Je m’appuie pour cette séance sur des reproductions de l’expo “Le Canada et l’impressionnisme” au musée Fabre. Ces peintres nous projettent dans un paysage vu, mais aussi ressenti. Pour ma part en les regardant, j’ai entendu, humé, parfois goûté, éprouvé. La neige crisse, le vent berce ou malmène, l’herbe chatouille les mollets nus, la mer nous enveloppe de son odeur et bruisse à nos oreilles, les bulles de savon éclatent sur les joues, le froid crée une sorte de kaléidoscope à travers la buée qui monte devant nos yeux, la peau crée une symphonie sous les rafales. Un gout nous vient aux lèvres, amer ou rassurant. Et tant d’autres sensations, réminiscences, évocations.

Quand je parle de sens, j’inclus les sensations musculaires. Marcher dans un champ de coquelicots, du sable ou de la neige, ne met pas le corps en mouvement de la même façon. Qu’est-ce qui résiste, qu’est-ce qui cède ou emporte ? Nous et le paysage, c’est une danse. Plus ou moins consciente, avec plus ou moins de disponibilité pour l’accueillir, ou de détermination pour la repousser.

Des émotions et des pensées s’accrochent à ces sensations. Les images, les idées, les ressentis, ne nous viennent pas de la même façon selon ce qu’on est assis à son bureau, ou qu’on marche le long d’un fleuve. Le paysage, ce que l’on en ressent, vient colorer notre intériorité. Il y a un jeu entre soi et les éléments. Réminiscences, méditations, prises de conscience. Une action ou une décisions, peut-être, se dessine ?

Quand rien ne vient alors que je suis assise, je vais marcher, cela libère des associations, des envies, des images, cela me fait rire d’étonnement parfois, cela allège. Par contre, si je veux suivre et approfondir une cohérence, je laisse la main… prendre la main, sur le clavier ou par stylo interposé.

 

Ce que je vous propose aujourd’hui, est de vous projeter dans l’un des personnages croqués par les artistes, ou directement dans le paysage. Le paysage aussi peut devenir un personnage. Je ne vous demande pas une description in extenso de la peinture, mais de vous approprier certains de ses éléments, présents ou suggérés. Interprétez comme vous le souhaitez. Faites-nous voir mais aussi sentir, entendre, gouter, penser, ce qu’éprouve et pense un personnage plongé dans le paysage que vous aurez reconstitué.

Ecrivez selon la forme qui vous vient, prose ou poésie. Essayez le je, le tu, le il, le elle, le on…  

Ex : Tu as marché jusqu’à la rivière gelée. On vaque sur la plage. Le vent enveloppe son dos nu. J’ai 4 ans, je rêve. Le marché crisse et hulule et hennit. Le froid engourdit les oreilles. L’enfant bulle.

Ecrivez ce qui vient, sans vous censurer.

 

Toiles convoquées :

Laura Muntz, La robe rose, 1897

Paul Peel, The Bubble Boy, 1884

Lauren S. Harris, Winter Afternoon, City street, Toronto or Sunday Morning, 1918

Marc-Aurèle de Foy Suzor-Coté, Symphonie pathétique, 1925

Maurice Cullen, Hiver à Moret, 1895

James Wilson Morrice, Jardin du Luxembourg, Paris, vers 1905

Helen McNicoll, Septembre ensoleillé, 1913

Clarence Gagnon, Brise d’été à Dinard, 1907

Franklin Brownell, Byward Market, 1915

William Blair Bruce, Landscape with Poppies, 1887

les textes que cette piste ont inspirés sont regroupés sous le tag "les 5 sens"