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9H 30—Un jour comme un autre, mars est capricieux cette année, tantôt col roulé, tantôt manches courtes ; la nuit s’est mouillée dans un vent d’ouest humide et tiède. C’est le moment de sortir mon grand jaune, presque neuf, parapluie suffisamment imposant pour abriter un autre avec moi, mais je n’ai pas d’autre en ce moment…Promenade jusqu’au Marais, le ciel a des taches bleues.

11H--  Légère bruine, le ciel promène des nuages qui nous envoient ces gouttes fines, j’entends leur bruit sous mon champignon ; certains se retournent en me voyant si petite sous cet encombrant abri ! Mais c’est celui-là que je voulais parce qu’il était éclatant, et que personne n’avait le même !   La rue s’encombre peu à peu, où vais-je déjeuner aujourd’hui ?

12H45--  Longue marche, il pleut fort, je bouscule parfois des passants avec mon parapluie de géant…  C’est l’heure où les travailleurs vont déjeuner, bousculades, piétinements, je m’accroche à une queue qui s’abrite, j’aime bien la rue quand elle s’agite, mon sandwich avalé, je reste un moment adossé à une vitrine, l’averse s’est arrêtée ; j’ai acheté des choses inutiles aux marchands de la rue ; un grand type noir me dépasse, tète au vent, l’air soucieux,  une femme en violet sous un pépin noir s’approche du trottoir, le ciel s’est dégagé, nuages légers que le vent pousse. Pas envie de fermer mon parapluie jaune.

Rentrée chez moi, des heures à attendre la sortie des bureaux….

18H--  Vent d’ouest, les nuages s’accumulent, pluie fine et pénétrante, je descends sur l’avenue, sous mon parapluie j’ai l’air en parade comme ces souverains  orientaux  les jours de fête !  Sérieusement, jusqu’à quand vais-je continuer ce cinéma ? Pour guetter qui ?  Je ne me décide pas, mais invariablement comme chaque jour depuis un mois, je vais me poster devant la sortie du personnel du « Vieux Campeur », là où les employés sortent…

 Il est nouveau dans la maison, toujours un imper marine et une courte barbe ;  la pluie redouble, je m’approche et lui demande de m’aider à traverser, pas le temps de lui dire pourquoi, il me prend le bras, me laisse sur le trottoir d’en face, mon parapluie nous a unis dix secondes, il me sourit en partant, moi aussi, …. ça suffit pour aujourd’hui.

Michelle Jolly.
Photo de Carole