballet. 

 MURDELUMIEREMur de lumière :
Le ciel s'obscurcit, soudain tout s'illumine : on vient d'allumer les bougies. De sombres braseros, la lumière jaillit. Tout scintille, tout brille. Des flammèches vacillent, lueurs fuligineuses, éclairage falot fait de tremblants quinquets.

 Fenêtre de prison ? Fils barbelés ? Stries, codes-barres ? Ou notes vers le ciel s'élançant en quinconce, emportées par des pots à leur corde accrochés, verticales portées.

 

 Bouquet final:
Après l'expression des passions, vient l'explosion. Un feu d'artifices est tiré, des fleurs multicolores se répandent, s'épanouissent en géantes ombelles, avant de retomber sur la foule assemblée Des gerbes d'étincelles s'élancent à l'assaut du ciel, qui tire les ficelles ? Ici se mêlent l'ordre et chaos. Variations, battements de la lumière, effet de clair obscur créateur d'illusion. Songe, délicat mensonge ! Au sol, des lumignons rangés se jouent de l'équilibre entre la force et la fragilité.


 

Lâcher de montgolfières :

 

 Par dessus des toits, points de suspension sur fond de ciel noir, nuage aléatoire, essaim d'oiseaux sauvages, neige de plumes. C'est l'envol hésitant, éphémère, d'âmes en peine, fantômes effervescents, aéronefs en lévitation progressant, déploiement de pâles zombies, astres flous, fous O.V.N.I. Au lent balancement des blanches montgolfières répond la musique des sphères, pure harmonie en résonance avec l'esprit. N, I, NI, c'est fini. Les O.V.N.I. ne sont plus parmi nous, ils sont déjà loin, très haut, tout là-haut par-delà les nuages.

 Le spectacle est terminé. La ville est tranquille, bonnes gens, dormez : minuit au clocher.

ZAT