Emporté par l'univers de Magritte, mêler banalité et surréalisme. 

LOLA

La tentative de l’impossible

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Lola de Valence. Elle était près de moi, mobile, vivante. Chaque seconde mon regard envoyait à ma mémoire des milliers d’images de Lola. Ses yeux vifs, sa chevelure mouvante aux reflets sombres, ses bras et ses jambes occupant l’espace avec tant de grâce. Sa présence charnelle se transformait en images dont se remplissait mon cerveau. J’emmagasinais tout cela, je constituais un trésor où je pourrais puiser à tout moment pour la retrouver.

 Ce n’est pas si facile. Rien n’est à l’abri de l’oubli. De cette accumulation ne surnagent que des éclats, des clichés épars, fidèles mais avec la fixité d’instantanés. Son visage, oui, mais le regard figé, les cheveux sans mouvement. Puis ses seins, je les reconnaîtrais entre mille, si fermes et haut placés avec leur aréole discrète. Ensuite son ventre, légèrement arrondi, si souple, si tiède sous mes caresses. Enfin ses jambes que je ne supporte pas de voir immobiles.

 J’ai cru rendre ces aperçus plus concrets en les représentant, à plat, sur des toiles, avec des cadres dont je me suis entouré. Mais cela n’était pas le visage de Lola, cela n’était pas le ventre de Lola tout cela n’étaient que des tableaux inertes et sans vie, des leurres où mes sensations se heurtaient désespérément.

 Alors il m’est venu l’idée de tenter l’impossible, d’inverser le processus qui avait transformé la vraie Lola en images virtuelles au fond de ma mémoire. Je voulais réaliser la transsubstantiation inverse, des images en corps réel.

 Je suis là. La première phase de mon projet touche à sa fin. Je me suis vêtu solennellement d‘un costume strict et  sombre. Je me tiens dans l’ombre. J’ai coincé la palette avec mon pouce, je ne bouge pas, seul le pinceau est animé. Je concentre mon regard sur cette partie d’espace où va apparaître Lola.

 Car cette fois pas de toile ni de châssis. Je peins directement dans l’espace. J’ai choisi une posture familière que j’ai déjà représentée plusieurs fois. Elle est debout, son regard tendu vers le mien, les bras le long du corps. Il n’y a pas de trace d’abandon mais une tension maitrisée, une attente entre deux mouvements, comme si elle participait à mon projet avec la même ferveur.

 Voilà, j’ai presque terminé. Ce n’est pas encore la vraie Lola, c’est une évocation de Lola. Je sens en moi une immense exaltation, je me concentre de toute la force de ma volonté, je vais réussir, j’en suis sûr. Il me suffira d’un souffle léger, je vais être le démiurge de Lola.