Sephora a 13 ans, elle a participé à l'atelier d'écriture pour adolescents toute l'année... Je suis fière de présenter son dernier texte, en deux parties. Emotion, mystère, humour... bravo Sephora. Carole

 

La première enquête d'Emmet, épisode 1

 

sephorapourEmmetMary adorait les voyages, voyager, connaitre le monde, d’autres cultures, voir d’autres têtes, d’autres couleurs que la blancheur des Londoniens, d’autres paysages, prendre l’avion ou le train…Mais, moi je devais la suivre, partout où elle allait, et ça, c’était super ! Je pouvais rater des semaines de cours, sans avoir à présenter une excuse quelconque à la vie scolaire ou au secrétariat, car ma mère était riche et respectée dans toute la ville.

 Tout le monde savait  qu’elle laissait Harry seul pendant des jours car lui, il travaillait, c’est grâce a son travail que nous pouvions voyager. Tout le monde savait aussi que mes parents se détestaient, même si mon père continuait à financer nos voyages, mais personne ne savait pourquoi, même pas moi. Mon père vivait à l’Ouest de Londres et ma mère et moi à l’Est. Complètement à l’opposé. Je voyais mon père quand je le souhaitais. Je pouvais aller chez lui après la classe, avant un voyage…Ma mère me laissait y aller avec regret, je le percevais dans sa voix et ses yeux quand elle me disait  dans un soupir : « Vas-y… ». Je sautais alors sur mon vélo et sillonnais Londres jusqu'à ce que je trouve une station de métro. A chaque voyage dans le métro, je m’occupais à observer les gens, ces personnes seules et malheureuses, blafardes et lentes, les vieillards joyeux et les jeunes plein de vie et les mères qui criaient ou riaient avec leurs enfants, leurs visages…Je me tournais vers la vitre et je voyais mon visage. Bronzé, cheveux blonds coupés aux oreilles, les doux  yeux de ma mère qui avaient vu auprès d'elle tant de choses magnifiques, le regard courageux de mon père qui affrontait celui de ma mère quand elle était en colère,  une bouche ayant gouté aux saveurs étrangères, des lèvres qui avaient été brûlées par les épices d’Inde et adoucies par la suavité des îles... J'étais habillé comme un collégien ordinaire de Londres, tout seul dans un wagon, songeant à sa vie et aux autres.

 Quand j’arrivais chez mon père, il était toujours dans son bureau, impossible que je le trouve derrière un livre, en train de se détendre,  ou en train de se baigner dans sa piscine,  d’ailleurs, je me demandais si elle servait à quelque chose ? C’était triste de voir qu’il ne profitait pas de sa vie, qu’il ne faisait rien, alors qu’il avait si peu de temps pour faire, chaque fois je rentrais dans son bureau et sur le seuil le regardais avec des yeux emplis de chagrin. Il levait la tête et me disait « Bonjour fiston, dis donc, tu n’as pas l’air dans ton assiette ? Bref, attends-moi dans la cuisine, j’arrive dans quelques minutes. » Je sortais de sa tombe en silence. Cela peut vous choquer, mais son bureau me faisait penser à une tombe. Mon père allait mourir dedans, le nez dans son travail…Une larme cristalline coulait sur ma joue, solitaire.

Une minute après, mon père avait déjà oublié ma présence, alors que j’étais dans la même maison à l’attendre. Je me demandais alors si ce n’était pas comme si je n’existais pas quand j’étais chez Mary. Les larmes se mirent à couler, je les laissais couler sans les retenir, du moins, sans essayer. Peut être qu’un jour, les larmes que je laissais sortir, allaient cesser de couler. Pendant ce temps de solitude et de pleurs, je me demandais pourquoi je venais chez lui si j’étais sûr de remplir un verre de larmes. La réponse me venait tout de suite quand je regardais mes yeux dans un miroir. Du courage, voilà ce que j’avais, voilà la raison de ma venue ici.

Je me levais et allais frapper à la porte de la t.., du bureau. J’entendais un bruit de papier et des bruits de coups, dans du bois. Mon père qui se rappelait de mon existence et qui se dépêchait de ranger ses papiers et de se lever pour ouvrir la porte en s’excusant. Milles et une excuses ridicules comme : « Désolé, l’affaire de Maffair est passionnante, tu devrais y jeter un coup d’œil » ou « Je réfléchissais aux pays que ta mère et toi n’avez pas visités, et je n’ai pas trouvé, vous avez fait le tour du monde ! » ou encore « Comment te l’annoncer fiston, et bien, je cherchais un cadeau à faire à Mary». A ces mots, je roulais des yeux, comme si il pouvait faire un cadeau à Maman…lui qui ne pouvait plus la supporter. Finalement, il disait souvent après l’excuse du jour : « Viens fiston ». Je le suivais en silence à travers sa vaste maison. Sa maison, la sienne, c’était triste à dire mais je ne pouvais dire que cette maison m’appartenait. Ma maison, c’était celle ou Mary et moi vivions. Pas celle-ci.

Nous traversions les divers salons, la bibliothèque, les chambres à coucher les salles de bains et nous arrivions…dans le deuxième bureau de mon père. Il me montrait de vieilles photos de nous trois, des souvenirs, d'anciens billets d’avions pour Cuba, et un jour, il sortit une enveloppe de son tiroir. Il me la tendit en souriant. Je le regardai et déchirai l’enveloppe.

Deux billets d’avion pour le Mexique.

 **

Quelques jours après, ma mère et moi étions dans l’avion qui se nommait « Vitalité » et qui nous amenait au Mexique. Dans mes bagages, j’avais pris des vêtements pour une semaine. Nous partions 8 jours. Pendant quelle lisait, je regardais ma mère. Totalement différente de Harry. Douce, affectueuse et elle profitait de sa vie. Ses yeux bleus brillaient d’excitation quand  elle lisait, elle souriait toujours et était très sensible. Bronzée comme moi, elle paraissait différente des autres, voyageuse et joyeuse. Elle avait des longs cheveux blonds qui sautaient dans son dos quand elle riait. Ses poignets était pleins de bracelets venant des pays que nous avions explorés, à ses doigts une seule bague, pas celle de son mariage avec papa, mais celle que je lui avais offerte à  l'anniversaire de ses 40 ans, une bague en argent qui serpentait autour de son doigt. Sa bague de mariage se trouvait au fond d’un lac en Australie. Un endroit ravissant. Les kangourous sautaient, les koalas tous doux grimpaient aux eucalyptus longs, forts et en même temps si délicats. Je me souvenais de cet endroit comme si c’était hier. Mary avait jeté sa bague dans l’eau avec une douceur infinie.

Elle avait pleuré après, mais elle s’était remise vite sur pied.

**

Le Mexique est un magnifique pays, plein de couleur et de vie. Tout ce qu’il faut pour apprécier un voyage. Il y fait chaud, et les gens aussi sont chaleureux là-bas.

Quand nous sommes arrivés à l’hôtel, le concierge nous a indiqué notre chambre et nous n’avons réglé la note que pour une nuit car nous partions en croisière le lendemain, pendant cinq jours. Une croisière de luxe. Le bateau était superbe, je l’avais vu une première fois quand j’étais parti me balader avec des jeunes mexicains avec qui j’avais sympathisé : Paulo, Martha et  Alessandro. Ils avaient tous eu quatorze ans au mois de janvier. Paulo était très petit, Martha géante et c’était Alessandro qui me ressemblait le plus.  Bref, Alessandro m’avait montré le bateau quand nous étions passés près du port de plaisance. Beaucoup de navires y étaient rangés, mais aucun n’avait le charme de celui-ci ; il était composé de bois et de nouveaux métaux, classique et en même temps moderne.

Le lendemain à 10h, le bateau partait pour notre croisière. J’étais sur le pont et je répondais aux grands signes que m’adressaient  les trois mexicains. Le yacht avait quatre grands pontons, un à l’avant, un à l’arrière et deux sur les côtés. Il y avait dix cabines. Ma mère et moi occupions celle qui donnait sur le ponton de gauche.

L’eau était bleu-vert, et on voyait des poissons argentés sauter.  On pouvait bronzer sur le ponton, faire de la plongée quand le bateau était à l’arrêt, lire ou jouer, mais en fait, rien n’était passionnant, me mis-je à penser au bout de quelques heures. C’était reposant (pour ne pas dire lassant), rien d’autre.

Au bout du deuxième jour, je commençais à taper sur le système nerveux de ma mère, qui me criait dessus de plus en plus souvent.

Ce soir-là, il faisait tellement chaud que je n’arrivais pas à m’endormir. C’est pour cela que je suis sorti de la cabine. Je voyais bien que ma mère dormait : elle respirait fort et son corps se soulevait au rythme de sa respiration. Je sortis doucement et un minuscule air frais me prodigua un grand soulagement. Je m’assis sur le pont sud dans un transat et observai la lune ; elle était pleine et la lumière m’empêchait de dormir. Je décidai de changer de ponton. Je me levai et pris la direction opposée. Soudain, un homme à la silhouette trapue sortit d’une des cabines en courant. Il me bouscula et partit tout aussi vite sans s’excuser. Je me demandais ce qu’il pouvait bien faire dehors si tard. Lui-même devait se demander la même chose : qu’est-ce qu’un adolescent  faisait dehors à cette heure. Je m’allongeai sur un autre transat et fermai les yeux.

Je fus réveillé par un cri. Aigu, celui d’une femme. J’ouvris vivement les yeux et la lumière m’aveugla. Je compris qu’il faisait jour, mais ne sus pas tout de suite d’où venait le cri. Durant la minute où je tentais de m’habituer au soleil, du monde s’était déjà rassemblé autour d’une cabine.  Curieux,  je m’avançai vers l’attroupement. Tous paraissaient effrayés.  Je me frayai un chemin entre les personnes pour voir ce qui les troublait tant. Alors je vis une femme blonde avec des cheveux bouclés qui ressemblaient à ceux de ma mère, étendue sur le sol, les yeux fermés, la bouche entrouverte. Son torse ne se soulevait pas, elle était morte. Choqué, il me fallut plusieurs secondes pour la reconnaitre. C’était ma mère, dans notre cabine. Le vide se fit dans ma tête, ma vue se troubla, mes membres se mirent à trembler et  ma tête commença à tourner. Je reculai d’un pas et tout mon corps vibra. Puis, plus rien.

**

Quand je repris connaissance, j’étais dans une salle blanche, allongé sur un lit blanc, dans des habits blancs. Une aiguille était plantée dans la saignée de mon coude, relié à une perfusion. Je ne me rappelais plus que d’une chose : ma mère étendue sur le sol, et sans vie. J’éprouvais le besoin de pleurer, de laisser s’écouler ma tristesse, sauf que mes yeux ne n'obéissaient plus, ils restaient secs comme le désert. Je n’éprouvais rien d’autre que l’envie de pleurer et de sortir de cet endroit maudit qui me rappelait une morgue. Comment était-elle morte, l’avait-on assassinée ou était-elle décédée dans son sommeil ? Qui ? Qui voudrait priver un enfant de sa mère ? J’avais besoin de réponses à mes questions. Comme par enchantement, mon père entra, la mine triste, sale et fatigué.

Il parut surpris en me voyant si calme. Peut-être pensait-il que je serais en train de pleurer, mais il me connaissait mal, ma mère elle savait très bien que quand j’apprenais une mauvaise nouvelle, je ne montrais pas mes sentiments. Elle savait…ces mots me faisaient mal.

Il s'assit, ou plutôt s'affala sur la chaise blanche à mon chevet. Il avait l'air de quelqu'un qui n'avait pas dormi depuis plus de 36 heures. Ce qui était peut-être le cas car j'ignorais combien de temps j'étais resté endormi. Endormi ou inconscient?      

Nous restâmes silencieux un bout de temps et il fut le premier à prendre la parole:

-Je suis vraiment désolé fiston, tu sais....commença t-il.

-Je sais que tu es désolé, moi aussi, énormément, je voudrais juste savoir comment elle est...

Je poussais un soupir, c'était trop dur. Mon père hésita:

-Elle est morte dans son sommeil. Personne ne sait comment. Ni rupture d'anévrisme, ni crise, ni coups, ni...

Il allait poursuivre quand un médecin en blouse blanche entra. Son badge indiquait qu'il s'appelait D. Owen. Il s'adressa a mon père:

-M. Mill, nous avons les résultats de l'analyse, il s'agit bien de chloroforme, je suis navré, votre épouse a dû en respirer une forte dose et son cœur n'a pas tenu. Toutes mes condoléances.

Et il sortit de la pièce en fermant doucement la porte. Du chloroforme, voila donc ce qui avait tué ma mère. Je savais qu'elle avait un cœur faible, tous les médecins le lui disaient. Elle aussi le savait, elle était infirmière, pourquoi était-elle allée respirer du chloroforme à plein nez? Mon père s'était raidi et une goutte de sueur coulait sur sa tempe... Il avait le regard vide et les  yeux plissés. Il réfléchissait sûrement, mais on avait l'impression que ses cheveux allaient prendre feu sous l'effort. Je me surpris moi-même en lâchant un petit rire sans joie, qui ramena mon père a la réalité:

-Qu'y-a t-il de marrant? Ta mère vient de mourir et toi tout ce que tu trouves à faire c'est rigoler?!!

Il avait l'air hors de lui. Comme si ce qui s'était passé était de ma faute. Il continua sur cette lancée puis   enfonça sa tête dans mes coussins, en marmonnant entre ses sanglots. Effrayé, je débranchai ma perfusion. Les médecins pensaient que j'étais mal, mais j'allais mieux, et j'avais besoin de plus de réponses. Je jetai un coup d'œil à mon père, il avait l'air de s'être endormi sur l'oreiller. Je descendis du lit et découvris un sac de sport au pied de la chaise. Je l'ouvris et trouvai  quelques de mes vêtements. J'ôtai ma blouse et enfilai  un bermuda en jean et un T-shirt blanc; je fouillai dans le sac et trouvai également ma carte d'identité et  vingt livres. Comme si mon père avait tout prévu. Il me faudrait faire vite, avant qu'il se réveille et qu'on découvre mon absence... La tête me tournait un peu, mais je respirai fort et le sol se stabilisa. Je sortis de la chambre et me lavai les mains avec le produit désinfectant  qu'ils distribuaient dans les couloirs.

Je me dirigeais vers l'accueil quand une main se posa sur mon épaule. Je me retournai d'un bond et l'infirmière blonde me demanda:

-Qu'est-ce que vous faites là jeune homme? Qui êtes-vous?

J'improvisai, l’estomac noué :

-Euh, je rendais visite à mon ami, dans la chambre 23.

-Ah, tu peux y aller dans ce cas.

Elle repartit. Il y avait une personne devant moi et le temps qu'elle finisse, je cherchai une excuse pour qu'on me donne accès au dossier médical de ma mère.

-Bonjour Mademoiselle, je suis l'assistant du détective Craig qui s'occupe de du cas de Mrs. Mill; il voudrait que vous imprimiez son dossier complet.

Elle soupira:

-Ce n'est pas le détective Craig qui s'occupe de l'affaire Mill, c'est le détective Logan, alors monsieur l'imposteur, la sortie est par là-bas, vous pouvez déguerpir sinon j'appelle la sécurité!

J'avais raté mon coup, mais au moins, je savais ce que je devais faire. Je sortis presque en courant et me rendis dans une des nombreuses cabines téléphoniques de Londres. Un annuaire se trouvait là et je pus chercher le nommé Logan. Sur la page des détectives privés, je n'en trouvai que cinq: Craig, Connor, Kenneth, James et Logan. Je composai le numéro et mémorisai l'adresse, au cas où.

 Le téléphone sonna quatre fois et une voix de femme me répondit:

-Cabinet du détective Logan, que puis-je pour vous?

-Je souhaiterais faire une déposition.

-Très bien, je vais vous mettre en liaison.

J'attendis de longues secondes et une voix avec un très fort accent Écossais dit:

-Je vous écoute, my boy.

Il savait que j'étais jeune, et n'allait pas prendre ma  déposition au sérieux. Je changeai de tactique. Au lieu d'essayer de tirer les vers du nez à Logan, j'allais lui proposer mon aide:

-Voilà, je sais que vous n'acceptez jamais de jeunes comme stagiaires, mais je voudrais vraiment enquêter avec vous sur l'affaire Mill. Je connais Emett, et je sais qu'il aimerait que je vous aide à trouver le meurtrier de sa mère, c'est très important pour lui...

Je retins mon souffle.

-Vous savez quelque chose? me demanda-il.

-Peut-être, et peut-être pas.

Il hésita quelques instants.

-Très bien, j'accepte de vous rencontrer pour faire...plus ample connaissance, comme on dit. Pourquoi pas dans quinze minutes au café  Crusting Pipe?

-J'y serai.

fin de l'épisode 1
pour lire la suite, cliquez ici