Piste d'écriture: une rencontre improbable

L’aube teintée d’un soupçon de rose annonçait le lever du le lever du jour sur la plaine.

Elle faisait de longues marches pour éveiller son esprit.
Elle voulait vivre au-delà du quotidien.
Elle partit un matin, en baskets, vêtue d’un jogging, avec sur le dos un sac à dos en forme de tortue,
Animal, qui lui ressemblait tant.
A la moindre contrariété, elle se repliait dans sa carapace.
Marcher, marcher….
Marcher pour oublier.
Elle escalada les dunes et arriva sur le plateau de la petite île.
Elle fit une halte.
Elle contempla la fine colonne de fumée et la rivière boueuse qui courait vers l’étendue bleue de la Mer de Béran.
Elle obliqua vers l’Est pour avoir une meilleure vue de la vaste mer intérieure.
Arrivée à l’extrémité de l’île, elle se trouvait si près de la mer clapoteuse qu’elle distingua les vagues qui se brisaient sur les barres sablonneuses avec des gerbes d’écume.
Le regard perdu dans le lointain, elle se souvenait de l’endroit où elle avait grandi.

« Ma tortue, ma tortue ??? Où est-elle ? »
Sa tortue, son totem… Perdu !
Elle devait rebrousser chemin.
«  Ma tortue, où es-tu ma tortue ? » repartait-elle à tue-tête.
Une main velue et trapue lui tapota l’épaule.
Une voix caverneuse lui demanda si ce n’était pas ce sac qu’elle cherchait.
Surprise, elle s’étala de tout son long.
« Eh bien mademoiselle, faut pas vous effrayer comme ça ! »
Elle regarda l’homme aux sourcils broussailleux, elle bafouilla quelques excuses.
«  AH ! Merci, merci "

D’où venait cet homme ?
Il ressemblait à un homme venu des cavernes.

C’était un taiseux. Un homme venu des profondeurs.
Profondeur de l’âme, profondeur de l’océan.

Il se dégageait de son aura un magnétisme envoûtant.
Charpenté, plantureux, une sensibilité à fleur de peau.

Il n’était pas là par hasard. Que, qui cherchait-il ?
Quelle était sa quête ?
Il prit une grande inspiration, hypnotisé par cette jeune fille égarée : « Eh, où allez-vous comme ça mademoiselle ?

« Je vais où mes pas me guident » « Nous pourrions faire un bout de chemin ensemble ? » Surprise, que lui répondre ? Comment lui dire, qu’elle voulait rester seule ?

Il était là, grand, massif, planté devant elle.
Elle tremblait de tout son corps, quelque chose, un je ne sais quoi en lui, l’inquiétait.

Elle voulait sortir de ce faux pas, elle ne savait comment faire. Lui accorder quelques pas… ?
« Eh bien mademoiselle, nous y allons ? »  
Enfoncée dans un mutisme, elle se repliait dans sa carapace…
Elle croisa son regard bleu intense.

Quelque chose les rapprochaient, quelque chose les éloignait.

Elle frôla sa main. Une décharge électrique lui parcourut le corps. Que se passait-il ? Une étrange impression de l’avoir croisé quelque part…
Elle chercha au fond de sa mémoire, rien à faire, elle ne trouvait pas.

Ils s’arrêtent-ils de marcher. Il la regarda une dernière fois :
« Il y a si longtemps que je te cherche, je te reconnais bien là, petite tortue, sauvage, si difficile à approcher… Je ne sais plus je ne peux pas. Être encore et toujours confronté à ton silence, je ne peux pas. »  
Sans rien ajouter, il détourna les talons. La laissant là, perplexe…. Elle ne changerait jamais… Elle scruta l’horizon.

Que faire ? Reprendre la route était la seule chose à faire.

Elle endossa son sac à dos, sa tortue, son totem.
L’aurore teintée d’un soupçon de jaune annonçait le coucher du soleil.

Marcher, marcher…. Pour oublier.