papillon papillonnage Les mouchoirs

Ce texte a été inspiré par des cartes créées par Papillon & papillonnage. Il s'agissait d'écrire autour, tant des visuels qu'en s'inspirant des phrases. 

 Il est venu le jour !

Il est venu le jour, mon amie, mais le temps a souhaité se prélasser une minute, furtivement . . .  La vie, éclatant subitement d’une force incroyable, vient d’interpeller et rappeler son attachement pour chacun d’eux. Pas de départ dans l’urgence … Un souffle nouveau, puisé dans la tranquillité de l’instant, leur a permis de rassembler leurs idées, leurs souvenirs. Il faut que le film de leur existence arrête de dérouler trop vite son scénario.

Cela aurait pu être différent. Simone et Clovis auraient aimé que ce soit différent. Ils auraient continué à avancer sur le chemin, main dans la main. Ils auraient continué à épier chacun des gestes de l’autre.

Clovis adorait humer le parfum du linge exhalant ses douces effluves de lavande que Simone se plaisait à suspendre, chaque jour, dans leur jardin. Simone, elle, s’asseyait sur une chaise, sur la terrasse,  toujours la même, la sienne, un peu plus haute que celle de Clovis, pas pour le dominer, certainement pas, mais pour calmer ses articulations douloureuses : genoux contrariants refusant de plier, dos courbé refusant de se déplier. «  A notre âge, il faut se ménager », lui répétait-elle, pendant que, la bêche à la main, lui retournait inlassablement la terre pour préparer ses prochaines semences. La récolte gratifiante des tomates et des pommes de terre dépendait de cette activité soutenue. Infatigable, Clovis nettoyait, nettoyait, âpre à la besogne. Il fallait que le jardin, lui aussi, respire le propre. Pas une minute à perdre pour débarrasser le terrain de ses figues gluantes qui faisaient tache. « Tu aurais pu les mettre en vente, elles aussi » regrettait Simone en scrutant les panières exposées devant la porte de leur domicile pour flatter les clients. Clovis opinait de la tête. « Oui, on verra ça la saison prochaine. »

Le calme de la maisonnette,après le départ, qui sait, définitif, des enfants loin d’eux devenait lourd à supporter. Le coeur n’y était plus. Même Yougo, leur fidèle compagnon, fou de chasse il y a quelques années, passait désormais ses journées à renifler le désordre de sa niche, pour mieux s’y lover en attendant des jours meilleurs : désespéré, sans doute, de ne plus pouvoir gambader auprès de son maître. Il n’avait pas compris pourquoi les fusils avaient été remisés dans le garage

Clovis a d’aillleurs, lui aussi, oublié que ces fusils avaient eu une existence, avant. Il a oublié  qu’il aimait arpenter les garrigues avec ses potes chasseurs comme lui, alors que Simone attendait, guillerette, la petite troupe, pour les repas partagés en commun. Simone avait toujours approuvé le choix de son mari. C’était une belle activité, la chasse. Son homme faisait, comme ça, un peu de sport.

Mais aujourd’hui, mon amie, il est venu le triste jour.

Le linge n’a pas reparu sur le fil. Les volets sont fermés. Le terrain crache ses feuilles mortes de ne plus être ramassées. Les chaises trônent dehors, en solitaire, abritées, mais sans âme qui vive sur les coussins délavés. La  niche est vide.

Clovis avait déserté, le premier, la maison.  Une mémoire trop défaillante, un quotidien trop difficile à vivre.

Simone allait régulièrement à son chevet pour continuer à activer quelques souvenirs. « Je n’aime pas te voir pleurer »... C’est ce que chacun avait envie de prononcer dans la compassion de leurs échanges, quand Clovis reconnaissait sa femme, quand Simone essayait de le convaincre que c’était bien ainsi, qu’il se repose et que la maison attendait son retour.

Il est venu ce triste jour, mon amie.

Clovis ne s’est certainement pas rendu compte que les visites de Simone se sont espacées avant de s’arrêter. Il attendra, peut-être, certains jours mais en vain. Simone s’est envolée, la première. Un courant d’air l’a enlacée. Sa solitude, mouillée de désespoir l’a emportée.

Simone et Clovis auraient vraiment aimé que ce soit différent. Mais peut-être, après, dans une autre vie, « On se retrouvera et on dansera »!

Illustration: Papillon & papillonnage, 


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