Une spéciale du juge, inspirée par la situation...

 

Depuis que je suis malade, mon chat est devenu difficile. Il est vrai que je ne le laisse pas sortir, car je n’ai pas le droit d’aller à l’extérieur pour le récupérer. Je pourrais demander à la gardienne, mais il ne se laisserait jamais attraper par elle.

J’ai attrapé cette cochonnerie, sûrement au tribunal. Je devais m’occuper d’un garçon pour m’assurer que tout se passait bien avec sa famille d’accueil. Ils revenaient d’Italie. Quand je les ai vus tout allait bien, mais trois jours plus tard ils étaient malades. J’ai été contacté par les services sociaux et j’ai été testé positif au coronavirus. On m’a placé immédiatement en quarantaine et le plus drôle c’est exactement la semaine où j’ai eu quarante ans.

 Je suis chanceux, car je n’ai pas développé de symptômes très graves. J’ai seulement des bouffées de fièvre et des mots de têtes et de gorges, mais rien au niveau des poumons. Pourvu que ça dure !

 Il y a des moments où je suis pris d’une envie de dormir incompréhensible. Je suis obligé de m’allonger et je m’endors immédiatement. Quand je me réveille, j’ouvre imperceptiblement un œil pour apercevoir Prosper au pied du lit. Il semble dormir, mais dès que j’ouvre un peu plus les yeux, il se lève d’un coup et saute par terre.

 Quand je suis un peu plus valide j’essaie de traiter quelques dossiers, mais cela ne dure pas, car je suis très vite fatigué, fatigué.

 Je ne manque de rien, grâce à la concierge et ma voisine qui me prépare de succulents potages. Vous imaginez une vieille dame aux cheveux gris avec un petit chignon sur le sommet du crâne. Vous vous trompez, c’est une belle jeune femme, championne de tennis. Elle pourrait être ma fille. Il n’y a rien ambigu entre nous, mais nous nous entendons très bien. Je pense que je lui rappelle son père, mort dans un accident de voiture. Prosper l’adore.

 Le médecin m’a annoncé que je pourrais reprendre une vie normale dans quelques jours. Je suis encore très fatigué, mais je devrais de nouveau être au top dans une dizaine de jours. Je me réjouis de pouvoir à nouveau sortir.

 Hier soir, le président, a annoncé l’instauration d’un confinement général,  en raison de la pandémie qui gagne tous les pays. En l’écoutant je me suis mis à pleurer en pensant aux malades graves, aux soignants qui risquent leur vie pour les soigner. J’étais scandalisé de voir à la télévision, les gens affalés sur les pelouses des jardins à Paris et les queues interminables devant les magasins malgré les alertes sanitaires et les recommandations de rester à distance les uns des autres.   

 Un peu plus tard, j’ai eu une surprise, j’ai entendu des voix connus m’appeler depuis le jardin. Je passais le nez dehors depuis le balcon. Il y avait dehors une bonne partie de mes amis à une bonne distance les uns des autres, mais dès qu’ils ont vu ma frimousse, ils ont entamé en cœur « Happy birthday to You… »

Tous les voisins sont sortis sur leur balcon et ont tous repris en cœur le même refrain, Un vrai concert pour moi tout seul. Avant de repartir mes amis ont dessiné sur le sol à la craie : « Vive la quarantaine. ».

 Tous les habitants de l’immeuble ont alors applaudi ou fait du bruit avec des casseroles. Quelqu’un a crié : « pour les malades et pour les soignants » puis a entamé la « Marseillaise » repris par tout le monde. Enfin, il y eu un grand silence et mes amis sont partis en me faisant des signes de la main. Ils avaient tous mis un foulard sur le nez et la bouche.

 Cela n’a duré que quelques minutes, j’étais très ému, les larmes aux yeux.

C’était, je crois le plus bel anniversaire depuis bien longtemps. Alors, je pris Prosper dans mes bras et lui fit un baiser sur la tête ce que je n’avais pas fait depuis des jours. Cette fois j’étais un homme jeune, mais plus un jeune homme !

 

bernard nuit

Photo de Carole