Piste d'écriture : alterner différentes manières de raconter une histoire (dialogue, discours indirect), en partant si souhaité des phrases en italique tirées du roman « sens dessus dessous » de Milena Agus.

 

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            - Tu sais que j’adore venir ici, sur cette plage ? me dit-elle.

Si je le savais ! Comment pouvait-elle penser qu’il m’était possible de l’ignorer, depuis le temps ? Elle m’explique alors, pour la énième fois, que cela lui fait un bien fou, qu’elle a l’impression que, devant la mer, tout paraît plus léger, car chaque problème arrive avec les vagues, puis disparaît quand elles se retirent. Cette sensation lui permet de faire le vide dans sa tête, de canaliser ses émotions. Elle deviendrait folle s’il n’y avait pas la mer à proximité de chez nous.

- Bon, maintenant que tu as bien écouté la mer, peut-être peut-on enfin aller chercher les enfants chez mes parents ?

- Oh, avec toi c’est toujours pareil, quand par miracle on vient ici, c’est en voiture jusque sur le sable, et on n’a même pas le temps de s’imprégner de l’atmosphère du lieu qu’il faut déjà rentrer !

Et de repartir sur sa litanie de reproches habituelle, comme quoi je serais incapable de l’écouter ou de la comprendre, je ferais passer mon intérêt personnel avant le sien ou celui de la famille, je serais limite alcoolique, et, nouveauté du jour, je deviendrais vulgaire et empâté. Rien que cela !

- Sophie, ça suffit pour aujourd’hui, on y va ! Mes parents n’ont pas que ça à faire, de nous attendre, avec les gosses qui doivent en plus être excités de nous retrouver !

- Vas-y si tu veux, moi j’en ai marre, j’ai besoin de calme et de solitude ! On leur a refilé les petits pour pouvoir passer quelques jours tous les deux « en amoureux », et t’en as profité pour inviter tes copains à la maison ! Joël et Stéphanie, passe encore, je les aime bien et lui est le parrain de Nico. Mais ta bande de soulards, qui nous ont laissé la maison sens dessus dessous, ils n’étaient pas prévus au programme ! T’as vu à quoi j’ai passé mon week-end ?

C’est vrai, entre hier et aujourd’hui Sophie en a bavé pendant plusieurs heures, équipée de torchons et de serpillères, pour rendre au salon et à la cuisine un peu de leur lustre originel. Sans parler des chambres, pleines de mégots et autres restes peu ragoûtants. Tout cela pendant que je raccompagnais mes potes chez eux et partageais le dernier « verre de l’amitié »…

- Alors moi, maintenant, reprend-elle, je rends mon tablier de bonne à tout faire, de gentille épouse et de mère attentionnée ! Récupère les enfants tout seul et occupe-t-en, ça changera !

Les joues rouges de colère, elle me conseille de décongeler les lasagnes et de coucher Nico et Mina tôt, après avoir vérifié leurs devoirs. Voyant ma mine déconfite, elle ajoute :

- Et ce n’est pas tout. Je ne rentrerai pas ce soir, ni demain, en tout cas le temps qu’il faudra pour que tu te rendes compte que notre couple fonce droit dans le mur si nous continuons comme ça.

J’en reste un instant sans voix. Sophie, la douceur faite femme, qui me provoque ainsi, c’est de l’inédit !

- Calme-toi ma chérie…

- Ah, il est temps que tu t’en souviennes, que je suis ta chérie ! Va-t’en et laisse-moi tranquille ici, seule avec les vagues. Et ne t’inquiète surtout pas pour moi, j’ai pris quelques affaires dans mon sac et quelqu’un viendra me chercher.

- Quel « quelqu’un » ? je lui demande, sans obtenir de réponse.

 

Je reviens alors vers la voiture, dépité. Mais pas pour longtemps, car une idée me traverse aussitôt l’esprit. J’appelle mes parents pour leur demander si ça ne les dérange pas de garder les petits une nuit de plus et de les amener à l’école demain matin… puis je compose un second numéro :

- Allo, Yasmina, ma princesse, je suis dispo ce soir et nous pourrons même passer la nuit ensemble…