Piste d'écriture:  EN VÉRITÉ RIEN NE SERAIT ARRIVÉ SI …………. ( continuez) 

En vérité rien ne serait arrivé si je n’avais pas oublié de descendre la poubelle à l’heure habituelle. C’était un dimanche, il faisait nuit, mais si je ne le faisais pas je devrais cohabiter avec mes épluchures et leur odeur. Alors je pris une torche électrique et bravai le froid et la nuit jusqu’au local en bas de l’immeuble.

J’allai refermer la porte métallique quand j’entendis un gémissement poignant, timide, assourdi. Dans le rond de lumière de ma torche un petit chat, tout en boule, le poil hérissé, tremblant, me fixait de ses yeux écarquillés et ouvrait sa petite gueule rose, peut-être pour m’impressionner, peut-être pout demander du secours.

Il ne se défendit pas quand je le pris au ceux de mon coude pour le tirer hors de ces immondices, l’amener dans un univers chaud, hygiénique, clair, où il trouverait la sécurité, des mains pour le caresser, des croquettes sur mesure pour son âge, des souris en peluche pour s’amuser. Le temps de remonter à l’appartement, j’avais vu tout cela d’un coup d’œil, d’un coup de cœur. Bref, je l’aimais déjà.

Après une première nuit commune à la tiédeur de la couette, je fus pris de remords. Et s’il appartenait à quelqu’un ? Je mis une annonce sur les boites aux lettres avec une photo vite faite sur mon polaroïd. Pas de réaction. Si, quelques mots : ‘’Non, il n’est pas à moi’’, ‘’Qu’est-ce qu’il est mignon !’’, ‘’Gardez-le, vous avez de la chance’’.

 Ma jeune voisine du dessous, avec qui je n’avais pas eu beaucoup d’échanges, me demandait des nouvelles du chat. C’est quand même plus sympa, au lieu de ‘’Ça va ?’’, d’entendre ‘’Comment va le chat ? ‘’ . On répond en décrivant affectueusement ses facéties, comment il a mangé les gambas préparés pour l’apéro, comment il a pissé sur le clavier de l’ordinateur, comment il ronronne sur mon oreiller le soir dès que j’éteins. ‘’Et comment l’appelez-vous ?’’ ‘’Je l’appelle Personne, il n’est le fils de personne, c’est son nom de famille’’.

J’avais trouvé un excellent support pour l’amour débordant que j’éprouve pour tous les êtres vivants sur terre. J’étais heureux.

Une qui l’était moins, c’est ma femme. ‘’Qu’est-ce que c’est que ce remue-ménage ! Pour un chat ! Quel chat ? Quelle race ? D’où vient-il ? Je n’ai pas assez de travail avec toi ? Il faut en plus ramasser ses poils, essuyer le lait qu’il a renversé, protéger Ava Gardner la perruche dans sa cage ! Et ces conciliabules avec la voisine, vous parlez du chat ? ‘’

Quelle furie ! Tout ça pour une pauvre créature qui n’a que moi comme parent. Durant nos longues années de vie commune je n’avais jamais découvert chez ma femme cette capacité de haine, cette cruauté envers les faibles. Son visage même me paraissait changé, raviné par des rictus et des grimaces.

Je décidai de me, de nous, mettre à l’abri. J’organisai dans ce qu’on appelait mon bureau car c’était mon coin à moi, un divan où désormais je dormirais, une grande corbeille ouatinée achetée chez Carrefour, des jouets à ressort pou amuser Personne, un verrou à la porte, avec un code personnel, oui, un code afin que nul autre que moi ne puisse ouvrir.

Je ne peux pas, ce serait trop long, raconter dans les détails comment je promenais Personne, avec une laisse, hélas, comment je le nourrissais de façon variée et équilibrée…. Par contre pas besoin de longues phrases pour faire comprendre la transformation de mon épouse, autrefois tant aimée, en sorcière rabâcheuse, méchante, perverse.

Rien ne serait arrivé si, un jour, je n’avais pas laissée entrouverte la porte de mon refuge. J’étais descendu acheter les croquettes favorites de Personne. Quand je revins, plus de chat.

‘’Où est-il ?’’, ‘’Je ne sais pas. Peut-être qu’il a sauté par la fenêtre…’’. Du 9° étage, vous vous rendez compte ?

 

Je ne sais pas si le chat est à la fin retombé sur ses pattes.

Ma femme, non.

Voilà toute l’histoire, Monsieur le Commissaire, je suis à votre disposition.