mariage

Piste d'écriture: cartes du jeu Unanimo (Ed Interlude, Cocktail GamesJ), classées en personnages, lieux, objets, évènements.
Les cartes de Michelle étaient: jumeaux- mariage - globe terrestre - un couteau à manche doré.

 Cette histoire est tellement ancrée dans ma mémoire, que je me souviens du jour et de la date où j’ai reçu le faire-part : Olivier se mariait ! Pourquoi pas Raphaël ? Je ne pouvais les séparer. Autrefois, au collège puis au lycée, c’étaient « les jumeaux, », indissociables, jouant tellement de leur ressemblance qu’ils nous avaient plus d’une fois piégés ; en devenant adultes, ils avaient dû changer, vivant différemment.

C’était donc le seize Juin deux mille quinze, j’étais invité à Clermont, dans la propriété familiale où Olivier épousait Sylvie, issue d’une vieille famille Clermontoise.  Olivier était luthier, à la suite de son père, métier rare, cela lui allait bien, précis, équilibré, sensible, d’une humeur égale, j’avais toujours apprécié sa compagnie. Nous avions passé notre bac ensemble, Raphaël ayant pris une année de retard… J’aimais sa gaieté, son enthousiasme, je ne connaissais pas Sylvie, mais je supposais qu’elle s’accordait à sa personnalité puisqu’il l’avait choisie…

Je connaissais moins bien Raphaël, mais j’avais dû me rendre souvent à l’évidence que, malgré leur ressemblance hallucinante, il était la face opposée de son frère. Raphaël était effacé, peu sûr de lui, parfois violent, supportant mal les contraintes. Il avait eu des difficultés dans ses études, instable souvent, et avait fait de nombreux petits boulots de remplacements, représentant en confiserie, barman, facteur, souvent au chômage.

Le seize Juin vers dix heures je rejoignais Olivier sur le perron de leur grande maison, costume gris clair, cravate bleue, il était rayonnant, nos retrouvailles furent chaleureuses, j’étais heureux de l’accompagner, beaucoup d’invités, famille, amis. La voiture amenant Sylvie entra dans le jardin, en sortit une jolie blonde qui me serra la main ; puis chacun reprit sa place, je suivais, il fallait vite rejoindre la mairie, l’église. Je cherchais Raphaël. Je crus l’apercevoir, silhouette noire, frêle, se glissant dans la foule ; le repas fut long, bruyant ; je restai un long moment à fumer, dehors… Au moment du bal qui débutait, dans le jardin, je vis Sylvie rayonnante, un peu partie, tourner au bras d’Olivier, la piste était surchargée, il faisait très chaud…

Ils ont dansé longtemps, puis j’ai vu Olivier lâcher la taille de sa danseuse et aller vers le bar pour rapporter quelque boisson, puis à nouveau son costume gris enlacer Sylvie, l’embrassant et valser, valser… elle s’abandonnait au flot de la musique… ils avaient l’air heureux... un couple uni, amoureux……….et c’est là que j’aperçus, au borde de la piste, Olivier , deux verres à la main, pétrifié, fixant les danseurs.

Il y eut un moment confus, suspendu, électrique, puis un cri !.... Dans l’affolement et le désordre familial, j’eus envie de partir, et ce n’est que le lendemain que l’on me parla d’un globe terrestre qui avait traversé la salle en direction du faux-marié, et aussi d’un couteau à manche doré qu’Olivier reçut en plein ventre quand il essaya de s’approcher…

Plus tard Olivier se remit de sa blessure, Sylvie de sa méprise, quant à Raphaël, il était parti loin, pour essayer de se faire oublier et vivre ses propres rêves.