Piste d'écriture: le dialogue. Insérer, entre les répliques, des remarques, pensées, descriptions.

 

UN BILLET POUR MARSEILLE

 La billetterie ouvre à 17h, dans cinq minutes. Le guichetier est déjà derrière la vitre, l’air renfrogné. Elle est de l’autre côté, penchée en avant comme pour pousser le temps à aller plus vite.

●-17h-●

-Enfin c’est ouvert ! Je voudrais un billet pour Marseille.

-Bonjour madame. Je vous fais remarquer que j’ai ouvert à 17h exactes.

-Oui, oui, c’est bien. Je voudrais un billet pour Marseille.

                            C’est dit très vite, sans respirer, comme s’il y avait urgence.

-Pour quel jour ? À quelle heure ? Vous connaissez les horaires ? 

-Je ne sais pas, moi ! Là tout de suite, le prochain train.

-Tout de suite il n’y en a pas, pas avant une heure, mais….

                            Le guichetier suspend sa phrase et regarde la femme d’un air moqueur. Il n’est pas                  d’humeur à se faire bousculer.

-Mais quoi ? Il y a un problème ?

-Pas de problème. Il y  a deux trains, l’un est direct l’autre omnibus.

-Eh bien alors, le direct.

                            Elle tripote son sac, elle s’impatiente, elle est pressée, elle voudrait déjà être partie.

-Ce n’est pas celui qui part le premier. L’autre part une demi-heure avant, par contre il arrive plus tard.

-Ça m’est égal, je vais prendre le premier.

-Celui de 18h40, alors.

                            Il dit cela rudement, le guichetier, il ne l’aime pas le 18h40. Sa femme l’a pris un jour,                             il y a justement un an aujourd’hui. Qu’est-ce qu’elles ont toutes ?

-C’est en quelle classe ? En seconde ? Vous avez une carte d’abonnement ? De réduction ?

-Non, non, je veux simplement un billet pour Marseille, en seconde.

-Peut-être voulez vous un aller-retour ?

-Un retour, pourquoi ?

                            Elle a l’air déconcertée. Un retour ? Elle ne l’a jamais envisagé. Elle sent qu’elle va se                  dévoiler si elle répond si brusquement.

-Je n’ai besoin que de l’aller, on doit me ramener en voiture. Ça vous va ? Ça ne vous regarde pas mais je vous le dis

-Ne vous fâchez pas, moi je propose ce qui peut faciliter la vie des usagers. Bon, nous disons une place, 18h40, pour Marseille. Vous voulez côté couloir ou fenêtre ?

                            Pourquoi a-t-il l’air d’un chat gourmand face à une souris en disant cela ? Il a trouvé  un truc pour la retarder, la voir s’impatienter, crisper les mâchoires et peut-être  deviner un début de larmes au coin des yeux.

-Ça m’est égal, mais qu’on en finisse ! Moi je veux seulement un billet pour Marseille.

-Le voilà. Vous payez comment ? En liquide, en espèces ?

-Par chèque, je n’ai que ça sur moi.

-Alors il faut une pièce d’identité.

                            Il a une voix doucereuse et traîne sur les mots. Elle explose.

-Qu’est-ce que c’est cette histoire d’identité ? Un contrôle ? Vous êtes flic ? Et si je ne l’ai pas, ma

carte, hein, si je ne l’ai pas ?

-Eh bien je ne peux pas vous donner votre billet.

                            Il a baissé les yeux pour dire cela. Quand il les relève, il voit la silhouette de la femme  déjà dehors, les épaules secouées, sans doute de sanglots, la démarche hésitante.

Voilà, se dit-il, celle là ne partira pas.