Piste d'écriture: retrouver le langage de l'enfance

 

Promenons-nous dedans le bois

 

« Promenons-nous de dans les bois » chantent Paul et Pauline en se donnant la main.

 C'était promis juré, jamais ils ne se quitteraient. Ils avançaient d'un bon pas dans le bois, fuyant le fantôme du gros- loup- noir.

Le fantôme du gros-loup-noir les suivait sans cesse depuis que papa avait quitté la maison et que maman se consolait avec le voisin aux grands pieds. 

Bien qu'on fût encore en plein jour, Pauline avait pris avec elle  son mouchoir à souhaits, le mouchoir de la nuit, celui qui la protégeait et lui donnait des rêves bleus.

Paul chantait de plus en plus fort. Et, au moment où il arrivait au passage de la chanson où le grand loup a chaussé ses lunettes, mis son pantalon et est prêt à enfiler ses chaussures en criant «  je sors du  bois », Paul et Pauline levèrent les yeux et virent passer entre deux nuages blancs et roses, une immense paire de chaussures qui filait à toute vitesse.

 A bord de l'une d'elles, la tête d'une petite souris grise dépassait ; elle se cramponnait de toutes ses petites griffes au rebord de la chaussure et ne fit même pas un signe d'amitié. Elle poussa juste un petit cri aigu et Pauline, qui parlait le langage souris, s'arrêta de marcher et fit un signe de la main, un long signe avec son mouchoir à souhaits. Paul l'interrogea du regard :

-        C'est Nanette répondit Pauline comme si ça allait de soi, Nanette, tu comprends.

Il ne comprenait pas bien mais il est impossible d'avouer à sa petite sœur qu'on ne comprend pas. Ce serait être comme un adulte, un étranger. Il fait signe que oui, oui, bien sûr il comprenait et il se mit à  chanter « Une souris grise qui courait dans l'herbe ».

-        Elle était verte dit Pauline

-        Ah bon! Moi je l'ai vu grise !

-        Mais pas la nôtre, celle de la chanson!

-        C'est pareil, fit Paul, Nanette a ôté les chaussures du loup pour avoir le temps de se déguiser. Elle a même une robe à pois bleus, tu sais bien!

Bien sûr elle savait. La souris était Nanette, une fée et une princesse en même temps, voilà !

Nanette était la petite sœur de Maman et leur racontait plein d'histoires, Nanette chantait, Nanette riait, Nanette disait qu'elle se transformait la nuit en petite souris  et qu'elle ramassait les dents perdues ; elle les remplaçait par une jolie pièce brillante. Et justement, Pauline avait trouvé, l'autre matin, une pièce toute neuve de deux euros sous son oreiller.

-          J'ai sommeil dit Pauline en baillant. Je veux dormir Paul ; elle pensait à la petite souris.

Ils trouvèrent un joli banc de bois et s'y installèrent, Paul serrant sa petite sœur contre son cœur.

-        Tiens, lui murmura-t-il, prends ton mouchoir à souhaits et mets-le sur tes yeux, dors un peu!

 

Il est possible qu'ils dormirent tous les deux car, dans leur rêve, le banc était devenu un joli bateau qui flottait au fil de l’eau.

Une sirène s'était assise près d'eux et chantait pour bercer leurs désirs profonds . Elle avait de longs cheveux blonds et sa belle queue servait de rame au bateau. On avançait en cadence.

Mais tout à coup, oh ! que se passait-il ?

Tout à coup la sirène accentua  son rythme, on vit naître des tourbillons, on abordait une immense cascade !

 Paul et Pauline s'agitèrent dans leur sommeil, la sirène plongea dans la cascade et le bateau se mit à glisser, glisser, glisser tout en douceur.
La cascade avait gelé, le banc avait chaussé des patins à glace et descendait en slalomant gentiment. Chaque fois qu'il bondissait naissaient des étoiles roses et bleues qui s'égrenaient comme des notes claires de piano.

C'est joli ! murmura Pauline, elle ouvrit les yeux et les frotta.

Nanette, leur Nanette- souris était en train de s'ébrouer, de s'ébrouer. Ça lui faisait un corps doublé de volume dans lequel se cachait une lumière blanche. Paul s'éveilla aussi et Nanette sortit de la lumière blanche :

-        Eh bien ! Les enfants, vous vous êtes égarés ? Venez, je vous ramène à la maison.

C'est ainsi que Paul et Pauline, après une si belle escapade, retrouvèrent leurs petits lits.

« Promenons-nous dedans le bois » chanta une voix de sirène

Promenons-nous dedans le bois

Car le loup n'est jamais plus là

N'y sera plus, n'y sera pas

Tant que Nanette sera là.