Piste d'écriture: boite à souvenirs, saveurs et senteurs.

pot au feu

Carottes, poireaux, céleris, oignons, navets, pomme de terre, clous de girofle…

Une farandole de légumes que l’on cuisine plus souvent en hiver lors des journées très froides, plus qu’en été ou l’on préfère des plats légers et frais. Leurs couleurs sobres s’accordent aux teintes des froidures hivernales.

Les carottes, joyeuses de carnation, s’amusent à nous teindre les doigts en orangé lorsqu’on les touche d’un peu trop près. Leur parfum doucereux, mélange de salé-sucré naturel en bouche, contraste avec leur coloris chatoyant.

Les poireaux m’ont toujours agressé les narines avec leur odeur forte et puissante rappelant celle des oignons jaunes qui me font monter les larmes aux yeux dès qu’on les épluche.

Quant au céleri, son chatouillement piquant relève les plats avec humour. N’est-il pas amusant, lui qui se donne des airs de grand avec ses branches et ses feuilles ?

La rondeur du navet, fade et piquant en même temps, m’évoque une pomme de terre qui aurait pris une toute autre direction au dernier moment et se serait vêtue d’une tenue originale.

Pour enfin en venir au clou de girofle. Quel drôle de nom ! Clou ! Il est vrai que si l’on s’y attarde un moment, on note que le sommet de sa tête ressemble à s’y méprendre au clou que l’on plante. Non pas dans la terre mais dans le mur ! Que dire de son arôme intense ? Il vous saisit dès l’ouverture du couvercle et ne vous lâche plus ! C’est une sensation à la fois de puissance, d’acidité, une force insensée qui se dégage d’un si petit bout d’épice. C’est un précieux allié dans certains plats, et il est redoutable pour lutter contre les infections dues au froid.

Tous ces légumes m’évoquent un souvenir particulier. Un souvenir qui me tient chaud.

Un matin de janvier 1987, le silence qui régnait me réveilla. Je me levai et ne trouvant pas ma famille, j’allai de pièce en pièce dans l’appartement de mes parents. Je les trouvai, plantés devant la fenêtre de la salle à manger, tête contre tête, regardant je ne sais quoi au-dehors.

Je m’avançai et de surprise, me stoppai net. Un mur épais, blanc et oscillant avait remplacé l’habituelle vue de l’immeuble d’en face ! Ma famille m’entendant se retourna et me laissa prendre place auprès d’eux pour contempler la splendeur de la nature.

Quelle surprise ! La rue, les arbres, les voitures, les jeux d’enfants dans le parc avaient disparu sous un manteau de neige d’un blanc aveuglant ! Des tourbillons de flocons dansaient, emportés par le vent. Le quartier méconnaissable, s’alourdissait sous plusieurs dizaines de centimètres d’une neige épaisse. Chez nous ! Dans le Midi où celle-ci ne fait que de rares apparitions et encore, en toutes petites quantités !

Je me rappelle être restée comme ça longtemps, admirative de la transformation du paysage. Mon père me fit remarquer, que la voiture, au bas de l’immeuble, ne se voyait presque plus, ensevelie par les bourrasques de tourbillons de flocons venus se caler contre elle.

Il me proposa de la déblayer avant qu’elle ne disparaisse totalement. Nous avons passé la matinée à manier la pelle, joyeusement, aux côtés de nos voisins qui faisaient la même chose. Moment complice, d’une rare unité, entre gens heureux de se retrouver.

Nous sommes remontés, notre travail achevé, affamés et fatigués.

Le fumet d’un pot-au-feu mijotant dans son faitout nous accueillit pour notre délice. Ses notes bienfaisantes, la chaleur qu’il dégageait dans toute la maison, nous réconfortèrent.

Ma mère avait préparé ce plat, car avec le froid qui régnait à l’extérieur, elle avait pensé que cela nous ferait du bien de manger un plat typiquement hivernal. Elle avait bien raison.

La soupe préparée avec le bouillon du plat, puis chacun des légumes fumants dans nos assiettes, nous apportèrent le complément, le juste nécessaire, à ce moment-là.

Ces légumes réunis dans un plat convivial, resteront pour moi, toujours, l’essentiel d’un moment de partage familial.