Piste d’écriture : écrire à partir d’expressions et de mots extraits du roman « Là est la danse » d’Amy Sackville, tels que "la peau de l'ours".

michelle éventails

Elle avait décidé ce jour là qu’elle se lèverait tard, dehors, le soleil offrait peu de chaleur, le printemps se faisait prier, « ce jour ressemble à hier pensa-t-elle, peu de visiteurs sans doute, Amy ne s’annoncera pas pour m’offrir une promenade en ville ! » et le nez sous les draps, Emily regardait autour d’elle….

Elle avait eu raison de repeindre cette pièce en bleu, tendre comme l’aurore, elle s’y sentait bien, et sur le mur d’en face, sa collection d’éventails s’accrochait comme papillons sur un fond de soie pourpre. C’est encore Amy qui avait conseillé cette couleur. « Elles vont bien à ton teint de porcelaine ! » Elle se moquait, bien sûr qu’elle se moquait ! pensa t elle.   

Emily s’assit, tassa les oreillers dans son dos, eut envie d’une cigarette, une seule, la fin du paquet, le briquet avait roulé sous le lit…. Elle ne put retenir une hésitation en plongeant la main pour l’attraper, on avait retiré la peau de l’ours depuis longtemps, mais…

Elle l’avait toujours détestée, cadeau de son père lors d’une de ses rares visites, cette peau lui faisait peur, épaisse, brune, sentant les feuilles sèches, l’écorce, elle la retirait, on lui remettait.

Elle se souvenait du visage de ce père autoritaire, ses mots durs devant son désordre, durs devant le piano, où elle inventait des harmonies et oubliait les exercices… Ordre et obéissance, elle courait se cacher au jardin, dans le bois voisin ou dans l’écurie près de Sultan. Elle se souvenait d’une colère rouge quand, lors de ses quinze ans elle avait sollicité un dé à coudre du gin paternel ! Pour gouter ! pour voir…

    Il avait désiré un fils, dans cette vieille famille du seizième parisien, et le ciel lui avait offert cette fille brune, sans grâce, si peu facile à dresser ! Elle avait ce jour-là de ses quinze ans roulé la peau de l’ours, dans une vieille couverture, et descendue à la cave, l’avait cachée derrière des cageots.   

Elle met un pied à terre, envie de s’approcher de la fenêtre, voir le jardin : le grand chêne, l’allée de lauriers. La voiture de sa mère n’est pas là, « un courant d’air » pense-t-elle, quand la nuit tombe, il y a toujours, un diner, un théâtre enfin des amis qui l’attendent, elle rentre tard, ou pas, « autrefois elle m’embrassait avant de sortir…. Maintenant, elle entr’ouvre ma porte, parfum et bijoux :  Salut, tu viens avec moi ? dit-elle parfois, mais, ces gens, qui parlent haut, rires, secrets de famille dans les coins, gelée, faisans à table, baisers secs, glace et champagne ! Je n’aime pas ! »

 

…Elle s’est assise devant la petite table, héritage de grand-mère, elle repousse les quelques lettres non envoyées, puis une pile de papiers à trier, « j’aurais besoin d’un archiviste » pense-t-elle en souriant, puis elle se glisse dans son peignoir, sort de la chambre, prépare un café, remplit une tasse, la bleue aujourd’hui, et retourne dans sa chambre. Sur un fauteuil, oublié là, son vieux journal de bord, offert pour ses vingt ans, avec un voyage « en famille », elle s’assoit un moment, l’ouvre sur quelques souvenirs interrompus… interrompus…

… et alors, sans attendre, Emily empoigne son téléphone…. Amy !