Piste d'écriture: créer des personnages à partir d'une caractéristique (ici, les prénoms), en associant autour selon la technique de la carte mentale, ou heuristique.

Cette fin d’été au Club semblait interminable, peu d’entrain chez les vacanciers, et notre groupe d’animateurs était réduit, question de moyens. J’attendais encore quelques familles, des célibataires, et j’alignais sur mon bureau les noms des manquants.

« La famille Richard, un couple de retraités, les Simonet, ils reviennent pour la troisième fois, Aliénor Duval et Béatrice Cartaud, même ville, peut être ensemble, j’ai aussi un Claude Villeret, et un Sacha Goujeon …il y a des prénoms qui interrogent tu trouves pas ? » je m’adressais à Jeanne la secrétaire qui souriait en douce :

« Faut dire qu’Aliénor au Club Med ! Des monarques nous visitent ? Je la vois arriver à cheval, longue robe et hennin bien sûr ! pourquoi pas un faucon au poing, pour chasser sur nos terres ?

–  Tu exagères ! mais c’est vrai qu’il lui faut un certain panache, une allure, brune peut être, avec des yeux durs et froids, et une voix qui ne supporte pas la répartie. Que fait-elle dans la vie cette Aliénor ?

–   Prof de math, à Bordeaux, elle doit mener ses élèves à la baguette, et sa copine aussi, elles viennent ensemble avec Béatrice ? Un autre prof sans doute, mais elle c’est du tout doux, sourire et gentillesse, je la vois bien dans les matières tendres, musique, chant.

–  Je connais une Béatrice, petite brune, ce nom veut dire « Bonheur », un visage gai, enthousiaste, rafraichissant, cela nous manque ces temps-ci. Je connais aussi Claude Vileret, étudiant en informatique, venu l’an dernier, mais , jamais vu Sacha Goujeon, ni même de Sacha tout court, et toi ?

–   Connais pas, je vérifie les fiches, Sacha Goujeon, relations publiques, je n’ai jamais su ce que cela voulait dire ? Je ne le sens pas bien ce Sacha, je me suis toujours méfiée de ces noms à consonance étrangère, trop de points d’interrogations, russe ou non ? grand ? sportif ? bavard ? vieux ? jeune ? don Juan ou romantique ? un peu malfrat sur les bords… ce non m’évoque des paysages désertiques, froids, le silence.

–  La musique, aussi, quelques dissonances, des voix fortes, je vois un grand, bâti en athlète, ou longiligne, brun, cheveux au vent comme les romantiques du XIXe siècle. »  

Le soir, quelques retardataires arrivèrent, la famille Richard et ses trois garçons, à surveiller de près, puis le couple des Simonet toujours contents, qui s’installèrent dans leur bungalow.

C’est un peu avant le diner que se produisit l’incident. Une cliente en furie pénétra dans le bureau, elle était rouge, et décoiffée par la chaleur et la colère :

« Qui est responsable ici ? Comment faire des erreurs pareilles ? Une femme couchée sur mon lit ? ses affaires éparpillées au sol ? je ne la connais même pas ! » 

C‘était une petite brune, l’œil noir et saillant, le doigt accusateur, jurant comme un soudard, et demandant à l’instant que l’on rétablisse de l’ordre dans nos fiches !

« Votre nom, madame ? demanda Jeanne d’une voix éteinte. 

–  Béatrice Cartaud, je voyage avec mon ami Sacha Goujeon, vous nous avez donné le bungalow du fond, où loge cette harpie ! »

La harpie arriva, style cheftaine scout, grande, short long et triste débardeur, grosses jambes, lunettes de myope, la lèvre amère, elle bredouilla son nom : « Aliénor Duval….. », elle avait l’air de n’avoir rien compris à toute cette histoire. Elle bouscula la plaignante et sortit en râlant.

Il nous fallut de longues minutes pour régler le problème, et remettre de l’ordre dans nos classements…C’est alors, qu’un petit homme roux et ventru   pénétra dans le bureau, sa voix était douce, un peu timide,

« Sacha !! enfin c’est arrangé ! » cria la brune en se levant 

On les a regardés partir, se sentant débarrassées de leurs querelles, de nos erreurs, mais aussi regrettant nos illusions….

 

 

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