Pistes d'écriture: les photos magiques que l'auteure, Rosalie, a ramenées de Birmanie... et l'alternance des points de vue.

    

 

rosaliefillette1 Le groupe était arrivé la veille pour passer quelques jours au Lac Inlé. Le voyage s’était fait en barques, par groupe de 4 en plus du conducteur, seul moyen d’accès pour prendre possession des lodges au beau milieu de nulle-part. Déjà, les voyageurs avaient pu admirer un magnifique coucher de soleil. Celui-ci s’était-il perdu dans cette eau calme et reposante ou s’était-il caché derrière les lointaines montagnes à peine visibles ? Pour le côté découverte des lieux et contact avec les sédentaires, il faudrait atteindre le lendemain.

 Quelle déconnexion du temps ! tout est calme, excepté le groupe d’une vingtaine de personnes impatientes de remonter dans ces barques colorées, d’observer ces hommes en apparence si gringalets mais sachant mener l’embarcation, et également très curieux des futures découvertes prévues les trois prochains jours.

 Les rameurs sortent leur jambe -parfois la droite, parfois la gauche- de la barque et l’appuient sur leur pagaie pour avancer. A présent, ils empruntent un étroit bras du canal qui longe une dizaine d’habitations, d’humbles maisons en bois sur pilotis.

 Aline regarde, comme ses trois compagnons de voyage, un coup à droite, un coup à gauche. Elle veut s’imprégner des lieux, ne rien rater de la magie qui l’entoure. Seules quelques bribes de voix calme arrivent jusqu’à ses oreilles. Le ton serein des voix, en dépit du fait qu’elle ne comprend pas le Birman, ne vient en rien perturber ma contemplation.

 Le rythme de cette navigation est très irrégulier. Il faut dire qu’avec les dizaines de barques nécessaires pour tout le groupe et certaines voies navigables étroites, les arrêts sont assez fréquents. Les chauffeurs échangent quelques mots, propos à la traduction inutile. La compréhension arrive dans un deuxième temps quand une barque passe devant l’autre ou qu’elle se met en queue. D’ailleurs, c’est celle d’Aline qui stoppe maintenant. Une petite voix l’interpelle : « Hello ! »

 Elle lève les yeux vers une petite fille pas plus haute que trois pommes. Sa grand-mère la porte à bout de bras pour atteindre la fenêtre. La vieille dame reste en retrait mais affiche un large sourire. L’enfant profite de l’animation, il n’y a pas beaucoup par ici. Ça lui fera un sujet de conversation avec sa grand-mère pendant un bon moment, un moment de répit où la femme pourra en même temps s’affairer à une autre tâche.

 « Hello ! » répète-t-elle et elle continue par un laïus ininterrompu pendant de longues secondes, auquel Aline ne comprend rien. Qu’importe, elle lui répond en français ; elle l’informe que ce n’est pas très clair pour elle mais qu’elle la trouve mignonne. La gamine rigole, seule réponse possible pour deux étrangères.

rosaliefillette2 Aline lève la main dans laquelle elle tient son appareil photos, et le pointant d’un doigt avec ma main libre, regarde la vieille dame droit dans ses yeux rieurs. Pas besoin de traduction. « Merci Grand-mère, pour ton sourire qui m’autorise à vous prendre toutes les deux en photos ».

 Clic-clic, Aline les a mises en boite ; elle vérifie la prise de vue. Tout est bien net. Les visages sont magnifiques. Heureusement, car la barque reprend ses déambulations sur les canaux artificiels de cette étendue d’eau.

 Un geste de la main, quelques mouvements. Un adieu bref, avec simplement un peu d’amertume sur la fin de cet épisode trop furtif. L’instant présent, une rupture de la vie quotidienne d’une extrême tranquillité pour ces habitantes du lac.

 « Petite, profite de ces moments encore pleins d’insouciance, profite de cet amour que te transmet ta grand-mère, je le vois sur son visage, dans son sourire franc ».

 Maintenant Aline rêve, toute éveillée, de pouvoir la retrouver un jour. En attendant la photo est devenue une toile en bonne place sur un pan de mur chez elle. Parfois, Aline se surprend à leur parler.