Quelques débuts…

 

Les déceptions sentimentales permettent de développer certaines aptitudes. N passa maître dans l’art de rentrer chez lui[1].

On raconte souvent des histoires aux enfants pour les endormir. On ne devrait jamais vouloir endormir les enfants, on devrait vouloir les éveiller.[2]

Vingt-deux heures. Les dossiers en cours sont bouclés. Je m’étire, le regard perdu dans le vide. La nuit est tombée d’un coup sur la ville, noire[3].

Il est six heures. La lumière du jour s’infiltre déjà dans la chambre, suffisamment pour distinguer le lit, une forme allongée dedans, et une longue silhouette debout à côté[4].

Ma première amoureuse était une enfant sage. Elle avait onze ans, portait des robes de velours aux teintes sombres, et des chemisiers blancs à cols ronds, dentelés en pétales[5].

Ce matin de novembre, Gisèle s’étonne de ne pas trouver son vinyle préféré posé là où il devrait être, sur la commode en osier du salon. Edith Piaf, ses plus belles chansons, a disparu[6].

 

On peut commencer de différentes manières. Voici quelques exemples :

Accrocher le lecteur par une affirmation intrigante, voire paradoxale (1 et 2). Le texte aura souvent le ton du conte ou de la fable. Il aura tendance à survoler plusieurs évènements, à aller vite et loin.

Poser un décor, une situation, et y faire jouer un ou des personnages (3 et 4). Dans le début 3, le lecteur est invité à partager un moment du personnage-narrateur. Dans le début 4, on est un peu extérieur, on regarde la scène. Quoiqu’il en soit, on s’attend à ce que le récit qui suit soit riche en détails et situations précises.

Décrire un personnage, ou faire un focus sur un sujet d’attachement : un être, un lieu, un objet, une habitude qui ont un poids affectif. Cela amènera souvent à un texte portrait, ou à suivre l’évolution d’un personnage.

Démarrer « in media res », en cours d’action, comme le début 6. On aura besoin, à un moment ou un autre, d’explications, mais on est plongé dans l’ambiance très vite.

C’est bien de varier les débuts, car cela surprend le lecteur, nous surprend, nous amène sur d’autres sentiers d’écriture.

Jouez avec ceux-ci. Choisissez-en un ou deux (vous pouvez changer des faits, noms ou mots, l’important est qu’ils gardent leur spécificité.)

Au gré de vos lectures, faites-vous une petite anthologie de débuts.


 

Fable, lafontaine, conte philosophique, Le vicomte pourfendu, le baron perché, antiono calvino

Joseph K, Kafka

 



[1] Plongeon, Olivier Salün, in Short Satori, 14 nouvelles sur l’Eveil, éd Antidata, 2007.

[2] Irréparable(s), Romain Protat, id.

[3] 35, Amandine Bellet, in Douze cordes, 12 nouvelles musicales, éd. Antidata, 2013

[4] Le seuil (variation sur Free Bird), Scarlett Allainguillaume, id.

[5] Sixième bleue, Olivier Salün, id.

[6] Tout ce que tu fais est merveilleux, Charlotte Monégier, id.