Librement inspiré de la pièce de Jean-Luc Lagarce « Juste la fin du monde »

 

 

Le téléphone chat, par YoLa, https://www.galerie-creation.com

« Allo, vous êtes ? »

 « Qui ?» en forçant la voix.

 « Ah c'est toi... », silence gêné.

 « Le dix, le dix... dimanche…. Oui ce sera dimanche, le 10 février, le prochain quoi » reprend-elle tout en réfléchissant.

Il parle bas, elle a mis le haut-parleur, cela résonne dans l'écouteur, elle a dû l'écarter de son oreille.

« S'ils seront là ? »... Un temps

« Faut voir », contrariée,

« Bon, ben, on va arranger ça ! »

« Fin de matinée ? »

« On sera là.... Oui, on y sera » (promesse à regret)

« Tu connais l’adresse ? tu te rappelles ? » se voulant détachée.

« Non c'est toujours la même. »

 Elle tripote le répertoire, puis fait rouler sa bague à tête de mort.

 « Et, tu viens seul ? » questionne la mère. Il a déjà raccroché.

 

Elle va s'asseoir sur le canapé couleur canari fatigué, elle aussi assommée : la voix de son fils, son aîné, la fait frissonner. La dernière fois qu'elle l'a vu, la tension, les déchirements autour, ça fait combien d’années ?

Elle avait tout effacé, oui c'était mieux qu'il ait disparu, c'était mieux de l'oublier, mais cette voix, maintenant.... gâchait tout ça.

Elle tourne et retourne dans la maison, téléphone à son cadet Gus, qui, à son tour : « C'est qui celui-là ? il vient foutre la merde et toi tu dis oui comme ça ! non cherai pas là ou plutôt si, cherai là, et c'est moi qui le dégagerai ! »

 

Elle rejoint ensuite sa fille affalée sur le lit, écouteurs hurlants : « Maman c'est une bonne nouvelle, non ? » réplique-t-elle à tue-tête.

Ils sont tous chamboulés, c'est dans une semaine...

 

Dimanche 10 février...

 

Quand Ernest débarque, il a 29 ans.

 Il est grand, mince, jean et perfecto noir, de petits yeux bleus myopes, un nez long et fin coiffé de lunettes d'intello qu'il ne quitte jamais, des boots de cuir noir pointus. Ses cheveux, fins, couleur châtain clair, glissent le long de son cou jusqu'aux épaules. Une moustache bien taillée dissimule des lèvres étroites. Le teint est pâle.

Devant le 28 rue des Charmes, il hésite, le doigt sur la sonnette, avant de pénétrer dans le jardin, outrepassant une injonction douloureuse venue du passé.

 

Ils l'ont repéré par la fenêtre, curieux de son aspect, mais ils ne se sont pas précipités dehors pour l'accueillir. Ils sont plantés là, en rang serré, derrière la porte d'entrée quand il s'introduit.

Gus, son frère de 23 ans, le premier lui grogne un salut.

Presque aussi grand que son aîné, torse en avant, baraqué et tatoué, il fait craquer son poignet orné d'un bracelet de cuir clouté. Les cheveux noirs sont plaqués à la gomina, les jambes légèrement écartées comme pour défier une tempête. Il jauge le nouveau-venu d'un air soupçonneux.

Eurêka la benjamine, les cheveux bleus plutôt courts en broussaille, curieuse, l'examine sans gêne, tout en tripotant son chewing-gum.

La mère, toujours aussi fardée, agrippe de ses mains nerveuses le petit tablier à fleurs bien cintré. Elle fait claquer ses talons tout en invitant son aîné, lèvres crispées : « Ben entre, assis-toi, j'ai fait du café ».

Gus se bouge l'air buté, Eurêka se dandine, Ernest glisse ému jusqu'à la table de la salle à manger. Il détaille la nappe cirée, ornée de grosses têtes de tournesols, les étamines en forme d'yeux globuleux. Tout autour, les murs agressifs et criards, un pan d’un bleu France qui soutient l'équipe de rugby, l'autre pan d'un rouge de torero, écaillés, lui rappellent le bon goût de la famille ! Cela l’attendrit maintenant. Il a retrouvé sa place d'adolescent, sans faire crisser la chaise sur le parquet bien ciré qu'il a soulevée (il entend encore la voix de son père le houspiller), relisant à l’occasion de ce geste les entailles indélébiles de l'enfance sur le dossier.

 

La mère, pour casser le silence : « Tu as fait bonne route ? 210 kms, d'une traite ? Pas trop la tête dans les choux ? ». Elle reprend son rôle de mère.

Ernest : « Heu, non ça va, en fait je suis arrivé hier soir, j'ai dormi à l'hôtel ».

 

On entend pas loin une porte de garage couiner. La fratrie revit le rituel dominical des voisins qu'ils ont suivi en catimini maintes fois en pouffant de rire, rentrer la Simca, sortir du garage, la boîte de pâtisserie portée précautionneusement à l'horizontale jusqu'à trôner sur le buffet, au dessert s'en emparer et la déflorer de ses jolis rubans de couleurs, le couvercle du carton soulevé, écrin de merveilleux millefeuilles achetés chez Rosette sur la place de l'église, à la sortie de la messe. Du jardin où ils s’étaient postés, face à la fenêtre, ils rêvaient devant les bouchées dégustées en silence par ce couple sans enfants. Ils en bavaient encore d'envie, une fois rentrés à la maison, tout en avalant le traditionnel riz au lait du dimanche.

 

 

 

En bout de table, le siège du père disparu préside comme avant.

Tous se tournent vers cet espace vide.

La mère : « Quand même tu aurais pu venir à son enterrement ! » dit-elle, tête baissée à l'affut de miettes oubliées sur la nappe. Et Gus de rajouter, fielleux : « On t'avait prévenu quand même !». Celui-ci, assis face à son frère, le provoque du regard, mais Ernest fixe, interrogateur, la place vide. Le rejet et l'incompréhension du père, de son village, la passivité de sa mère, une fêlure, une colère qu'il a émoussées en se saoulant de rencontres multiples, soirées de folie pour exister autrement, et en rire. Pour vivre enfin, au milieu d'eux, ses doubles, ses multiples, enjôleurs, destructeurs, dans une même étreinte, un même désespoir, eux comme lui avides d'amours, d'inépuisables désirs, de chaleurs passagères. Jusqu'au jour où il s'était infecté dans les bras de l'être aimé, Fidel le bel Argentin fin et gracieux qui dansait sa vie, la peau transparente, lumineux et taquin. Celui dont tous les copains étaient jaloux. Lui qui ne savait pas, lui qui s'étiolait, et Ernest qui l'adulait. La maladie déclarée, Ernest s’était battu pour lui trouver les meilleurs spécialistes, il l’avait accompagné jusqu’au bout de ses forces dans une lutte éperdue. 

Eurêka, assise à droite d'Ernest, secouant toutes les tensions contenues, se lève, le rejoint, se penche et, tout en l'enlaçant : « C'est trop cool que tu sois là, grand frère ! » lui susurre-t-elle.

Elle va chercher un cendrier sur la petite table près de l'entrée en sifflant. A cet instant, son portable sonne : « Ben suis pas libre aujourd'hui, mon frère nous visite... pas çuilà, l'autre ». « ... » « T'es con, à plus ».

Elle se rassoit et allume une clope, elle tousse, pose le paquet à côté du cendrier vert pomme en forme de crabe, carapace en creux.

La mère : « Quand tu vas arrêter de nous empoisonner ? »

Ernest en prend une, Eurêka l’embrase avec le bout de la sienne en lui lançant un clin d'œil.

Gus mâchouille le papier qui entourait la portion de sucre, et tapote sur son portable.

 

La mère, s'adressant à Ernest : « Tu sais Florence qui en pinçait pour toi, elle s'est mariée après ton départ avec Raoul, le fils du garagiste. Tu sais, celui avec qui tu te battais souvent ? Ils ont eu deux enfants ».

Ernest renoue avec son image d’alors, il avait dû jouer l'indifférence pour éconduire Florence. Il aimait bien s'éclipser avec elle, rêver, échanger des petits secrets, comme entre copines... Pourquoi avoir choisi ce balourd qui l'annihilait ? Sa sensibilité, sa créativité seraient étouffées, il en était sûr.

 

La mère à nouveau :« Et toi, ça se passe bien ? Ta vie, ton travail ? »

Elle sait bien sûr qu'il n'aura jamais d'enfant... Ernest le lit sur ses lèvres, mais ne répond pas.

Gus se lève, contrarié, et sort dans le jardin.

 

Eurêka tire Ernest de sa chaise pour l'emmener au premier étage, dans sa chambre :

« Je vais te montrer mes dessins, tu sais, le professeur m'a dit que j'étais douée ».

Ils se sont installés sur son lit d'adolescente, les dessins éparpillés, il la déséquilibre et ils ont un fou rire communicatif. « Moi aussi j'ai un copain dit-elle, tu veux voir sa photo ? »

 

A midi, la mère appelle Eurêka pour mettre le couvert, coupant cette intimité naissante.

Ils descendent en traînant la savate.

 

Gus s'est installé à la place du père, carrure affirmée.

De retour de la cuisine : « Purée maison ! proclame, enjouée, la mère. Pour accompagner poulet de Gaspard, tu te rappelles ? (s'adressant à Ernest). D'ailleurs il demande toujours de tes nouvelles. »

Son fils l'effleure du regard en esquissant un sourire. Elle pose le plat au centre et ajoute : « Le croupion ? », il approche son assiette.

Gus, réactif, se précipite, assiette au poing : « Non c'est pour moi ! Depuis sept ans qu'il nous a abandonnés, c'est moi maintenant qui le préfère !» rugit-il, hargneux.

 

Durant le repas, entre les jeux de fourchettes, d'os à ronger, de verres à vider, et les potins de la mère sur les stars, ses modèles, Ernest revit ces ambiances familières, qui malgré tout le rassurent. Les paroles sont un bourdonnement apaisant, il se laisse aller, mieux, couler contre le dossier.

La mère : « Tu ne manges pas plus ? T'es malade ? »

Il sursaute à ce mot, déstabilisé, et se redresse :« Non, t'inquiète... », reprenant son langage d'adolescent, petit rire au coin des lèvres.

 

A la fin du repas, Ernest et Eurêka vont desservir, Gus à vif chope le bras de sa sœur au passage : « Eh dis-donc, tu le fayottes ? T'oublies tout le mal qu'il nous a fait ?  Et le père clamsé à cause de lui !! Les nuits où t'étais en proie aux cauchemars, tu oublies que j'ai dû te consoler... et remplacer le père pour vous protéger... » Eurekâ se dégage, levant les yeux au ciel.

La mère : « Pour sûr Gus a assuré, et il t'a défendue ».

 

Coin salon, dans la même pièce.

Gus s'est précipité sur le fauteuil en cuir noir du père et s'obstine le nez dans le journal, dans les pages sportives. Ernest, de retour de la cuisine, suspend légèrement son pas, tout en examinant la nouvelle configuration. Il se dirige lentement vers le canapé usagé, y dépose son ombre puis, las, se laisse enfoncer dans une torpeur enveloppante. Se faire oublier, échapper à la confrontation ?

 

Eurêka, la minijupe au ras des pâquerettes, s'installe sur le tabouret rose fluo, elle consulte son facebook. La mère, qui revient délestée de son tablier accroché près de l'évier, les retrouve, chacun enfermé dans son monde. Elle veut secouer tout ça, fouille dans le vaisselier de sa mère, Antognetta.

 

Antognetta, ah celle-là parlons-en !

C'était-elle la première qui avait créé un scandale dans la famille en s'enfuyant à 43 ans avec un musicien, un Brésilien qui jouait dans le groupe « Invente-Moi » pour la fête votive du 14 Juillet au village. Le mari délaissé, fou de colère, s'était inexorablement noyé dans la bouteille, dégoûté des « femelles en chaleur ». Ce meuble, l'unique souvenir de sa femme qu'il n'ait pas détruit après sa disparition, regorge encore de singles à la mode seventies, qui pulsent. La mère tape des mains : 

« Allez, faudrait pas s’endormir ! » et, en faisant crépiter le tube « Accroche-toi! », elle entonne:

 «  Oh là là t'as qu'à pas, pas quoi? Qui ? toi?.. ». Elle frétille sur ses talons biche, ses genoux tanguent de droite à gauche, bien serrés par la jupe fourreau qui met en valeur ses formes.

Ernest admire son énergie : Elle rit et s'amuse comme une gamine, sans doute a-t-elle des amants, pense-t-il en la regardant. Elle est encore attirante, taille fine, cheveux mi-longs teints en blond, élancée. Ils sont tous grands dans la famille, sauf Eurêka qui serait plus proche d'un lutin espiègle.

Gus, éjecté du fauteuil, fait danser sa sœur, qui pousse des petits cris hystériques en tournoyant. Ernest reste assis, spectateur placide.

A la fin du morceau, la mère et Eurekâ ont quitté le salon pour aller se rafraîchir, tout émoustillées. Ernest se lève, attrape son perfecto, se dirige vers la sortie.

Avant qu'il n'atteigne la porte, Gus, rapide, le double et s'y colle, de dos.

Il défie son frère : « Tu ne vas pas t'en tirer comme ça, sans une explication ». Ernest se tait. Il cherche son souffle.

 « Monsieur l'écrivain ne trouve pas les mots, ou il est trop fier pour s'adresser à nous ? »

Silence toujours. 

« C'est pas parce que le père t'a foutu dehors à cause du bordel que t'as provoqué au village avec tes relations bizarres, ouais le fils du notaire, c’est pas pour ça qu'il a fallu tous nous éliminer de ta vie !

On en a crevé de honte, tu sais ! Les copains se moquaient de nous, on a été traités comme des pestiférés. Mais toi parti, t'en avais plus rien à foutre, alors que t'avais promis d'être toujours là et de nous défendre ! On se demande avec quoi, t’avais des biscoteaux en gélatine ! J'ai appris à boxer, je me suis battu pour montrer qu'on était pas tous des lavettes dans la famille ! »

 

Ernest reste muet.

Gus, persiflant se rapproche dangereusement, prêt à le brusquer : « Du coup on n'en avait plus rien à foutre nous non plus ».

La mère, qui est revenue, tire Gus qui se rassoit.

Dehors, le ciel est gris acier. L'orage va-t-il éclater ?

 

Après une accalmie, c’est Gus qui revient à la charge : « On t'avait rayé de notre vie. C'est sur le journal qu'ils ont parlé de toi, l'enfant du pays, qui a écrit un bestseller (il prononce bêtecelleur, entre ses dents). Un sacré portrait, tu nous as fait dans ton bouquin, paraît-il. Des enfoirés de la télé sont venus jusqu'ici, tout mielleux, ils voulaient même nous filmer, nous la famille pourrave ! Et voilà que les voisins s'y mettaient, curieux, à nous scruter comme des bêtes sauvages. Je les ai fait déguerpir avec le fusil.

Et toi, bien planqué à Paris dans ton quartier de pédés, au Marais, c'est bien ça ? t'étais protégé, hein ? T'as préféré ne rien savoir de ce qu'on vivait au village... T'es qu'un salaud et un lâche ! »

 

Puis il reprend, amer : « Quand le père est décédé, on t'a écrit à l'adresse marquée dans le journal, l'éditeur je crois, tu n'as pas fait signe. Tu l'as bien reçu, le faire-part, hein ? » interroge Gus, menaçant.

« Oui bien sûr, je n'étais pas prêt... » répond doucement Ernest. Il se rapproche de son frère pour lui mettre la main sur l'épaule. Celui-ci le repousse violemment, jusqu'à le percuter contre une chaise en arrière, tout en scandant, hors de lui : « Tra-hi-son ».

Ernest retrouve son équilibre, recule lentement. Il se sent tout fripé, frotte ses mains l'une contre l'autre pour cacher son désarroi. Il transpire, ses yeux brillent de larmes contenues.

« Vous étiez là, dans mes pensées, chaque jour ». Sur l'horloge murale, il suit l'aiguille des secondes.

 

Gus le fixe, puis glapit : « Je ne te crois plus, tu n'es plus rien pour moi. Fous le camp, sors de chez nous, on s'est débrouillés sans toi toutes ces années ». Il serre les poings, revanchard : « C'est trop tard, tu n'existes plus… » Il se détourne, rejoint la table, se sert un cognac qu'il avale debout d'un coup sec.

La mère et Eurêka sont tétanisées par la douleur et la haine qu'expriment les propos de Gus et qui résonnent en elles. Pourtant la mère voudrait éviter ça, le premier jour des retrouvailles. Elles se regardent, prenant appui l'une sur l'autre. Enfin elles font irruption entre les deux frères.

 

Gus, les ignorant, se décale et revient à la charge : « Tu as dit que tu repartais aujourd’hui ? je ne te retiens pas !»

Eurêka, un peu plus épargnée, intervient, se précipitant vers Ernest, acculé contre la cheminée : « Mais tu pourrais rester pour le dîner, tous ensemble avec Isabelle et les choupinets, tu pourrais même dormir là, et aussi, on pourrait aller se promener ! ». Elle presse ses bras croisés jusqu'à le faire se pencher vers elle. Elle se tourne à demi, son regard passe de la mère à Gus, de Gus à Ernest, cherchant leur assentiment.

La mère, elle, a guetté un signe sur le visage de son aîné. Manifestement elle n'a pas trouvé :

« Ben, il fait comme il veut, vient, vient pas, reste ou s'en va... comme il veut ! » lâche-t-elle.

Elle s'est campée les mains sur les hanches, le regard en biais, fatiguée de cette comédie. Puis elle va se pomponner devant la glace accrochée au mur. Lèvres pulpées, qu'elle colore en rouge vermillon.

Ernest, exsude d'une voix triste et presque inaudible : « Je pourrais dîner et dormir là aussi, si vous le voulez... ». Il ajoute, comme à part soi : « ... pour la dernière fois ».

 

Gus a senti l'atmosphère ramollir et les femmes s’apitoyer, tomber dans le piège estime-t-il. Il réagit autoritaire, à l'image de leur père : « Tu nous a dit à ton arrivée que tu devais repartir aujourd'hui. Alors on te dit au revoir dès maintenant... » Il a jeté ces mots sans entendre la dernière phrase de son frère.

 

Ernest les regarde un à un, avec tendresse, et au fond de lui un grand cri englouti.

Puis il se dirige vers la porte d'entrée sans un mot, et sans se retourner. Eux le suivent du regard par la fenêtre. Puis ils sortent à leur tour dans le jardin, comme pour le rattraper, mais trop lentement. Les gestes du quotidien sauvent-ils jamais des illusions, de la détresse ?

La mère va vider la poubelle, Gus, les clefs en main, claque la portière de sa Clio et va récupérer Isabelle et les petits à sa maison, à 2 kms de là. De retour à la maison familiale pour le dîner, il remettra tout ça à l’endroit !

Eurêka, les yeux pleins de larmes d'impuissance, sur la pointe des pieds, reste scotchée à la barrière. Elle scrute les voitures qui s'enfuient vers la route nationale.

 

Ce jour-là au volant, Ernest pleurait, mordant ces lèvres qui n'avaient pas daigné s'ouvrir.

Après un virage pris trop vite, il ralentit et se calma. Il était heureux de leur avoir dit adieu, à sa façon.

Trois mois plus tard, il décédait du sida.

Chantal Joanny

Illustration: Le téléphone chat, pastel de YoLa, https://www.galerie-creation.com/tableau-animaux-pastel-telephone-chat-p-18466.html