Piste d'écriture: un personnage dans un paysage. Ecrire avec tous ses sens.

neige

Par la fenêtre, l'enfant voit peu à peu le sol neigeux apparaître.
Lise connaît si bien ce moment. Comme toujours, elle va jouer la magicienne et accompagner de ses gestes chaque changement du décor matinal.
Elle pointe du doigt le chemin qui s'avance le premier puis pianote sur les arbres qui redressent leurs ombres et enfin tend les bras à l'horizon qui s'éclaire lentement.

 

C'est le silence de la neige fraîche qui l'a réveillée. Tout est différent. La maison se fait plus grande. Elle est plus chaude. Les bruits du quotidien rebondissent avec douceur contre les parois qui font rempart au froid.
Seul, le sol glacé, rappelle que la cheminée s'est éteinte.
C'est bon le froid qui court et monte le long du corps. L'enfant attend, ne bouge plus. Les frissons arrivent, la chatouillent, la font vibrer. Elle résiste. Des petits picotements traversent ses doigts tandis que ses pieds se transforment en blocs de glace, la fixant pour toujours dans ce pays de froidure.

Elle sent le froid sur son ventre, sur ses petits mamelons de cinq ans qui rétrécissent encore et puis c'est la nuque qui se raidit.
Elle résiste jusqu'à ce que ses cheveux se hérissent et que des larmes commencent à couler de ses yeux.

« Stop ! J'ai trop peur qu'elles se transforment en diamant » avait-elle pensé, à l'âge de trois ans.  Tout le monde aurait découvert son secret !

 

Maintenant, c'est une petite furie qui ouvre les tiroirs de la commode et jette au sol le linge qu'elle prend plaisir à piétiner. C'est la pêche aux vêtements à grands coups de pieds et de mains.
Une culotte, puis une autre, aujourd'hui elle en mettra trois.
Viennent ensuite les tricots, enfilés à contre sens, pulls, tricots de peau, débardeurs, à l'envers à l'endroit !

Chacun forme une goutte de chaleur qui enserre son corps.

Un caleçon, un pantalon, un short, deux collants. Chaussettes bleues, roses, rouges, mélangées, envers endroit !

Surtout, ne pas suivre le sens des jours sans neige. Enfin c'est le moment du bonnet : un seul. Celui qui pique les cheveux, démange la tête, gratte les oreilles, brûle le front.

 

« Ferme ton manteau ! Mets tes bottes!enfile tes gants ! En avant ! »

C'est une boule de laine qui se jette dans la neige. Elle l'écrase avec plaisir, la fait crier, balance ses pieds et l'éparpille avec rage autour d'elle. Elle court jusqu'au portail pour laisser sa trace unique sur le sol et imposer sa présence à la reine blanche.
Elle revient maintenant en tournant autour des arbres, les libérant à grands coups de pieds, de la couche blanche qui les endort.

Peu à peu, des petits glaçons se forment au bout des doigts sur les gants blanchis et le bonnet humide.
Alors, elle court, crie et rentre glacée en riant, dans sa maison d'hiver.