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(Tirer au sort une situation : au bord d’une piscine votre regard croise une  actrice de cinéma)

 

 ICÔNE

 jacquelineiconeEn haut à gauche de son écran, elle a placé son icône préférée. Elle y clique souvent pour retrouver sa collection de portraits. Pourquoi des portraits, direz-vous ? C’est sans doute le mot ‘icône’ qui lui a donné l’idée de rassembler toutes les reproductions récoltées dans les musées visités.

 Elle a toujours été fascinée par l’art de capter la vérité d’un visage  où se sont illustrés tant de grands maîtres à travers les siècles.

 Pour elle, dans  un vrai portrait, c’est le sujet qui vous regarde. Quel que soit votre angle de vue, vous n’échappez pas à son regard.

 Dans d’autres représentations de visages vous avez l’impression que c’est votre regard à vous,  spectateur, qui est privilégié, le sujet semble s’en moquer et porter les yeux ailleurs.

 Elle a peu à peu ajouté aux reproductions célèbres des photos contemporaines où elle a le sentiment que, de face, de trois quart ou par-dessous des paupières baissées le regard s’adresse à elle.

Chaque fois qu’elle visite sa galerie elle les compare, les associe, essaie d’imaginer la vie avant le portrait, pendant la pose, après. Elle invente des relations impossibles d’un siècle à l’autre, elle fabrique des personnages qui lui deviennent familiers.

 Parfois elle en dispose plusieurs sous forme de mosaïque et s’adresse à ce public ainsi constitué pour raconter, cette fois, ses aventures personnelles. Ou bien tous ces visages forment une sorte de jury qui écoute, sans juger évidemment, des confessions qui soulagent sa conscience.

 Parmi les visages contemporains il y a, bien sûr, des acteurs. Les photos qu’elle a retenues sont souvent de qualité mais  peu traduisent la profondeur du personnage. Les stars nouvelles composent des expressions stéréotypées, très ‘jouées’ et, de ce fait, se ressemblent. Au contraire, des gloires plus anciennes se livrent simplement, on ressent l’action de la vie sur leurs traits, on le a vues vieillir, elles inspirent de l’amitié.

 C’est Charlotte Rampling qui incarne le mieux ce sentiment. Outre le fait que dans de nombreux films elle a osé montrer un corps de femme mûre sans artifices, dont on peut se sentir proche, son visage seul exprime toutes les facettes de la séduction à travers le temps qui passe. Son regard aux paupières lourdes, l’ovale du visage moins net, des coiffures naturelles en rendent l’approche souhaitable et facile.

 Elle a donc souvent rendez vous avec Charlotte Rampling. Mais elle s’est longtemps posé la question de savoir si en la rencontrant en chair et en os, elle ressentirait la même émotion. Et puis un jour c’est arrivé. Un jour d’été, dans un hôtel sympathique et plutôt familial, il faisait si chaud que tous les clients se laissaient engourdir au bord de la piscine, sur les transats, les yeux à l’ombre de lunettes teintées, un verre à la main où fondaient des glaçons.

 Elle-même, derrière l’écran de ses lunettes, observait tout ce monde saisi de torpeur et, comme avec ses portraits, inventait des histoires à leur sujet.

Là-bas ? Quelle est cette silhouette ? Charlotte ? Ce visage à demi dissimulé lui ressemble. Il faut qu’elle s’en assure. Mais que lui dire ? Comment lui expliquer cette longue intimité entre elles ?

Par petites étapes elle se rapproche, se lève pour aller chercher uns boisson, déplace son transat vers un peu d’ombre, tout en ne quittant pas des yeux son but.

 Tant et si bien que Charlotte Rampling s’aperçoit du manège, soulève ses lunettes et la fixe à son tour. Elle, elle rougit. Charlotte sourit et dit ‘Je vous connais ?’. Et elle, elle a cette réponse banale ‘Non, mais moi je vous connais depuis longtemps’. Puis elle ajoute ‘Ça doit vous arriver tout le temps cette situation’.

 Malgré un début aussi plat la conversation s’engage. L’actrice dit que, hélas, cela se produit de moins en moins souvent, mais qu’elle apprécie un certain anonymat, des rencontres au hasard, des bavardages ordinaires loin de son image publique. Alors elles parlent de tout, comme des copines, de l’hôtel bien agréable, de la chaleur qui accable, du pays si beau quand on prend le temps de s’y promener. Elles se moquent ensemble du bellâtre qui  s’entoure d’éclaboussures spectaculaires, du gros monsieur qui n’arrive pas à remonter sur son matelas flottant, des deux dames qui se toisent parce qu’elles ont le même maillot….

 Et puis c’est l’heure de se séparer. Charlotte doit se préparer, elle part ce soir. Il n’y a pas d’échange d’adresses, pas de projet de se revoir, la vraie Charlotte disparaît.

Elle reste un instant songeuse. Alors ? Préfère-t-elle la réelle ou l’icône ? Elle a ressenti le charme de ce regard clair, du visage animé, de plusieurs sortes de sourires….. Quand elle retournera dialoguer avec l’image quelque chose aura-t-il  changé ? Paraitra-t-elle plus vivante ? La reconnaitra-t-elle ?

 Tout de même, c’était chouette cette rencontre !