Ce texte s’inspire de la dramatique radiophonique de Pierre Senges, La maison Winchester. Le narrateur explique qu’il souhaite écrire une pièce autour de la veuve Winchester, qui ne cesse de modifier et agrandir sa maison, pour y égarer les fantômes des morts tués par la fameuse carabine, et les empêcher de se venger sur elle. Il s’interroge sur comment mener à bien son projet, si bien que la dramatique présente un mélange de narration, et de réflexion sur la narration. Une nièce, venue d’Ecosse, vient rendre visite à sa tante. Une bonne la conduit. Voici l’extrait dont s’est inspiré Lysiane (en rouge), et la suite qu’elle a imaginée (en noir).

Un escalier. Un couloir. Un autre escalier. Un premier aperçu de cette maison interminable. Les couloirs se perdent si loin qu’on n’a pas jugé utile de les éclairer jusqu’au bout. L’obscurité prend le relais d’une impression d’infini.

La chambre de la tante. Non, son bureau.

On n’y entre pas encore. Il vaudrait mieux faire sortir la vénérable folle. Je me demande si elle porte une robe de chambre ou quelque chose de ce genre.

Grincement de porte. Un éclairage de côté.

,,,

- Bonsoir ma tante

            Devant Betty se trouve une grande femme sèche et droite, un fichu laineux sur les épaules,

Toutes les tantes portent un fichu sur les épaules, et celle-là a avalé son parapluie.

Des mèches grises ramassées dans un chignon incertain, des lèvres pincées dans un visage osseux mais un regard bleu d’acier transperçant.

C’est le moins que je puisse faire pour une Winchester.

- Tu es Betty ? La fille de mon frère Arnold ? C’est lui qui t’envoie ?

La voix est aussi sèche que la personne…

-Mais non ma tante, mon père est mort l’an dernier.
La veuve a un léger vacillement vite maîtrisé,

Cette forte femme aurait-elle des failles, les chercher, les utiliser.

-Je vous l‘avais écrit, vous n’avez pas répondu ; avez-vous bien reçu ma lettre ?
Je vous ai aussi écrit pour vous dire que j’arrivais.

Tout cela sur le seuil de son bureau. La veuve barre la route. Ne semble pas vouloir inviter Betty à entrer. Je l’imagine l’inspectant de la tête aux pieds.

Informée par son père du caractère étrange de sa tante, Betty patiente.

Vraiment j’aurais dû réfléchir un peu plus… doit-elle penser. Effectivement : qu’est-ce qu’elle et venue faire dans ce château de vampire ? Tenir compagnie à sa vieille tante, lui prêter main forte pour gérer le domaine ? Trouver un gite ? Réclamer son héritage ?

 

 Enfin la vieille dame s’efface et invite sa nièce à entrer,

Le bureau est à l’image de la maison, immense, glacial et sombre. Le seul lieux vivant est une cheminée où flambe un grand feu, qui peine cependant à réchauffer l’atmosphère

Toujours en silence, la tante invite Betty à prendre place près de ce feu,

Petit à petit celle- ci distingue la bibliothèque chargée de livres, le bureau immense et envahi de papiers.

Mais que peut faire sa tante de ce fatras poussiéreux, à quoi passe-telle son temps ?
Et ces rideaux si lourds ?  Pour ne pas laisser rentrer les fantômes ?

 

-Pourquoi viens-tu ?

Toujours aussi sèche.

-Je vous l’expliquais dans ma lettre. C’était le souhait de mon père…

-Donc c’est bien lui qui t’envoie.

- Non non, j’ai vraiment eu envie de vous connaître et de connaître ces lieux

- Après tout ce qu’il a dû te raconter sur mon compte ? Tu sais que nous ne nous parlions plus depuis longtemps.

Chercher la faille, percer l’armure et tenter de faire jaillir une émotion.

-Mais il m’a aussi parlé de votre enfance. A l’époque le château était plein de rires d’enfants ; il y avait des étangs, des chevaux…

A moins que les enfants n’aient été envoyés en pension, élevés dans des cadres rigides pour en faire des machines à produire et à vendre des Winchester .Ce qui aurait pu créer une solidarité de résistance entre eux.

Restons sur la première hypothèse plus riante,

Un léger sourire se dessine sur le visage ridé :

- Veux-tu du thé ?

Il était temps

-Avec plaisir.

-Mon père m’a parlé aussi de toute sa famille et des ancêtres, remontant loin dans le temps. Il avait toujours eu envie de connaître ses origines et il m’avait dit que pour vous deux c’était une passion, bien loin du business acharné du Grand Père Winchester…

-Business dans lequel mon frère s’est quand même jeté à corps perdu. Et il n’a pas pensé qu’ils pouvaient tous revenir, mais ils sont tous là, ils sont là tout le temps,

-Mais qui ?

Les fantômes, tous ceux qui sont morts à cause de ces machines infernales, ils occupent chaque pièce de ce château, Remarque, ils ne font pas de bruit, ils me tiennent compagnie.

C’est donc cela ? Comment tirer la nièce de ce mauvais pas ?

Soit elle acquiesce à la folie de sa tante, soit elle la contredit, la braque et doit repartir.

On ne sait toujours pas vraiment pourquoi elle est venue avec armes et bagages…

 Elle choisit de rentrer dans son jeu,

-Mais chacun d’eux apporte son histoire, ma tante, même si elle finit tragiquement. Ce château est plein de destinées extraordinaires.

Or, comme je vous l’ai écrit, je suis romancière, j’aimerais tant que vous m’autorisiez à rester quelques temps auprès de vous pour que je puisse écrire toutes ces histoires et apporter au nom de Winchester une autre couleur !

Tiens ? Mais oui, je crois que je tiens une idée originale. Cette Betty me surprend, elle n’est pas si banale, finalement…

maison winchester2

Si vous souhaitez écouter l'ensemble de la dramatique radiophonique, en voici le lien; https://www.franceculture.fr/emissions/fictions-samedi-noir/la-maison-de-winchester-de-pierre-senges