(À l’écoute du Prélude n°2 C mineur de J.S.Bach)

http://www.youtube.com/watch?v=hkg0aQxsKlU&feature=fvst

SURSIS

 

A bout de souffle, affolé, il a surgi ;

L’aube est rose, se moquant de sa peur,

Haletant, il bouscule les fougères alentours,

Brise au passage un chêne naissant ; fonce dans le chemin, 

Plus sombre, protégé, croit-il ; mais derrière, on s’affole.

« Pas maintenant ! », un tronc barre son passage, écorce arrachée

Le sol note ses empreintes, sous des feuilles écrasées.

Des cris, au loin s’imposent, affolement, il va vite, creuse l’écart,

Cherche l’eau, hors d’haleine ;

Branches brisées, la peau se déchire, pas d’arrêt, plus loin,

Descendre encore ; il se cogne aux rochers, saute, maladroit,

Se redresse, l’eau est en bas, rivière large.

Traverser, oppressé, il hésite, terrifié, il se jette, eau glacée et remous.

Il résiste, têtu…

Accalmie,  une rive, une halte, un refuge ;

Au loin, dans un brouillard, le vacarme s’enlise ;

L’aube est rose encore, « pas maintenant » se dit-il

Puis laisse à la rivière l’image de son poil roux, la lyre de ses bois,

Son souffle épouvanté, et monte jusqu’au sommet, là d’où l’on voit les cimes.

michelleCerf