Ce texte est né de la contrainte "une phrase de début, une phrase de fin". Bravo Maxime pour ce suspense inattendu.

maximesousboisJe suis un homme ridicule. Ils me traitent de fou à présent…Pourtant tout ce que je leur raconte, c’est la stricte vérité. Tout s’est déroulé comme je le leur ai dit.

Après une journée harassante au bureau où Changareau m’avait harcelé pour que je boucle le dossier Témis avant lundi, j’avais décidé de me détendre en courant dans le parc près de chez moi. En sortant, je croise ma voisine, elle est inquiète car sa petite fille Elodie n’est pas encore rentrée de son cours de danse.

Vers 20 heures, je suis en jogging au clair de lune en train de déambuler à travers les allées du parc. Il n’y a que quelques badauds promenant leur chien. L’air est frais mais je commence à m’échauffer et à oublier ce dossier Témis. Quand j’entends un cri provenant du bosquet situé à une cinquantaine de mètres à ma droite. C’est un cri tragique comme la dernière note d’une symphonie inachevée. Jamais elle ne connaitrait son plein épanouissement. Puis j’entends des bruits de pas, quelqu’un court. Une ombre disparait dans la nuit.

Rien, je n’entends plus rien à part le bruit diffus des voitures au loin. Intrigué, je me dirige vers l’origine du cri. Peut-être que quelqu’un, un joggeur comme moi, s’est blessé. Mais j’en doute car il y a eu l’ombre, la silhouette fuyante, la tragique symphonie. Je commence à avoir peur. Mais pour être honnête, j’éprouve aussi une sorte d’excitation. Je suis curieux de savoir ce qui s’est passé. Je suis entré dans un film, je suis un acteur enthousiasmé par sa prestation. J’avance lentement en écartant les branches et mon excitation retombe net devant les petits bras figés dans une posture de défense désespérée, les yeux exorbités, … c’est une petite fille inerte près d’un buisson. Je m’approche, et je reconnais Elodie.

Je suis livide, ma respiration devient plus rapide. Aller voir plus près, non je ne peux pas. Allez ! Vas-y ! Je m’agenouille, je mets ma main sur son cœur. Rien, pas de battements. Elle est morte.

Soudain, j’entends un autre cri : Il l’a tuée ! Il l’a tuée ! C’est lui ! Je ne sais pas ce qui m’a pris mais j’ai couru, couru pour fuir l’innommable. Je n’aurai pas dû. En effet, quand ils m’ont rattrapé, ils m’ont dit qu’on coinçait toujours les tueurs d’enfants.

La femme qui m’a aperçu près de la petite fille affirme que je l’ai tuée. Mais c’est faux bien sûr. Alors je leur raconte, la journée pénible, Changareau, le jogging, le cri. Si je n’ai rien à me reprocher, pourquoi j’ai fui alors ? qu’ils me disent. Est-ce que j’ai quelque chose à me reprocher ? Je demande la présence d’un avocat. D’accord on me répond, cela signifie que vous voulez vous défendre, vous défendre contre quoi ? Puisque vous êtes un simple témoin selon vous ?

C’est une farce, un cauchemar, je vais me réveiller. Mais non, c’est réel.

Quant à la petite fille, je l’ai retrouvée…morte pourtant. Et  j’irai de l’avant, j’irai, j’irai, je leur prouverai que je suis innocent.