*Piste d'écriture: à partir de visuels d'une ville que nous connaissons bien, Montpellier, articuler lieux, pensée, mouvements, actons...*

   Si on n'arrive pas trop  tôt, on trouve de la place pour se garer à Montpellier : il suffit de sortir de l'autoroute à l’indication «Millénaire » et de suivre la grande avenue qui mène au centre ville . Le flot des voitures vous emmène au travers des bâtiments ultra modernes qui font ressembler cette ville à la cité rêvée, savamment architecturée,ou tout semble conçu pour le bien être de ses habitants, le modèle en quelque sorte de l'utopie, ce pays de nulle part avec sa planification géométrique étudiée pour le maximum d'efficacité,dont le symbole était représenté par l'image de la ruche, avec ses alvéoles égalitaires et octogonales.

M. Raous, http://mraous.free.fr/public/clanguedoc.html      Le visiteur novice va de surprise en surprise : des médiathèques à  foison, un immense complexe sportif avec piscine en plein centre ville, des promenades constellées de fontaines,des statues représentant des  personnages mythiques, parmi les dieux de l'Olympe, le tout agrémenté d'arbres et de verdure . on  traverse les grandes avenues tracées par le tramway qui,de «  ding ding » en « ding ding » , dépose délicatement et en silence ses voyageurs, qui semblent savoir  ou ils vont, comme dans un scénario bien réglé, avec cette apparence de certitude tranquille, de bonheur apparent.

     Des sportifs joggent sur les allées, des jeunes filles en fleurs vélotent aux soulevés de leur jupe comme autant de clins d’œil complices. on s’arrête un moment devant la piscine, attiré par la musique entraînante d'un cours de gym, on glisse un regard à travers les vitres, des jeunes filles jouent les passantes en tournant et retournant leurs courbes au dessus d'une sorte de marche  qu'elles gravissent en rythme : on s’intéresse surtout à  une d'entre elles, qui ne semble pas trouver le tempo et dont les hésitations en font un personnage, qu'on ne manquera pas de réinventer un jour ou l'autre.

     On continue la promenade, sur la droite, une sorte de théâtre de plein air avec ses tribunes et l'alignement de ses  bancs de bois, sur lesquels de jeunes étudiants  entrent dans la vie : on voudrait s’asseoir aussi, mais on n'ose pas, on continue. Droit devant un immense centre commercial avec ses escaliers roulants qui vous enlèvent au regard de deux médiathèques tentatrices pour vous enivrer des promesses des « galeries layette ».

     On a vite fait le tour, on redescend. on reprend la promenade dans l'autre sens, jusqu'à trouver sur la droite la « rue de Thèbes », qui vous conduit dans un autre univers. les arbres de la petite place, comme ceux de Proust,agitent désespérément leurs bras : cherchant a transmettre un message que vous ne parviendrez pas à découvrir. Comme Proust vous les contemplerez , comme lui vous tenterez de résoudre l’énigme qu'ils vous proposent, comme lui vous renoncerez, comme lui vous leur direz : «arbres , vous n'avez plus rien à me dire, mon cœur refroidi ne vous entend plus »

     Ne soyez pas désespérés, retournez vous, vous apercevrez alors une sorte de fenêtre constellée de vagues feuilles de papier : sur la porte à coté, vous vous laisserez  guider par une inscription ; « Adra », n'ayez pas  peur, frappez, entrez, on vous attend :  vous déposerez votre bagage d'impressions, de sensations, d'images collectionnées pendant votre périple urbain. Vous regarderez encore une fois les arbres de la place qui agitent toujours leurs bras mais semblent plus confiants, plus rassurés : sans doute ont ils compris qu'un des personnages de l'atelier d’écriture que vous apercevez derrière cette fenêtre, parlera d'eux, les fera revenir à la vie, leur donnera leur véritable existence : comme l’étoile de Supervielle ils disaient  : "je tremble au bout d'un fil, si nul ne pense àmoi je cesse d'exister".

 Louis Portejoie, mai 2014.
Photo: Marianne Raous, retrouvez toutes ses cartes postales sur le site: http://mraous.free.fr/public/clanguedoc.html