Un conflit (interne ou externe), et éventuellement sa résolution.

violon interrogation

Chaque fois que je traverse la Grand-Place, le matin, je me répète que son décor est insolite, la façade des bâtiments disparates me choque : ainsi le marbre gris, les balustres du Crédit Agricole, son petit air XVIIIème irait mieux à notre Opéra, si triste, blockhaus cimenté, sans faste d’architecture, à part un escalier de façade d’une certaine allure. Je le connais bien car je le grimpe presque chaque jour, et chaque jour je regrette le manque de panache de ce bâtiment où je travaille. Je franchis l’immense porte automatique, traverse l’accueil froid et désert, un long couloir, et enfin la salle des répétitions, là où je suis premier violon, un poste toujours désiré, et que depuis longtemps on m’envie.        

J’aime les répétitions, on décortique, recommence, le chef est sans pitié et j’aime son exigence, même s’il faut depuis quelques temps que je sois tendu comme un débutant, faisant attention que personne ne s’aperçoive de mon problème : ma main droite tremble ! C’est impossible !!

Au début j’ai cherché le pourquoi : une nervosité ? trop bu ? non, trop fumé ? Non plus. Une contrariété ? Pas davantage.

Je n’avais aucune raison à ce tremblement, on avait fêté mes cinquante ans le dimanche d’avant, je n’étais pas un vieillard…. Je voulus ignorer la chose, et me dis qu’heureusement ce n’était pas la main droite, car un archet tremblant était indomptable… J’essayai d’oublier….

« Trop de vibratos, Guillaume ! » a crié le chef, ce matin. Je suis devenu rouge, mes voisins ont souri. Je commence à avoir peu… que m’arrive-t-il ?

Je vais devoir, je le sens, faire le chemin à l’envers, rétrograder, et je ne m’habitue pas à cette idée. J’en ai parlé à mon voisin, il a remarqué dit-il mes difficultés, et joue parfois un peu plus fort pour masquer mes erreurs ! « Tu peux pas continuer comme ça », dit-il….  A la maison, parfois on en rit, j’ai évoqué de rentrer, peut-être, dans le chœur de l’Opéra, mais un de mes fils a répondu « Mais si tu chevrotes un jour que diront-ils ? » Puis il a éclaté de rire….

Le médecin m’envoie faire plein d’examens, je prends mon temps… Pourtant j’ai décidé de demander une place dans le pupitre des altis, leurs partitions présentent moins de difficultés que les nôtres. Personne ici ne m’interpelle et je reste sur le navire, c’est mon seul désir, rester sur le navire. Profiter de chaque note, de chaque phrase. Demain ou après-demain ? On verra…..