Piste d'écriture: Approfondir une relation.

lysiane paquet

Julie déambulait au milieu des vitrines illuminées du centre commercial comme une âme en peine,

Elle se sentait étrangère à l’agitation, recroquevillée dans sa bulle pour se protéger du bruit assourdissant, des cris des enfants surexcités.

Elle détestait cette ambiance de foire, elle détestait cette période des fêtes. Quelle fête d'ailleurs : s'empiffrer quand votre voisin de palier ne mange pas tous les jours à sa faim ?

Sa mauvaise conscience l'empêchait de voir la ville lumineuse, lui faisait considérer comme une corvée le choix des menus cadeaux pour les uns et les autres.

Et pourtant, elle aimait offrir, elle aimait chercher l'objet, le signe, qui allait faire friser l’œil de l'autre, elle aimait lire la surprise sur ses traits et guettait avidement la réaction la plus infime.

Ce pouvait être « Banco » ou « Superbanco » ou simplement « Ah oui ».

Il lui arrivait aussi de voir une déception fugace encore plus visible après l'effet de surprise. Mais c'étaient toujours des moments forts.

Et là justement, il lui fallait choisir un cadeau pour sa mère, un des êtres qu'elle aimait le plus au monde, et qu'elle pensait connaître très bien.

Bien sûr cette dernière avait donné comme chaque année sa liste de livres, mais ce serait si bien d’innover un peu. 

 

Julie s'arrêta devant une vitrine de bijoux :

            - Tiens, un joli bracelet très fin ?

Julie revit les bras nus de sa mère, son cou sans lien, ses mains sans anneaux et sa boite capitonnée où reposaient « ses parures » comme elle disait ;

            - Pourquoi tu ne les mets pas ?

- C'est souvent gênant, j'accroche.

 

L'électroménager rutilant : on oublie. « Elle va m'accuser de la renvoyer dans sa cuisine. Il faut que je lui trouve quelque chose qui l'enveloppe, qui réconforte comme toutes les tendresses que nous avons reçues et qui nous soutiennent toujours. »

 

Plaid, écharpe, châles…, il y en a là de très beaux, soyeux et colorés, mais Julie entend la voix de sa mère, goguenarde 

–        Tu me prends pour une mémé ? Je ne vois pas la bouillotte…

L'amoncellement des lainages douillets transporte Julie dans son enfance, quand nichés « en tas de souris » sur le canapé, ils regardaient avec délice des dessins animés, Cela sentait la laine, le pain d’épices et l'odeur de la peau un peu savonneuse.

 

Ah, un parfum ? Ce sera vraiment pour elle. Elle qui est toujours en train de « sentir » son café ; de fourrer son nez dans le linge juste sec ; elle qui demande toujours si ça sent bon dans la maison.

Mais c'est vrai qu'elle a perdu son odorat : elle ne va pas sentir le parfum…

Julie est entrée dans la boutique et a acheté du parfum.

 

Au soir du 24 décembre, sa mère a trouvé un tout petit paquet inattendu, elle l'a ouvert, a esquissé un « Mais... » interrogateur avant de humer plusieurs fois le flacon ; puis elle a aperçu le petit carton au fond de la boite :

            Ceci est une senteur rien que pour toi.

            Cela sent l'herbe fraîche, et le coquelicot.

            C'est vert, légèrement citronné, léger.

            Et pour donner du pep's, une pointe de gingembre.

            C'est bien comme ça que tu m'as appris la cuisine. ?          

Je t'aime.