Piste d'écriture: à partir d'un texte de Danny Laferrière, "L'odeur du café", évocation sous forme de flash à partir d’objets variés.

 

L’école de la vie

acacia

Acacia :

Mireille, arrivait de sa campagne natale, dans une ville où elle ne connaissait personne. L’école au premier abord lui parut sinistre et grise. Au milieu de la cour, trois acacias pour unique verdure, la renvoyaient à ce jardin d’Eden, qu’avaient été ses premiers pas dans l’univers de la scolarité.

Sa gorge se serrait aussitôt devant tant de laideur.

Préau :

Les premières semaines après la rentrée, Mireille s’asseyait à chaque récréation exactement au même endroit, au bout du banc, silencieuse et désemparée. Seuls ses regards exprimaient son désarroi de se retrouver dans cette situation.

Blouses et blues :

Dans la cour, se bousculent, de nombreuses fillettes, en blouses rose bonbon et nylon nouveau, et des petites filles en blouse de coton, encore cousues à la main sur la table familiale. Ces tissus révèlent les milieux sociaux différents mais démontrent aussi l’arrivée d’une nouvelle époque, qui allait se montrer plus opulente, mais qui ne serait pas plus égalitaire.

Cela faisait apparaitre à Mireille son école de campagne plus lointaine encore. Une sensation d’abandon extrême emplissait son âme.

Fin de l’enfance :

Fallait-il qu’elle oublie pour un peu ses amies si chères, presque des sœurs, qui avaient partagé ses premiers pas sur les cailloux d’une rivière ? Un deux trois le pied se tord, plouf dans l’eau… Une grand-mère qui enveloppe de ses bras l’enfant sauvée du Nil. Belle image insolite dans son cœur. Premier éclat d’un trésor que Mireille amasserait tout au long de sa vie.

Rencontres :

Non, Mireille n’allait pas, cette année-là, plonger dans la nostalgie. Le banc où elle se morfondait allait redevenir, après les vacances de la Toussaint, ce qu’il n’avait jamais cessé d’être, un lieu de rencontre, pour Liselette, Roselyne, Nadia et elle.

Des fillettes semblables à elle, venant d’un univers proche du sien, avaient découvert ce fil invisible qu’était l’amitié, expérience, sentiment, que Mireille n’a depuis eu de cesse de recréer, même quand les circonstances ne s’y prêtent pas, et qui lui laisse à penser que l’école du savoir lui a appris l’école de la vie. Ces nouvelles amies ne lui avaient pas été données par le milieu protégé de sa première enfance, elle avait dû les mériter.

 

Aline