lectrice Charles Sprague Pearce _ Redading by the shore 1883Piste d'écriture: la lecture, et en particulier cette toile de Charles Sprague Spearce, Reading by the shore, 1883. Ce texte fera partie d'un roman en cours d'écriture.

Rêverie

 

            Tout le monde adore les câlins et cet après-midi serein, Minie a fermé son journal intime. On la nomme Mimine, c’est sa décision ; Marie Agnès est bien trop long. Ce surnom fait bien plus jeune et sublime son air rebelle et sa bonne mine.

            Allongée sur le sable, les vagues ronronnent à ses pieds, elle lit, elle lit, mais s’échappent encore de sa poitrine de petits cris.  Son livre est peuplé de fantômes comme sa vie, elle le sait. Sa famille a des secrets qui meublent souvent les silences. Son grand-père n’a pas fait la guerre, sa tante Hermine s’est enfuie ; à la suite des contrariétés, la morosité s’est installée dans la demeure de ses errances. La fille aînée de l’aïeule, la plus de plus, la meilleure la préférée, fut maudite un jour de printemps. On n’en parlera jamais plus. Mais refermons la parenthèse.

            On pourrait en dire tant et tant sur ces bonnes familles françaises et revenons à son tourment.

            L’adolescente s’évade dans la brume qui se lève ; les lettres dansent sous ses larmes qui assombrissent l’azur moiré. Des écumes bizarres entrent en scène sur les rocs des réalités. Elle aurait voulu être aux antipodes, à la recherche du méchant loup. Pourtant quand il surgit, elle trouve agréable sous ses doigts son pelage si doux. Les yeux verts lui renvoient l’image de tendresse et de liberté. Elle, elle s’astreint à être sage. La mode et les usages l’engoncent de civilité. Le monde lui a rogné ses rêves dans un semblant de vérité… Puis la tortue apparaît soudain qui, avec la bête sauvage, s’entretient de l’amitié. Elle n’a pas peur. C’est son amie ; et elle lui rappelle quelques principes pour ne pas se faire grondée. Car elle en a des remontrances, sur sa tenue vestimentaire, sa chevelure à la diable et ses écorchures aux genoux.

            Personne pour lui panser ses plaies de l’âme ; elle accepte tous les courroux. 

           

            À présent, la fillette  s’emplit des souffles taquins des feuilles et herbes folles sur son visage , elle revit les courses endiablées en compagnie des lapins dans les champs de ses vacances. Mais ses joues coquelicot, sa jupe embellie d’épines aux tâches bleues de mûres n’étaient pas du goût des adultes. Qu’importe ! Enivrée de découvrir la chenille puis le papillon, elle s’envole derrière l’horizon à la recherche d’aventures.

-              Qu’y a-t-il là-bas ?  se demande-t-elle, en regardant les nuages. Ce doit être un monde merveilleux où aucune âme ne se blesse, aucune mort ne surgit. L’éternité s’enrichit des pensées hirsutes et sensuelles, et se teinte de mille couleurs. Les émotions s’y déclinent du blanc au rouge et passent au vert ; ensuite, elles illuminent dans le firmament l’arc-en-ciel. Dans cet univers de beauté,  le temps n’est jamais perdu. La curiosité est primée et la paresse, une vertu.

 

            Abritée sous son ombrelle, elle contemple ces chinoiseries qui se réverbèrent sur les minutes de ses songeries. Déjà , elle n’est plus tout à fait la fille de l’été dernier.

            Elle a 15 ans ;  attente, elle est attente avec son corps en mutation et sa soif de grandir si immense que son esprit se tourmente des gros nuages de l’oubli. Solitaire sur ce rivage, elle frissonne aux appels noirs des mouettes  ; les rochers découpent le paysage. Elle déchiffre alors sur la page, restée ouverte de son livre,  l’histoire des amants parfaits.