Piste d'écriture: le seuil.

 

Seuil en glissade.

Le présent qui ne se laisse pas vivre.

 

Où est la sortie ? Je manque d’air.

À la porte cochère il improvise une valse-hésitation, un pas en avant, trois pas en arrière, se cogne aux montants qui s’effritent. La poussière de pierre, impalpable, forme des barrières dans sa tête.

Tu erres, tu patines, sidéré tu ne distingues plus la moindre sente, effrayé le sol se dérobe, et tu vacilles.

 

Je sombre, on me tire par les pieds dans une eau profonde et noire, comme dans mes pires cauchemars.

Le heurtoir est prêt à le broyer, il esquive au dernier moment,

Il est sauf, mais se dressent chicanes, barricades, chausse-trapes. Il renonce et stagne. Il prend le frais sur le perron, sous la marquise et près de la bobinette des contes. Comme si une intervention magique pouvait le tirer de son marasme.

Eh couillon, c’est quand que tu te remets en route ? C’est simple pourtant, change de direction, et ça ira mieux. Pourquoi s’acharner sur un chemin qui ne mène nulle part, alors que tu as senti depuis longtemps qu’il s’agit d’une impasse? L’ego est celui de vous deux qui prend le plus de place dans l’histoire, qui bloque, qui reste en rade entre deux idées fausses, quand un corps souple et une intuition sûre se faufileraient aisément sur tous les terrains, y compris les plus minés.

Tu procrastines, éludes, donnes le change, t’agitant un peu pour faire croire que tu progresses. Alors que non, justement pas, tu es coincé par le battant, tombé dans le panneau, bloqué dans le regard. La clé est tombée dans l’écluse. Elle est déjà ensevelie dans la vase.

 

Se tenir au bord de la vie, fasciné, mais crispé pour ne pas se laisser happer par elle.

Désir et immobilité mêlés, qui se contrecarrent. Croire que l’on peut se déterminer. Alors que nous sommes si peu libres. Deux ou trois choix ont pu infléchir notre vie, quand tellement d’éléments se sont imposés à nous.

 

J’étouffe, coincé entre le chambranle, la porte et les gonds. Aplati comme une limande, les yeux à la Picasso, qui regardent dans deux directions différentes. Pas facile alors de me déterminer pour sélectionner une voie à suivre. Alors je me dédouble, avançant d’un côté, m’enfonçant de l’autre, me prolongeant sur la gauche, vêtue d’ombres chinoises sur la droite. Me projetant vers l’infini, et plongeant à l’aveuglette dans un magma issu du passé. La passe ne se laisse pas franchir. Les ducs d’Albe et les hauts fonds l’ont emporté, pour le moment.

Il a renoncé, c'était trop compliqué, grosse flemme. Il est resté coincé dans un temps trop difficile, il attend juste que sa vie se déroule maintenant, en simple spectateur...

Tu cherches ailleurs, défriche un terrain inconnu, à pas lents, seul. Les barrières se laissent franchir lorsque le moment en est venu. Certaines résistent longtemps, alors tu creuses pour passer dessous, ou les contournes. Personne n’a décrété que les obstacles devaient se franchir comme des haies, à foulées sûres et la tête dégagée.

 

Vous êtes enfin arrivés, le temps de l’attente, du labyrinthe, du jeu de l’oie est achevé, vous êtes morts. Plus de carrefours, plus de choix, enfin. Quel dommage que vous ne l’ayez pas remarqué, et que vos ombres continuent à s’épuiser dans les corridors du temps, les longeant, les escaladant, les arpentant, alors que vous pourriez enfin vous reposer. Les temps de vos doubles est venu, c’est à eux maintenant de se perdre à l’aveuglette dans les plis du monde.

 

Florence Chaudoreille

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