hamac

Piste d'écriture: un secret passionné

« Trois ans…. Trois longues années, déjà ! » pensait Claire, les yeux fixés sur ce passé qui défilait au rythme du train quittant l’aéroport.

Autrefois ! Avec une amie, elles avaient prévu qu’une fois leur contrat terminé, elles partiraient loin : un peu d’argent de côté, des rêves plein la tête : un danseur brésilien leur avait dit : « Grandes, belles, dansant comme vous le faites, pas de difficultés à trouver du travail là-bas, ! la télé ou la scène, n’hésitez pas… » Elles n’avaient pas hésité.

Un matin de février il y avait trois ans, elles étaient parties, jeans collants, hauts talons, valises débordant du caddy, longs cheveux flottants, maquillage impeccable. Agitées, elles souriaient à tous, quittant l’Europe et allant découvrir les pays de l’ouest. 

« Trois ans ! je n’arrive pas à y croire, se disait Claire, je me souviens : Miami ; je n’ai pas aimé : froid, artificiel, puis le Mexique, là on est restées deux semaines, les Caraïbes, les fêtes, j’ai acheté une longue robe rouge…

Après… la traversée du pays vers le Pacifique, visite des pyramides, des marchés bruyants, colorés, des odeurs inconnues ; nous sommes reparties vers le sud, on ne tenait pas en place ! de fêtes en fêtes, le folklore, la musique, avides de découvrir, je prenais des photos, me disant :  un jour je leur montrerai…. Mais l’argent fondait, fondait…

En Colombie on s’aperçut que l’on n’aurait pas assez pour le voyage, alors on embarqua sur un bateau qui livrait des marchandises, un caboteur descendant l’Amazone. Coucher dans des hamacs sur le pont, repas frugaux, les jours n’en finissaient pas ! Enfin, arrivée au nord du Brésil, là nous avions une adresse amie, et l’on s’installa. Grande ville, chacune avait son emploi du temps, on y resta près de deux années. Petits contrats, cours de danse, télé, on vivait, et le temps a passé vite. Je racontais à maman dans mes lettres les détails de ma vie là-bas, les gens, les lieux visités, mais je cachais certaines choses, peut-être l’essentiel…

Que m’arrivait-il ? Mon cœur s’était accroché au passage à un être qui m’envoyait de nombreuses lettres, j’avais partagé de précieux moments avec lui, et ses écrits me suivaient, je me sentais attirée vers de nouvelles valeurs. Je me découvrais futile, et mon regard s’attardait sur une autre vie, d’autres projets, je construisais mon avenir autrement, avec cet autre que je me sentais aimer. Je tremblais de la réaction familiale, comprendraient-ils ? Dans le doute, j’imposais le silence. Les mois passèrent, et puis un jour je décidai de rentrer, et de leur dire… »

….Ils sont tous sur le quai, impatients.

Ils avaient décidé d’aller l’attendre ensemble, Céline parce qu’elle était sa mère, François et Jane ses frère et sœur, quant à Louis c’était en tant qu’éternel soupirant qu’il s’était joint à eux, et il s’était embarrassé d’un bouquet d’anémones qu’il ne savait comment tenir.

Elle est arrivée dans la cohue, sac à dos, lente, jupe sombre de paysanne, sandales et pieds nus, noire de peau, deux longues nattes descendant le long d’un visage sans maquillage, fière et sûre d’elle, une seconde ils hésitèrent, elle ?  Puis ils la reçurent dans leurs bras, mais Céline en pleurant de joie s’est dit : « Que s’est-il passé ? Que va-t-elle nous annoncer ? »