Piste d'écriture: le conflit (et sa résolution)

 

Ampersand

Pourquoi tu me l'avais caché, moi ta meilleure amie?

Parce que cela n'entre pas dans notre relation à nous......

Comment oses-tu te dédouaner ainsi?

Tu es unique et je t'aime dans ce face à face.....

Tu es impossible! Et tu as toujours raison! Mais la douleur que tu infliges...en es-tu si insensible?

J'ai appris à me dissocier de toutes les souffrances....

Tu n'as donc pas de coeur? Pas de culpabilité? Pas d'éthique envers les autres?

Je ne sais, la fissure opérée....oh et puis tu n'as pas à me tirer les vers du nez, aimons-nous ainsi simplement, ....

Mais tu ne te rends pas compte? Tu m'as défigurée, éjectée de mes appuis, posée au centre du désert, tu t'es servie de moi....

…. Je t'ai rendue à ta lumière, à ta liberté première!

Non tu m'as détruite, je suis perdue, ce grand écart m'effraie...

C'est là que tu te donnes à toi-même!

Tu as séduit mon amoureux, nos deux couples fonctionnaient...

Ce n'était que couvertures.

Mais c'était ce que tu imaginais, tu as toujours été bonne pour les tragédies, de quel droit  nous imposer de les jouer ?

Tu n'as rien vu venir, miroitante dans tes sourires, mais ton homme oui était inquiet ...

Pourquoi tous ces mystères, vous vous êtes moqués de moi!

Non, nous t'avons épargnée, j'y ai perdu le mien aussi, c'était les règles..

Froide et implacable, et tu brûles d'amour? Je ne te crois pas, je te déteste, je....

Humm............

Je te hais.....

Ah..........

Hors de ma vue, hors de mon existence...........

D'accord. Mais..... je t'aime

 &

Enfin débarassée! Après 6 mois de dépression passés chez sa mère à Varengeville, Clotilde se sent prête à affronter le monde. Tout a changé: son nouveau travail, apprenti-fleuriste. Fini les intellos et les mentaux tordus et arrogants. Se frotter à la matière, des rapports sains, courts et étroits: combien coûte ce bouquet, du papier rose, une gerbe pour enterrement. Elle ne sent plus rien, ce sont les autres désormais qui souffrent, son coeur dans un cocon étanche. Elle ne croise plus les regards, seulement ses souliers ou ses mains abîmées par les couteaux, ciseaux, pinces, la grosse poubelle à vider, puis délicatement enserrer les tiges, ce sont elles qui s'offrent.

Elle reste à l'orée de sa nouvelle vie: studio sous-pente tristounet qu'elle ne fréquente que pour s'allonger épuisée, les journées longues au magasin, la visite du lundi à sa mère sont chronométrées, paramétrées, chiffrées et déclarées, elle se range derrière six années durant.

Six ans que son coeur est éteint, seul le sang oxygéné va et vient automatique. Elle s'en réjouit.

 

Sa mère, son seul lien, décède. Un tsunami emporte Clotilde, elle n'en sait rien.

Un jour à la boutique, un client l'énerve à lui tourner autour en essayant de la faire parler: votre fiancé a de la chance, c'est une femme comme vous que j'aurais dû épouser! Elle se jette sur lui prête à le mordre, stoppée par la patronne qui évite le scandale.

De là Clotilde devient taciturne, elle disparaît un jour..sans laisser de traces.... En fait peu la recherchent, seulement quelques clients l'évoquent, puis s'estompe son profil. On n'en parle plus!

La patronne a donné ses ciseaux à une nouvelle employée, on l'oublie vite..

&

C'est l'émission concours de talents: la patronne adore, c'est son décor du samedi soir  avec son mari et sa fille, tous les trois rangés dans le canapé de cuir rose,  entre les pieds déchaussés, sur la table du salon en plexiglas, une pizza éventrée arrosée de rouge lilas. Tss tss ce soir, elle n'en revient pas: à peine le présentateur a reçu les candidats en ligne qu'elle frétille, les yeux ronds et, tout excitée, lance à sa fille, coup de coude appuyé: eh tu ne la reconnais pas? C'est bien elle, ben oui Clotilde,   mon employée qui avait  filé... ou vraiment un sosie qui lui ressemble!!

Quel duo!

Le jury est enthousiasmé par la prestation de Clotilde et Amélie (elles ont gardé leurs prénoms), un numéro de clowns tendres et légèrement ironiques.

Sur le canapé, on n'en croit pas ses yeux: comme Cloclo a changé! Une grande personnalité maintenant!

Derrière l'écran, Amélie et Clotilde, émues, rayonnent. Main dans la main elle retrouvent les coulisses.

A la sortie de leurs loges, les producteurs les sollicitent. Elle se regardent, éclatent d'un rire clair et enchanté, et sans même se concerter, signent leur premier cachet.

&

Le lendemain.. Le car les amène à travers la campagne, Varengeville au loin, le cimetière.

Clotilde a tenu à honorer sa mère avant la tournée. Elle avance dans les travées crissantes, dépose un bouquet de séphoras tandis qu'Amélie, en retrait, ausculte les noms et images gravées sur les pierres grises. Elle se voit aussi dure, immuable que ces pierres.

 

Elles remontent dans le car, en route pour leur premier spectacle à Doisnault, rigolent et frissonnent en choeur. Clotilde s'endort sereine. Amélie sonde la nuit à travers les phares et au moment de sombrer: « sans mémoire ni tombe, je suis aux quatre vents, née de personne ou de fantômes,

toi seule m'as rendue à mon humanité ».

Des larmes de verre tremblent au bord de ses pupilles. Elle presse son corps vers son amie assoupie.

 

Chantal J