...Ce soir Erik se balance sur son rocking-chair. En signe de résistance : il a décidé qu’il ne dormirait plus jamais. Pas tant qu’ils resteront dans cette nouvelle vie sordide. Son père semble avoir rayé Jane d’un clignement de paupières, fast. Son père ne dit rien et la Bénetche (sa belle-mère) s’en mêle. Elle en a marre. D’un geste théâtral, elle attrape le matelas d’Erik et le balance par la fenêtre sur le trottoir.

This is perfect ! pense Erik. Exactement ce qu’il attendait ! Il bondit hors de la chambre, claque la porte, descend les escaliers, dépasse les boîtes aux lettres, se retrouve dehors et jump in the bed !!! Sur le trottoir, là, heureux, il refait son lit. Lui qui ne le faisait jamais, maintenant que rien ne l’en empêche, il obéit, et consciencieusement en plus. Il s’applique. Coin après coin, la couverture est parfaitement alignée, impeccable, et l’oreiller moelleux. Tant pis si ce soir il fait un froid à coucher dehors… Dehors, il se sent chez lui. Dans la rue dans la nuit, il se sent chez lui. Il fait calme. Pour se divertir, il peut divaguer sur une mer de trottoirs en chantier et d’ordures et de gens et bientôt (ils devraient les installer bientôt) de lampadaires…

Chap 5

Désormais, il possède un chez soi d’où on voit les étoiles. Il est Le Fils Des Etoiles, il a trouvé un lieu où on ne se sent pas petit.

La suite du texte montre comment, après avoir trouvé un « chez soi » surprenant et un ami qui l’est tout autant, le jeune Erik Satie, 21 ans, va trouver un emploi, pianiste au Chat Noir. Cela se passe dans les années 1880, et nous est conté par Stéphanie KALFON, dans son roman Les parapluies d’Erik Satie, éd Joelle Loesfeld/Gallimard 2017, Folio 6539. Je vous invite à lire tout le roman, pour sa vision originale et son écriture inventive.