Un lieu, un personnage. Un lieu personnage.

Tout ici succombe à l’inclinaison. Les tuiles orange coulent en cascades, ruissellent des ruelles, se suspendent aux abords des belvédères, puis replongent vers le fleuve. La ville entière semble s’y glisser peu à peu, se couler dans ses eaux bleu nuit, y sombrer sans fin. Sous la surface opaque, j’imagine des quartiers anciens. Des palais délabrés engloutis par les flots. Enlisés dans les sables.

Je claque la porte de la chambre un peu triste, descends trois étages de bois sombre, murs recouverts de papier peint gondolé, se décollant par endroits, percés d’appliques grésillantes. Derrière le comptoir de la réception, une femme vêtue de noir me sourit. Veille sur la constellation de clés. Je quitte l’hôtel et débouche dans la lumière acide du printemps. Les escaliers s’effondrent en douceur. Je les dévale sans hâte, les yeux brûlés, aspirée par l’océan lointain, à peine entravée par les allées courbes, enserrées par les façades décrépies où s’effrite un nuancier fané d’azulejos.

Un promontoire me retient. De l’asphalte surgissent des arbres mauves, dévorés de ciel. L’estuaire se déploie en contrebas, lacéré de rubans turquoise, virant au gris aluminium à la faveur d’un nuage. Puis de nouveau la ville s’abandonne.

Plus rien ne s’oppose.

Tout consent à la noyade.

Chanson de la ville silencieuse, d’Olivier Adam, Flammarion 2018. Premières pages.

Dans ce texte, une même impression d’intentionnalité, voire d’inéluctabilité. Les lieux, puissants, enserrent le personnage, et les incitent à consentir à l’élan qui les anime. Ils  sont devenus de véritables partenaires – ou adversaires. Les verbes traduisent l’action, les adjectifs une personnalité.

cependant le texte est écrit à la première personne. Il s’agit d’une interprétation subjective, même si elle s’appuie sur des éléments objectifs.

Il y a des moments dans la vie où ce que l’on est semble fusionner avec un lieu, un contexte, des circonstances. On se découvre autre, et dans ce conditionnement même, on se découvre des possibles. La poète le dit : tout cela qui parait si fort et pressent, l’absent même, n’est peut-être qu’un prétexte. Un prétexte à expérimenter, à explorer, à réfléchir et ressentir, à se rendre disponible.

Pistes d’écriture :

  1. Prenez la suite d’un des textes, et écrivez ce que ce début vous aura inspiré. (Vous pouvez aussi écrire avant le texte).
  2. Variante : Ne partez que d’un ou deux extraits.
  3. Créez votre propre paysage-personnage. Utilisez des verbes d’action, d’intention en tout cas, pour décrire les lieux. Et là-dedans, un personnage qui y réagit, qui en est inspiré, qui s’y conforme ou le refuse, qui peut-être a contribué à le créer… L’important est qu’on sente une forme d’osmose, de ressemblance même dans le refus.
  4. Forme libre, poétique ou prose. A priori, 1ère personne du singulier, mais si c’est le « il », le « elle », le « nous » qui vous viennent, allez-y.