Bonjour! l'atelier est ouvert cet après-midi. Etant donné le temps, je m'attends à ce que plusieurs d'entre vous ne puissent venir jusqu'à moi...

Aussi, je poste ici la piste d'écriture, afin que celles et ceux qui le souhaitent puissent y répondre bien au chaud depuis chez eux, et m'envoient les textes en fin d'après-midi ou demain. 

Aversement vôtre, Carole

 

Un paysage vécu :

Le monastère est pourpre. L’automne a lancé sur le cloître et la maison de l’évêque ses longues draperies de vigne vierge, elles mordent les génoises et retombent en pluie de sang devant les sept fenêtres de chaque étage. Seule la chapelle reste blonde et fière au pied de la colline.

Durant tout l’été, j’ai fait craquer des milliers de limaçons blancs sous mes semelles en traversant les prés brûlés de chaleur. Depuis quelques jours, je fais craquer des tapis de glands en passant sous les grands chênes qui entourent le monastère. J’aime que quel que chose craque sous mes pieds, ça donne de la densité à mes pas. J’entends claquer les glands sur la terre assoiffée. On n’est jamais seul en automne par ici, il y a toujours quelque chose qui craque, tombe, roule, éclate.

J’imagine les moines qui ont dû tourner pendant des années autour de ces murs et sous ces arbres centenaires. Que pensaient-ils ? Pourquoi avaient-ils choisi ce vallon perdu ? Presque tous les monastères se dressent face à des panoramas admirables, celui-ci est caché dans le repli de collines désertes, pleines de couleuvres, de sangliers, de renards qui se glissent sous d’impénétrables ginestes, à l’écart des routes.

Monastère de Ségriès, qui veut dire sacré ou secret… Je suis le seul habitant de ces bâtiments étranges, longtemps abandonnés, j’en suis le gardien jardinier. Enfin, j’ai sauté sur cet emploi pour me remettre à…

Premières pages de Dernier arrêt avant l’automne, de René Frégni, Gallimard 2019.

 

La suite du texte indique qu’il s’agit de la vallée du Colostre, près de Puimosson et de la Durance.

Grâce à l’auteur, on voit, mais surtout on entend un paysage. Par les verbes qu’il emploie, par les sonorités qu’il privilégie, aussi, les A, les CRA, les CLA, les GL, beaucoup de R et de L, murmure de la forêt en automne.

Non seulement on entend ce paysage, mais on le sent agissant, un jeu se tisse entre le narrateur et lui, tout comme autrefois entre les moines et leur environnement. Un seul verbe d’état (le monastère est pourpre), sinon que des verbes de perception et d’action, à la voix active.

A vous de réfléchir à un paysage que vous souhaitez nous faire entendre. Trouvez des verbes, et des sonorités. Vous avez le droit d’inventer des mots.

Vous pouvez compléter cette description par le regard, bien sûr, ou l’odorat. Pensez à rendre actifs les éléments que vous nommez : plutôt que « le peuplier est haut » : « le peuplier se hausse », « le peuplier s’élance, flamme pâle » « le peuplier domine »… Donnez un caractère, incarnez le paysage.

Autre piste : j’ai arrêté le texte avant la fin de la phrase, pour que vous puissiez la poursuivre. Pourquoi le narrateur est-il là, seul habitant d’un lieu plein de charme, mais désert et abandonné ?