Inspiré d'une phrase de Sens dessus dessous, de Milena Agus (en bleu dans ce texte).

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Denis: « Tu sais que j'adore venir sur cette plage? j'ai l'impression que devant la mer tout paraît plus léger, chaque problème arrive avec les vagues qui le remportent en se retirant »

Adèle se mit à inspirer longuement tout en suivant le bercement de la mer, à l'écoute de son ami assis tout près.

De leur silence émane de la tendresse, de leur implication dans le sable, l'union des corps.

Sourire précieux, elle lui prend la main. Emue, elle pense qu'elle aussi aime cet espace vertigineux à ses côtés. Tant de fois avant qu'il ne revienne d'Egypte, elle lui dit qu'elle en avait rêvé, mélancolique.

Denis avoue que lui aussi avait le vague à l'âme quand il pensait à elle, sa chevelure rousse ondulée lui chatouillait les narines, dans le lit le contact de ses pieds qui se recroquevillaient contre sa jambe lui manquait, la bataille des oreillers...

« Je n'ai pas voulu couper », conclut-il. Devinant l'idylle, sa femme avait organisé leur départ et grâce à ses contacts l'avait propulsé ambassadeur au Caire.

« Je ne voulais pas y croire » lui rétorqua Adèle. Pourtant, elle n'avait pas osé affirmer ses sentiments. L'absence avait révélé le manque. Et il est là maintenant et elle est là tout près de lui.

« Dis-moi que tu restes, cette fois ». Elle sonde le regard bleu acier de son ami qui se plonge en retour dans ses yeux verts profonds.

Le bateau dans le port siffle, elle doit rejoindre le continent. « Dimanche prochain tu seras là? »

Oui, il l'attendra à l'embarcadère de l'île, l'île de leur amour.

Elle s'envole le cœur plein, grimpe sur le pont, il lui ouvre ses bras, dernière image du soir.

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La semaine longue et douce, les nuits chaudes et langoureuses, l'attente, ce poison bienheureux, appelle la réponse 

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La réponse est rapide, un télex à sa maison le jeudi soir, un imprévu. Depuis le début l'imprévu joue à les ignorer, à imiter les faits, les certitudes.

Ses bras à elle s'énervent, elle se sert un cognac, celle qui ne boit jamais s'inonde dans le canapé.

L'image revient obsédante, mais qu'avait-il promis ?

La broderie du cœur laisse un trou béant qu'elle ne pourra tramer.

 

Il va revenir plus vite qu'il ne pense, mais que pense-t-il ? « Tu es mon rêve ». Mais je veux être sa réalité. L'esquisse faux avenir, je ne veux plus, cela fait trop mal. Denis pense que je ne peux vivre que cet éphémère. Il se dissout pour me laisser respirer, mais je réponds qu'il m'étouffe par sa fuite. Union délétère, chacun crée son tableau. L'un un tableau de disparations, l'autre, d’émanations.  Sur quelle toile nos mains réunies.

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Le dimanche elle retourne sur l'île, assise à la même place, même robe à fleurs, jusqu'à frissonner. La mer la torture à se donner et à reprendre, il ne viendra pas.

Le dernier bateau du soir appelle les retardataires, elle part à regret, laminée. Un couple de dos s'éloigne sur le quai. L'homme a sa taille ! Elle court, les dépasse et leur fait face brutalement. Ce n'est pas Denis. Elle court alors vers le ponton, souffle désespéré. Rassurée pourtant qu'il ne soit pas infidèle.

Elle rentre, morne chemin.

Sous la porte d'entrée, glissée, une fleur de bougainvillier. Un clin d’œil ? Il savait qu'elle rêvait d'une terrasse ornée de ces fleurs délicates, des roses, des rouges, des blanches ainsi que des frangipaniers.

Où est-il ? Dans la ville, déjà reparti ?

 Elle ne peut dormir

Je n'y tiens plus, quels repères ? Le café des Trois Larçins, la tonnelle place St Georges, le parc d'Alicante. Défilent dans sa tête les directions, il fait nuit, elle les explore l'un après l'autre, cherche son âme sœur. Elle en est sûre maintenant, son âme sœur c'est bien lui qui lui a laissé ce signe.

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Denis se dit qu'une fois encore la paix, il l'a cassée.

 Je ne peux supporter le bonheur au présent, seule l'absence me fait rugir. Adèle si magique, parce que soudaine, parce qu'absente, parce que désirante.

Il n'y a rien à comprendre, pas d'explication ni de lamentation, c'est ma nature qui me guide, je n’y peux rien. J'ai besoin de vouloir, et quand je l'atteins, un nouvel idéal plus loin se dessine. Belle rousse dans le ciel, je te contemple, belle lune rousse.

 

Elle a crié, elle ne l'a pas trouvé, elle ne le veut plus, plus jamais.

Désordre dans la chambre.

Elle se couche sur le carrelage de la cuisine noir et blanc. Sa robe à fleurs fripée, cheveux mêlés aux  miettes de pain tombées. On ne l'y reprendra plus, à l'amour.

 

 

 

 

chantal j