di rosa

Piste d'écriture: Le tour des mondes, d'Hervé Di Rosa

Dans mille et une nuit

Je suis.

Dans mille et une nuit.

Dont je ne peux m’extirper

Sous la chaleur des années

qui gouttent,

projetant une à une les éclaboussures du temps.

Une tache solaire,

Une tache d’araignée,

la toile trop bien cirée de sa colle mauvaise,

un sirop âpre et affreux,

une entité gluante.

Un désir fort en bouche

qui jamais ne s’enchante.

 

La peur.

Qui sort de son tombeau,

puis qui rampe, funèbre.

Bientôt se visseront sur son noir pardessus

l’accroche des corbeaux suivis de leur petits

me fonceront dessus en bandes acérées

Eux qui formaient la haut une tâche tremblante

qui à présent descend de ses ailes méchantes.

 

Et puis soudain… la Nuit.

La nuit opaque et large

La Nuit.

Pleine de prétentions, qui masque son visage.

Son manteau traîne à terre balayant les repères de ses franges drues.

Les bijoux qu’elle égraine du bord de ses longs cils,

à l’aube montante dégoulineront en flaques

qui iront s’égoutter au grès des alentours tout saignants de leur crue.

Et la marée sera énorme, envoûtante.

Se fera colline, sèche de terre sévère et de sombres desseins.

Elle mangera le ciel,

dégustera une à une les cimes jaunies,

dévorera le moindre jet de lumière savante.

Elle se proclamera l’Obscure Intelligente.

Posera sur son crane décharné sa couronne d’épines salies.

Fera de sa harde un empire de maudits,

un repère d’outragés, des brigands de la lune.

Qui s’abreuvent dans les courants, se jetant dans l’écume.

Ils volent le ciel des arbres et sucent jusqu’au fond le jus des orchidées.

Et l’orgie finira tellement tard, tellement loin,

que lancés à leur trousses, les cavaliers de lumière s’aborderont d’eux même leur course frénétique.

Les sabots d’or de leurs chevaux,  éteints en la plus vulgaire ferraille, il ne restera d’eux seulement quelques écailles.

Abandonnées au sol telles des envies rongées.

Et leurs crinières pourries en jaunes cheveux défaits tomberont une à une comme des fils de poussière.

 

Puis une bouche gluante aux ourlets délicats viendra tout engloutir, les hommes et puis les bêtes et tous reposeront dans le ventre du monstre.

Et personne ne saura ce qu’il adviendra d’eux.

Ni quel sera leur sort, ni ce qu’ils font ici.

 

Pourquoi la nuit est douce alors que rien ne l’enchante ?

D’où vient ce silence tiède quand tout est terminé ?