Saisons duelles

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D’un héritage ils possédèrent dix ares de terrain

Ses pieds de petite enfant solitaire les arpentèrent

Et elle Le découvrit où Il se dressait, au  fond du jardin

Ainsi,  advint le prélude de sa tendre jeunesse…

 

Elle Le retrouvait comme un ami bienveillant

Pour lui murmurer ses chagrins noyés de larmes.

Elle appuyait alors sa joue sensible contre son tronc

Et liait son cœur rebelle aux bruissements des feuilles.

 

Adolescente son visage devint disgracieux,

Sa  peau fut boutonnée de pourpre. Années chancelantes.

Lui avec ses bourgeons dans l’éclosion printanière

Montrait  une végétation exubérante d’arbre fruitier.

 

Ses jambes grandissaient tandis que les racines  

Puisaient le substrat dans la terre nourricière

Pour accomplir le mûrissement de ses fruits ciselés.

Elle les cueillait et les croquait d’une bouche gourmande.

 

Des  journées de grand beau temps, de ciels sans nuage,

Des étés de miel où sa peau brûlante brunissait au soleil.

Elle évoquait  la couleur de son écorce sombre, puis

Inventait une appartenance fraternelle avec son Arbre.

 

Septembre s’achevait, son feuillage flamboyant automnal

S’épanouissait dans la lumière des jours raccourcis

Préparation vers son effeuillaison. D’un tapis or et rouge

Elle choisissait « l’unique», la serrait dans son herbier.

 

Frappé par la foudre, Il disparut un soir en hiver,

Son tronc fendu en deux par un éclair acéré.

Elle perdit alors le goût sucré des saisons enchainées.

 

Ainsi, advint l’évanescence de leur histoire duelle.