Piste d'écriture: créer un écho entre un narrateurdu présent et un personnage du passé, en s'appuyant sur la première phrase du roman de Marie Darrieussecq, Etre ici est une splendeur: "Elle a été ici, sur la Terre et dans sa maison."

claddagh

….La maison était grande, depuis trois cents ans accrochée sur quatre niveaux au roc cévenol ; tantôt ferme, magnanerie, puis maison de famille, nous y étions depuis huit ans, seule une terrasse nous manquait :  pour regarder loin dans la vallée, pour y accueillir le levant, pour être au frais, le soir. On en rêvait chaque été…

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C’est là que tu vécus, petite fiancée camisarde, installée depuis longtemps, hors du village, là où seuls tes pareils avaient le droit, les religions en guerre te mettant à l’écart. Au rez-de-chaussée, la cuisine, froide et humide, sombre et souvent enfumée par une cheminée dedans laquelle on s’assoit par grand froid pour trier les châtaignes, à l’étage les chambres où le roc affleure ; en haut, tout en haut les grandes pièces ensoleillées pour le ver à soie, le travail qui vous fait vivre, toi et ta famille. Je te vois bien, active, triant les feuilles des muriers du jardin, les dispersant sur les tables, au-dessus des vers affamés…

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Nous, on avait choisi cette pièce, la plus haute, la plus claire et souvent j’imaginais l’énorme bruissement que font des centaines de vers en mâchonnant les feuilles... On était bien, et regardant la vallée on avait décidé de construire la terrasse……  

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"Foi de Cévenole je ne veux pas de terrasse ici!" as-tu peut-être murmuré, au magniolia ou aux oliviers alentours!!  C’est vrai que l’on n’a pas entendu…

....Avant hier ils ont creusé pour bétonner et construire l'escalier, il a fallu aller en profondeur et là ils se sont arrêtés , médusés, et sont venus nous chercher ...

Pardonne-nous, petite fiancée fragile, mais on ne savait pas, tu dormais là, en pleine terre, là où ta famille avait décidé de te mettre, le cimetière du village t'étant interdit. A deux pas d'un rosier, tu étais là, enfin ce qu'il restait de toi, après trois cents années passées. Un crâne intact, un fémur et quelques côtes, et surtout des os de ta main avec cette petite bague d'argent, bague des fiancés nous a-t-on dit... 

Quelques mètres plus loin l’on a creusé un large trou, pour te déposer au fond avec toute l'attention que l'on te devait, ta bague bien fixée, puis l'on a refermé.

Là, au-dessus, j'ai planté un arbre, celui dit de Judée pour que personne un jour ne te dérange à nouveau.

 Longtemps, sur la terrasse dominant cet endroit, on a parlé de toi, et le soir, j'en suis sûre, quand la hulotte crie en parlant à la lune, tu l'entends comme moi. "Tu as été ici, sur la terre et dans ta maison"